Montpellier : De l’abstraction à la figuration, les «chemins de traverse» du peintre Vincent Bioulès

Vincent Bioulès — N. Bonzom / Maxele Presse

  • Le musée Fabre consacre une rétrospective au peintre montpelliérain.
  • Cette exposition met en relief le parcours singulier du peintre, né à Montpellier en 1938. On y (re) découvre ses années abstraites, avant son virage serré vers la figuration, dans les années 1970.

Appuyé sur le bâton qui lui sert de canne, Vincent Bioulès voit défiler au musée Fabre les œuvres qui ont marqué sa vie. Jusqu’au 6 octobre, l’institution montpelliéraine, qu’il arpentait déjà alors qu’il n’avait que 7 ans, lui consacre une rétrospective, « Chemins de traverse ». Cette exposition met en relief le parcours singulier du peintre, né à Montpellier en 1938. On y (re) découvre ses années abstraites, avant son virage serré vers la figuration, dans les années 1970.

A la fin des années 1950, alors qu’il est encore étudiant à la faculté de Lettres et à l’école des Beaux-Arts de Montpellier, Vincent Bioulès peint des paysages marins, à Palavas-les-Flots ou à Saint-Tropez, des vues d’atelier, influencées par Paul Cézanne, ou des natures mortes.

« J’ai vu cet arbre en fleurs, que j’ai peint d’un seul coup »

En 1965, il réalise Le marronnier en fleurs, l’une des œuvres qui a marqué sa vie d’artiste. « Le service militaire m’avait empêché de peindre, je faisais des vitraux, confie Vincent Bioulès. J’étais dans une sorte de marasme, de grande hésitation. Un jour, j’ai vu par la fenêtre de l’atelier cet arbre en fleurs, que j’ai peint d’un seul coup. J’ai ressenti une très grande libération. Je n’avais pas du tout conscience d’avoir fait un beau tableau, mais quelque chose qui me correspondait profondément. »

Le marronnier en fleurs, de Vincent Bioulès, est présenté au musée Fabre. Le marronnier en fleurs, de Vincent Bioulès, est présenté au musée Fabre. – N. Bonzom / Maxele Presse

Étendard du groupe ABC Productions, qui tente de s’affranchir des circuits traditionnels de l’art, ce prince de l’abstraction pose, lors d’un dîner chez le peintre nîmois Claude Viallat, qu’il a rencontré alors qu’il était étudiant, les bases du mouvement Supports/Surfaces, qu’il animera pendant deux ans. Des années d’insouciance. « Je me souviens d’un jour où nous allions à Nice, pour une exposition, avec les tableaux emballés avec de la ficelle sur le toit de la 2 CV, raconte Vincent Bioulès. Il y avait du mistral, et les tableaux se sont envolés au milieu de l’autoroute. Nous sommes descendus, nous avons arrêté les camions et nous les avons récupérés. Toutes ces choses-là nous paraissaient très drôles. Nous n’avions pas une seule seconde le sentiment de faire partie de l’Histoire. »

« Les institutions à l’époque considéraient que mon attitude n’était pas justifiée »

Dès 1972, il change de cap. Il peint des places d’Aix-en-Provence, des portraits ou des intérieurs, qui jouent à fond la carte de la figuration. « C’est fort de voir tout à coup cette révélation, complètement à l’opposé de ce qui était revendiqué par les membres de Supports/Surfaces », note Stanislas Colodiet, conservateur au musée Fabre, qui évoque les nus réalisés par Vincent Bioulès. « Les institutions à l’époque considéraient que mon attitude n’était pas justifiée, que j’aurais dû poursuivre mon travail dans la voie de l’abstraction, confie le peintre. Ce n’est qu’en 1990, que quelque chose s’est soudainement détendu. Je conserve une lettre d’un conservateur de Beaubourg, qui m’a dit « J’ai vu votre exposition, vous aviez raison ». Cela m’a beaucoup touché. »

L'un des nus peints par Vincent Bioulès à son retour à la figuration. L’un des nus peints par Vincent Bioulès à son retour à la figuration. – N. Bonzom / Maxele Presse L'exposition de Vincent Bioulès au musée Fabre rassemble quelque 220 oeuvres. L’exposition de Vincent Bioulès au musée Fabre rassemble quelque 220 oeuvres. – N. Bonzom / Maxele Presse

A 81 ans, Vincent Bioulès, toujours un carnet dans la poche pour ne pas laisser s’échapper ses idées, n’a jamais cessé de peindre. L’œuvre la plus récente présentée au musée Fabre n’a que quelques mois.

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