Mort d’Axelle Dorier : « En voulant enlever le pare-chocs, il a découvert un corps », révèle le père de l’accusé

Le 19 juillet 2020, alors qu’il s’était rendu à Fourvière avec son cousin pour rencontrer des filles contactées via Snapchat, Youcef Tebbal a percuté Axelle Dorier et a entraîné corps, accroché sous la voiture, pendant plus de 800 m. « Je ne l’ai pas vue, jamais je me suis dit qu’il y avait un corps sous le véhicule », a juré mardi, devant la cour d’assises du Rhône, ce jeune de 24 ans, jugé pour « violence avec usage ou menace d’une arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Il encourt jusqu’à vingt ans de réclusion.

Son père, qui ne s’est exprimé devant la cour que pour décrire son fils, a lâché son cœur devant les médias. Il est alors revenu sur ce que Youcef Tebbal lui avait raconté sur les faits : « Il m’a dit qu’il s’était arrêté après 800 m pour enlever le pare-chocs et que c’est à ce moment-là qu’il avait découvert qu’il y avait un corps ». « Il est alors resté figé pendant quelques secondes avant de partir pour sauver sa peau », affirme l’homme de 60 ans. Il assure que son fils « ne ferait de mal à personne », donnant la responsabilité au fait « d’être présent au mauvais endroit au mauvais moment ». Pour ce père de cinq enfants, son fils Youcef a dû choisir entre « s’enfuir » ou « mourir » face à des « gens violents » qui s’attaquaient à sa voiture.

« Dire sa vérité »

Lors de l’interrogatoire de personnalité, aux premiers instants de ce premier jour d’audience, l’accusé s’est tourné vers la mère, le père et les deux frères de la victime. « Je tiens à m’excuser et à présenter mes condoléances », a-t-il lancé à cette famille, en pleurs, rassemblée sur le premier banc de la salle. « J’imagine que c’est ma propre sœur, je suis vraiment désolé », a-t-il répété plusieurs fois. Pour lui, « c’est un cauchemar », il l’assure « jamais [il n’a] voulu enlever sa vie ».

En début de séance, la cour a rappelé que l’homme, à l’époque chauffeur-livreur, ne « contestait pas la réalité des faits mais le caractère volontaire ». Pendant ses quatre jours de procès, il doit « dire sa vérité dans un climat hostile, confronté au regard de la famille », a affirmé son avocat David Metaxas qui a dit à nouveau avec certitude que son client « n’avait pas vu » Axelle au moment où il l’a percutée. Mais après ?

Car s’il dit ne pas comprendre que le corps de la jeune femme est resté coincé sous la voiture qu’il conduisait, il s’arrête tout de même sur le chemin de sa fuite en comprenant que sa voiture présente un problème de conduite. Notamment, à 807 m du lieu des faits, au niveau de l’entrée du théâtre gallo-romain, où se trouve une caméra de vidéosurveillance. Pour ces stationnements, il assure être resté dans le véhicule, tout comme son passager Mohamed Yelloule. L’accusé a déclaré se rendre du corps allongé sur le sol que « dans son rétroviseur » en partant de la rue l’Antiquaille et a pris conscience à ce moment-là « qu’il avait écrasé et traîné quelqu’un ».

Des taches du sang d’Axelle sur sa chemise

Dans le dossier de l’enquête, les relevés des enregistrements vidéo n’ont apporté que des éléments « partiels » sur les faits. « La caméra tourne sur elle-même, très rapidement », a partagé le président de la cour d’assises. « A 3h39, on remarque le stationnement devant l’entrée, puis l’angle de vue change. A 3h40, le véhicule fait marche arrière, s’arrête pour laisser passer une voiture puis s’en va. A deux reprises, au niveau de la manœuvre, l’avant droit du véhicule se soulève. A 3h41, la Golf a quitté les lieux et on devine un corps sur la chaussée, à l’endroit où l’avant se soulevait. »

Les policiers appelés pour l’histoire du chien percuté, de quoi « tout est parti » selon les témoins, ont assuré quant à eux, avoir vu les deux jeunes hommes à l’extérieur du véhicule quand ils sont passés à leur niveau, au même moment. Ils ne se sont pas arrêtés pour les contrôler, étant attendus plus loin, mais ont ralenti plusieurs secondes. « Ils n’avaient pas l’air paniqués », a assuré Jérémy Villeneuve, gardien de la paix, intervenu ce soir-là. Ce qui met à mal la version que Youcef Tebbal aurait livrée à son père, qui a relaté qu’il avait été « pris de panique par une foule de vingt personnes prête à le tuer ».

La commandante Isabelle Huguet, en charge de l’enquête en flagrance, a d’ailleurs précisé lors de son audience, qu’à « aucun moment la Golf n’est rattrapée », alors garée 800 m plus loin. Autre fait troublant, malgré les affirmations des accusés, les enquêteurs ont mis en évidence la présence du sang d’Axelle sur la chemise de Youcef Tebbal. « Il a dû nécessairement s’approcher de son corps sous la voiture, sans doute pour le détacher », observe l’accusation dans l’ordonnance de renvoi.

Les médecins légistes et l’expert en accidentologie entendus ce mercredi permettront peut-être d’éclairer ces points lors du procès.