Montpellier : Pour compléter sa retraite et « rendre service », Béatrice sécurise le chemin des écoliers

Sur la place du 8 mai 1945, à Montpellier (Hérault), Béatrice Pilotta a les yeux partout. Sur les écoliers, lancés à fond les ballons sur leurs trottinettes. Sur les automobilistes, dont certains flirtent avec les interdits. Et sur les feux tricolores, dont elle maîtrise parfaitement les rouages. « Je guette, parce que quand le feu passe au rouge là-bas, ça devient vert ici », détaille-t-elle. Cette sexagénaire a été embauchée par la ville de Montpellier pour permettre aux enfants de traverser le passage piéton en toute sécurité, devant les écoles Alphonse-Daudet et Marie-Curie.

Chaque matin, de 7 h 45 à 8 h 45, et l’après-midi, de 16 h 15 à 17 h 45, cette jeune retraitée de la police enfile son gilet orange et veille au bon respect du Code de la route, armée de son petit panneau « Stop école ». « Je fais attention que les enfants traversent bien au vert, je les accompagne, explique-t-elle. Les adultes, s’ils veulent passer au rouge, n’importe comment, c’est leur problème. Mais les enfants, je les bloque. Il faut avoir l’œil. » Béatrice Pilotta a commencé ce job étonnant en septembre dernier. « J’ai entendu à la radio que l’on cherchait des retraités, pour aider les enfants à traverser, confie-t-elle. Je me suis dit que c’était un truc pour moi ! »

« C’est un petit complément sympa ! »

Ce travail, créé au printemps 2021 par la commune, est rémunéré environ 10 euros de l’heure, soit 200 à 300 euros chaque mois. « C’est un petit complément sympa, pour la retraite ! », sourit la sexagénaire. Mais, assure-t-elle, ce n’était pas sa seule motivation, quand elle a postulé. « Je voulais garder le contact avec les enfants et leurs parents. Rendre service. Je fais du sport, de l’aquabike, de la danse, des cours de langues, de la chorale. Je suis très active, j’ai toujours besoin de faire quelque chose ! »

Dans les quartiers, les seniors engagés dans ce dispositif sont un véritable « point de repère, sur le chemin », des enfants, note un brigadier-chef principal de la police municipale. « Ils les connaissent par leurs prénoms, ils leur apportent des dessins, se réjouit-il. Il n’y a aucune répression, ils sont là pour les protéger. » Et en cas de problème, ils sont en contact direct avec la police municipale. Les parents, eux aussi, sont ravis. « Ils me disent « Vous serez bien là, l’année prochaine, n’est-ce pas ? », sourit Béatrice Pilotta. Tout le monde a toujours un petit mot gentil, pour moi. »

Béatrice, devant les écoles Alphonse Daudet et Marie Curie, à Montpellier
Béatrice, devant les écoles Alphonse Daudet et Marie Curie, à Montpellier – N. Bonzom / Maxele Presse

« Ce carrefour est très dangereux »

Léa Blanchemanche, déléguée de l’association des parents d’élèves des écoles du quartier, « approuve totalement » cette mesure. « D’autant plus que ce carrefour est très dangereux. Il y a beaucoup de circulation, des travaux, et surtout des temps de feux piétons verts trop courts », confie-t-elle. Léa Blanchemanche aimerait même que la commune aille plus loin, en fermant aux entrées et aux sorties des classes la rue des Cambiadours. « Il aurait été bien de sécuriser aussi les autres passages piétons, notamment celui qui traverse l’avenue de Toulouse, en face de la pharmacie », note-t-elle. Car dans cette zone, voitures, vélos et trottinettes se permettent de griller le rouge.

La ville de Montpellier a lancé au début du mois de juin une campagne pour recruter des agents de protection des écoles, comme Béatrice Pilotta. Tous les jeunes retraités de moins de 67 ans peuvent postuler. Pour déposer une candidature, il faut appeler le 04.67.34.88.82 ou envoyer un mail à ape@montpellier3m.fr.