Montagne en scène: «Il faut un drame pour faire parler de nous», regrette l’alpiniste Mathieu Maynadier

Mathieu Maynadier, ici dans une ascension l’été dernier en pleine vallée inexplorée de Tagas au Pakistan. — Jean-Louis Wertz

  • Le film The Pathan project, qui se déroule dans la vallée inexplorée de Tagas au Pakistan, fait partie de la sélection du festival Montagne en scène, dont la version estival tourne partout en France en avril et en mai.
  • Le tournage a été marqué l’été dernier par le grave accident subi par l’alpiniste Mathieu Maynadier, qui a notamment subi traumatisme crânien et fracture ouverte du coude.
  • Ce guide de haute montagne de 35 ans revient sur cette expérience délicate et sur les aléas de sa discipline pour 20 Minutes.

Et si les plus grands frissons d’évasion pouvaient être permis dans une salle de ciné ? Montagne en scène est en effet de retour avec sa version estivale dans toute la France en avril et en mai. Cette référence des festivals de films de montagne a retenu six œuvres en 2019, parmi lesquelles figure The Pathan project de Guillaume Broust. Alpiniste professionnel et reconnu, Mathieu Maynadier (35 ans) passe en moyenne huit mois par an sur des expéditions. Il a rejoint en juillet dernier le Belge Nico Favresse, l’Argentin Carlos Molina et le photographe Jean-Louis Wertz, pour une expédition inédite dans la vallée inexplorée de Tagas au Pakistan.

Une aventure qui a tourné au drame le 7 août lorsque Mathieu Maynadier a été blessé par une chute de pierres à 5.500 mètres d’altitude. Ce guide de haute montagne encadrant également l’équipe de France d’alpinisme a été retrouvé « pendu au bout de sa corde, inconscient, et plein de sang » par ses compagnons de cordée. Traumatisme crânien, blessures au bras… Mathieu Maynadier revient sur les conditions si particulières de The Pathan project et sur sa discipline pour 20 Minutes.

Pourquoi avoir choisi comme spot d’expédition le Pakistan ?

Cette zone de l’Himalaya a été fermée durant de très longues années en raison du conflit avec l’Inde. Un massif globalement vierge et inexploré comme celui-là, il y en a très peu dans le monde. Le Pakistan souhaite désormais s’ouvrir au tourisme et je m’y rends une fois par an depuis 2013. Et quand tu aimes l’alpinisme, les plus belles montagnes sont là-bas, il y a un tel potentiel.

Mathieu Maynadier, ici au repos forcé après sa fracture ouverte du coude entraînée par une chute de pierres. Mathieu Maynadier, ici au repos forcé après sa fracture ouverte du coude entraînée par une chute de pierres. – Jean-Louis Wertz

Comment avez-vous vécu votre très grave accident du 7 août, qui a précipité la fin de l’aventure ?​

Une chute de pierres, ça arrive, surtout dans un massif entièrement vierge comme celui-ci. Personne n’avait jamais été là-bas donc il nous fallait ouvrir une ligne assez longue. C’était la nuit, on descendait en rappel pour rentrer dormir au camp. On a vu passer quelques pierres, et tout d’un coup, il y en a une qui m’a tapé la tête. Pour être honnête, je n’ai aucun souvenir de mon accident. J’ai été inconscient pendant dix minutes, pendu au bout de ma corde et les gars m’ont réanimé. J’ai eu un trou de mémoire de plusieurs heures. Le corps s’est un peu mis sur off. On était en lien par téléphone satellite avec un médecin secouriste de Briançon. Deux hélicos sont intervenus, et m’ont rapatrié à Islamabad, avec comme verdict une fracture ouverte du coude et deux vertèbres cassées en plus du traumatisme crânien. C’est sûr que ça a secoué tout le monde.

Était-ce un choix collectif ne pas chercher à faire de ce coup du sort la trame du film ?

On a voulu en parler de manière dédramatisée. Toute l’équipe a fait exprès de ne rien filmer au moment de mon accident afin qu’on ne soit pas tentés d’utiliser des images. On aurait peut-être fait plus de likes (sourire). Et puis en jouant à fond là-dessus, on sait qu’il aurait pu être diffusé aux Etats-Unis. Là, le film est très grand public, sous l’angle d’une expédition filmée de l’intérieur, avec tout le process du voyage évoqué.

Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? Avez-vous toujours la même envie de reprendre l’alpinisme ?

Ça m’a secoué pendant six mois, mais là je suis prêt à réattaquer la montagne. J’ai encore un peu mal au dos mais ce sera bon pour le mois d’août. D’ailleurs, avant de partir au Népal en septembre ; je pense retourner au Pakistan car on vient de m’apprendre qu’une nouvelle vallée s’ouvrait.

Toute l'équipe du «Pathan project». Toute l’équipe du «Pathan project». – Jean-Louis Wertz

Quelle importance accordez-vous à Montagne en scène dans le lancement de « The Pathan project » ?

Les festivals de films de montagne explosent. C’est vraiment la folie pour Montagne en scène, avec de nombreuses dates déjà complètes. Ça nous permet de nous rapprocher des citadins, ce qui intéresse aussi nos partenaires. Tout est aseptisé aujourd’hui et les gens ont tous peur les uns des autres. Ça leur fait du bien de s’évader dans une salle de cinéma et de voir qu’il y a des gens sympas au Pakistan. La rançon de ce succès, c’est que pour faire un beau film pouvant prétendre être retenu dans la sélection, il faut compter un cameraman et 15.000 euros pour l’editing. C’est souvent un peu la guerre pour boucler les budgets.

Regrettez-vous la faible notoriété des alpinistes en France ?

Disons que le drame plaît à la société. Je n’étais pas encore rentré en France que j’avais plusieurs appels pour des articles sur mon accident. On sait qu’il faut un drame pour faire parler de nous, c’est frustrant. Elisabeth Revol a fait ce constat également après son sauvetage au Nanga Parbat (Pakistan). On ne parle véritablement de nous que quand on se tue.

16 € la soirée, à 19h30 partout. Il reste des places pour Montagne en scène ce lundi au cinéma Gaumont de Rennes, mardi au ciné Mont-Blanc de Sallanches, mercredi à l’UGC Atlantis de Nantes, jeudi au CGR Le Français de Bordeaux et au cinéma Atmosphère d’Oyonnax… Puis les 15-16 avril à Toulouse, le 30 avril et le 9 mai à Lyon, le 2 mai à Marseille et le 7 mai au Grand Rex à Paris. Réservations ici.

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