Mort d’Axelle Dorier : « On a suivi les traces de sang », relatent les policiers lors du premier jour du procès

« On a suivi les traces de sang au sol », du parc des hauteurs jusqu’à l’entrée du théâtre gallo-romain, là où a été retrouvée inanimée Axelle Dorier. Dans la salle principale de la cour d’assises du Rhône, à Lyon, les mots de Jérémy Villeneuve, policier, retentissent et laissent un silence. Il a raconté ce mardi, devant les juges et les jurés, son intervention dans la nuit du 18 au 19 juillet 2020, où il a découvert, avec le reste de son équipe, le corps de cette jeune femme de 22 ans, traînée sur plus de 800 m par Youcef Tebbal, au volant d’une Golf, et Mohamed Yelloule, son passager. « Comme on avait été appelé pour un chien percuté, on a d’abord pensé que c’était celui de l’animal », se souvient le gardien de la paix.

Les agents de police ont été les premières personnes entendues pour l’ouverture du procès, après les interrogatoires de personnalité des deux accusés. Chargés de partager ce qu’ils avaient constaté en fonction de leur rôle dans l’affaire, ils ont parfois employé des termes difficiles à entendre pour le reste de l’audience. La commandante Isabelle Huguet a d’ailleurs reconnu « la difficulté émotionnelle du dossier, même pour des policiers ».

Juste avant ces propos, elle venait de préciser que « la trace était continue, du lieu de fête jusqu’à celui de découverte » et que « sur la route, il y avait des morceaux de vêtements, de bijoux, de chair, de cheveux ». Celle qui a dirigé l’enquête en flagrance a ajouté avoir retrouvé « une grande quantité de sang à 534 m » ainsi que « des morceaux de doigts ». « Dans notre métier, on doit faire abstraction », a-t-elle conclu.

Le conducteur pouvait-il éviter Axelle ?

« Ça restait un corps humain mais il manquait pas mal d’éléments biologiques », a quant à lui qualifié Frédéric Chevassus, major et directeur de la suite de l’enquête, présent lors de l’autopsie. Mais juste derrière ceux qui se succédaient à la barre se tenait la famille d’Axelle. Et ce rappel des faits avec la description des constatations de manière très précise a été « trop dur » à entendre pour sa mère, qui a quitté la salle en pleurant. Le père retenait de son côté, ses pleurs.

La lecture de ce dossier est « une pure horreur », a par la suite affirmé leur avocat, Gabriel Versini. « Et nous ne sommes qu’au début car nous allons entrer dans des discussions terribles où on va parler de l’horreur d’un être démembré, disséqué, profané. Il faudra beaucoup de force pour supporter, l’insupportable », a lâché l’avocat.

Le reste des témoignages n’a pas été plus facile à entendre pour la famille, qui espère simplement « que la vérité soit dite » lors de ce procès et qui ne croit pas aux explications des deux accusés. Les débats ont alors porté sur leurs responsabilités, et plus particulièrement, sur les intentions du conducteur de la Golf ce soir-là. Est-ce que Youcef Tebbal avait la possibilité d’éviter Axelle Dorier dans cette rue étroite du quartier Fourvière ?

Un incident avec un chien comme « élément déclencheur »

L’événement qui a « tout fait dégénérer » selon des témoins, c’est « l’incident » entre une Twingo et le chien d’un invité de la fête des jumeaux et Axelle Dorier, qui célébraient leur anniversaire respectif dans le parc près de la basilique. A ce moment-là, il est environ 3h30 du matin. Un groupe de « dix à vingt personnes » s’est dirigé vers la Renault et a agressé ses occupantes. Au volant de ce véhicule, Emilie Kudla, qui était sur les lieux pour rencontrer les occupants de la Golf, qu’elle avait rencontrés via Snapchat.

Devant la cour, cette femme de 24 ans aujourd’hui est restée confuse dans ses propos, très émue, les larmes aux yeux et a craqué en relatant la « violente agression » qu’elle avait subie le 19 juillet 2020, quand les invités l’ont sortie de son véhicule « par la fenêtre » avant de la frapper au visage. Alors qu’elle était au sol, elle a vu Axelle être percutée deux fois par « le conducteur de la Golf qui a pu ne pas la voir » lorsqu’il a fortement accéléré « pour s’enfuir » la seconde fois. La conductrice a tout de même assuré que Youcef Tebbal avait assez de place pour « passer à côté d’elle », ce que réfute son conseil David Metaxas. Il avait fait dire à la commandante que son client était « obligé d’aller tout droit pour partir ».

La conductrice de la Twingo a précisé que la jeune femme s’était placée devant la Golf pour ne pas que le conducteur parte « avant l’arrivée de la police », appelée pour l’incident concernant l’animal. L’avocat a alors demandé : « C’est possible d’éviter une personne si elle est devant la voiture ? »

« S’il n’y avait pas eu ces violences, nous ne serions pas là ce soir »

Les débats de la fin de journée se sont majoritairement concentrés sur ces dégradations et altercations entre le groupe d’amis de la famille Dorier et les jeunes véhiculés, avant la mort d’Axelle. « Il n’était pas nécessaire de porter autant de violences », concède Ilan Gharbi, témoin. Il a avoué que « si elles n’avaient pas existé, nous ne serions pas là ce soir », en reprenant les mots de Maître Dumoulin, avocat de Mohamed Yelloule. La défense des deux accusés a appuyé à plusieurs reprises sur ce climat « tendu » dont leur client voulait s’échapper. David Metaxas, conseil de Youcef Tebbal, a posé à chaque témoin le même interrogatoire, cherchant à savoir « qui avait porté des coups sur les voitures », sans qu’aucun nom ne soit divulgué.

L’avocat, avec un ton légèrement moqueur, a mimé devant le même témoin « les trois singes », sous-entendant que « personne n’a rien vu, n’a rien entendu ni vu quelque chose » au sujet des violences sur les véhicules. Un point qui n’a néanmoins pas échappé au président de la cour d’assises ni à l’avocat général. Ils ont tous les deux interrogé « le rapport entre les occupants de la Golf et les événements liés au chien » et pointaient le manque d’exactitudes dans les déclarations des témoins. A plusieurs reprises, il a été rappelé qu’ils « avaient juré de parler sous serment ».

A la sortie de la première journée d’audience, cette défense très offensive des avocats des accusés a « choqué » la famille d’Axelle, qui ne pouvait s’exprimer « tant c’était dur ». Pour le deuxième jour du procès, huit témoins, dont les frères jumeaux de la victime, constitués partie civile, seront entendus.