Mort d’Axelle Dorier : « Si son corps s’était détaché dans les cent premiers mètres, elle aurait pu survivre »

Une souffrance indescriptible. Inimaginable. Les experts, appelés à la barre pour éclairer les jurés sur les derniers instants d’Axelle Dorier, ont livré un récit glaçant devant la cour d’assises du Rhône. Avec son flot de détails macabres, néanmoins utiles pour comprendre le déroulé de cette nuit cauchemardesque, au cours de laquelle la victime a perdu la vie. Méticuleusement, ils sont revenus sur le calvaire enduré par la jeune femme, percutée par une voiture puis traînée sur plus de 800 mètres.

« La mort n’a pas été instantanée », indique Hervé Fabrizi, le médecin légiste ayant pratiqué l’autopsie. « Les premiers mètres, elle était parfaitement consciente de ce qu’il se passait », explique-t-il dans un silence de cathédrale. Quand le président de la cour lui demande d’évaluer l’échelle de la douleur à cet instant précis, l’expert répond sans aucune hésitation : « sept sur sept ». Le maximum de ce qu’un être humain peut endurer.

Le blouson d’Axelle coincé dans le châssis de la voiture

Désireuse d’arrêter la Golf, à bord de laquelle les deux accusés se trouvaient, la jeune femme s’est mise en travers de leur chemin. La voiture a été stoppée dans son élan. Axelle a aussitôt mis son pied droit sur le capot pour leur intimer de s’arrêter. Mais le véhicule a accéléré. « A ce moment-là, Madame Dorier a basculé sur le capot », expose Pierre Marmeth, expert en accidentologie. Devant la cour, l’homme présente sur un écran la simulation qu’il a réalisée afin de décortiquer chaque seconde du drame. « Ensuite, la victime est tombée par terre et quand elle a voulu se relever, la voiture a avancé », reprend-il. Légèrement « surélevé », le véhicule, dont les deux roues droites étaient sur le trottoir, a happé Axelle. « Son blouson s’est accroché dans le châssis. Et lorsque la voiture est descendue du trottoir, son corps a été comprimé ». Encastré dans le moteur. Les jambes coincées au niveau du pot d’échappement. Visions d’horreur dans la salle.

La victime aurait-elle pu être sauvée si elle avait crié lorsque la voiture est repartie en trombe ? « Je ne suis pas certain que quelqu’un ait perçu quoi que ce soit à cause du bruit du moteur et de l’agitation autour », répond Hervé Fabrizi. Le légiste est toutefois formel sur un point : « Si le corps d’Axelle avait été détaché dans les cent premiers mètres, elle aurait pu s’en sortir », même si elle « aurait eu des lésions ». Dans le box des accusés, Youcef Tebbal et Mohamed Yelloule baissent la tête, se rongent les ongles, comme pétris de remords. Les deux garçons affirment depuis le début qu’ils n’ont pas senti le corps sous les roues de leur voiture. Les images projetées à l’audience viennent pourtant contredire leurs déclarations.

« Il pouvait voir le début d’une trace de sang »

A l’écran, la Golf effectue de petits soubresauts. « Le corps a tendance à soulever les roues, c’est pour cette raison que la voiture avance comme si elle était secouée », explique Pierre Marmeth. Et d’ajouter avec certitude : « Un peu plus loin, rue Cleberg, lorsque le conducteur opère une marche arrière, il pouvait voir le début d’une trace de sang ». Voilà qui aurait dû l’alerter.

Nul doute pour le légiste, la mort d’Axelle a été générée par deux éléments : « la mise à nue du cerveau par frottement » et les « nombreuses lésions extérieures ». Un nombre de lésions « exceptionnel », souligne-t-il. Le corps de la victime présentait de multiples fractures et de « vastes abrasions cutanées ». L’un de ses pouces avait disparu ainsi qu’un auriculaire et deux phalanges, détaille-t-il pour étayer la violence des faits.

Jeudi, les deux accusés poursuivis pour « violence avec usage ou menace d’une arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et « non assistance à personne en danger » doivent être entendus sur les faits. Le conducteur encourt vingt ans de réclusion et son cousin, cinq ans.