Monica Bellucci : « Pour moi, « Irréversible » est un film féministe réalisé par un homme »

Monica Bellucci dans Irréversible – Inversion intégrale de Gaspar Noé — Carlotta/StudioCanal

  • Monica Bellucci revient sur « Irréversible » dont Gaspar Noé a effectué un nouveau montage en ordre chronologique.
  • Dix-sept ans après la première mouture, elle trouve toujours le film aussi fort.
  • Elle incarne une femme violée et défigurée dans cette œuvre très dure qu’elle estime être toujours aussi actuelle en 2019.

En 2002, Monica Bellucci avait bouleversé le public du Festival de Cannes dans Irréversible de Gaspar Noé . Le réalisateur de Love et Climax a remonté son film en version chronologique. Cette  nouvelle version intitulée Irréversible – Inversion Intégrale sera projetée en séance spéciale ce samedi à la Mostra de Venise.

En exclusivité pour 20 Minutes, Monica Bellucci est revenue sur ce film qu’elle a tourné il y a dix-sept ans. Cette femme libre et solaire n’est pas du genre à ne pas assumer ses choix surtout quand ils sont aussi forts qu’Irréversible.

Quel est le parti pris d’« Irréversible – Inversion Intégrale » ?

C’est un nouveau montage du film que Gaspar Noé a réalisé en 2002. Dans la première version, il racontait l’histoire à rebours – c’est-à-dire en commençant par la fin. Là, il l’a remise « à l’endroit » et on voit donc ce qui arrive aux personnages de façon chronologique, de leur histoire d’amour à la tragédie qui détruit leurs vies.

Quel était l’intérêt de remonter le film ?

Cela permet de le considérer d’un autre point de vue. Peut-être aussi de mieux comprendre la violence finale de la « vengeance » si on peut l’appeler ainsi. C’est une œuvre très dure, sans concession mais aussi très belle et poétique qui parle d’amour, d’enfants et de domination. A notre époque, on évoque plus facilement ces sujets car la parole des femmes s’est libérée.

Qu’est-ce qui a changé depuis 2002 ?

Le sous-titre de la première version d’Irréversible est « Le temps détruit tout ». Celui de ce nouveau montage est « Le temps révèle tout ». C’est très juste. Nous avons tous changé pendant ces dix-sept ans et la société a évolué aussi. De gros progrès ont été faits pour les femmes grâce à celles qui ont osé parler. Je pense qu’Irréversible n’a rien perdu de son impact ni dans son esthétique, ni dans les débats qu’il peut provoquer.

Pensez-vous que la nouvelle version du film fera polémique comme en 2002 ?

Il n’y a aucune raison pour cela. Les mentalités ont évolué, j’espère. Gaspar Noé a eu le courage de faire un film qui ne montre pas les hommes sous leur meilleur jour. Je trouve important qu’un homme, un réalisateur, ose faire cela frontalement. Irréversible est un film féministe réalisé par un homme. Gaspar Noé y montre qu’un viol n’est pas une affaire de désir et de sexe mais de domination et de pouvoir.

La scène de viol était-elle difficile à tourner ?

Je n’en garde aucun souvenir traumatisant. Nous l’avions tellement répétée que je ne me suis sentie à aucun moment menacée. Gaspar avait su me protéger. C’est un réalisateur très attentif et un homme délicat. Cette séquence était bien plus violente à regarder pour le spectateur qu’à filmer pour moi. Je n’ai pas eu l’impression de me sentir violée en tournant cette scène.

Comment avez-vous réagi en revoyant « Irréversible » ?

Je n’avais pas d’enfant quand je l’ai tourné en 2002. Je vois le film différemment maintenant que j’ai une fille de 15 ans. Je le trouve positif parce qu’il ne me semble pas conçu pour faire peur aux femmes mais pour faire parler du rôle de la femme et essayer que ce genre d’actes épouvantables n’arrive plus jamais. Il est temps que les femmes n’aient plus peur.

Les choses ont-elles évolué depuis #MeToo ?

Nous sommes toutes les filles de celles qui ont osé parler ! Grâce à elles, certains sujets comme le viol sont moins tabous. Il n’y a pas si longtemps que les femmes ont le droit de vote en France alors il va falloir du temps. Même si les choses avancent, tant dans le domaine personnel que professionnel, il y a encore du travail mais je ne crois pas à la guerre des sexes. La guerre n’a jamais mené à rien.

Qu’a représenté « Irréversible » dans votre carrière ?

Une carrière est une somme d’expériences, celle d’Irréversible a été différente ne serait-ce que parce que je l’ai tourné avec Vincent Cassel avec qui je vivais alors. Il y avait un côté intime dans cette affaire. C’était aussi incroyable de travailler avec Gaspar qui pouvait faire des plans séquences de plus de vingt minutes. C’est rare de pouvoir se laisser emporter ainsi sans être coupée au milieu d’une scène.

Avez-vous connu le même type d’expériences sur « Nekrotronik », qui sera projeté en ouverture de L’Etrange Festival  le 4 septembre aux côtés d’ «Irréversible – Inversion Intégrale» ?

Nekrotronik est un pur délire où je joue une mère d’un adolescent si possessive qu’elle est prête à le tuer plutôt que de le laisser lui échapper. J’ai dit oui après avoir vu Wyrmwood que le réalisateur a tourné en quinze jours dans le garage de sa mère. J’adore le cinéma de genre qui a toujours occupé une grande importance dans ma carrière.

Cinéma

Monica Bellucci était présidente du jury au Festival de Dinard en 2018.

Culture

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