Mondiaux de volley : Resté en Russie malgré la guerre, le Français Jenia Grebennikov « est dépendant du marché »

C’est l’empreinte carbone qui va encore en prendre un coup. Actuellement en Slovénie pour disputer les quarts de finale des Mondiaux de volley avec l’équipe de France face à l’Italie ce mercredi, Jenia Grebennikov va ensuite rejoindre le Pologne, si tout se passe bien pour les Bleus, et Katowice, ville hôte des demies et de la finale. Et, puis, le titre mondial en poche, le libéro français devra rentrer chez lui, dans son club, en Russie. Katowice-Saint-Pétersbourg : 1.460 km, une broutille.

Sauf que, depuis l’invasion de l’Ukraine par les forces russes de Vladimir Poutine, le 24 février, on ne peut entrer en Russie par avion que via Istanbul ou Dubaï. Un beau détour que l’ancien joueur de Rennes et sa famille ont déjà expérimenté. Après le début du conflit, sa femme, alors enceinte, avait quitté Saint-Pétersbourg « en alerte, parce qu’on a eu peur et que tous les vols étaient blindés », raconte l’international français.

Les joueurs étrangers du Zénith sont restés

Jenia Grebennikov, lui, est resté sur les bords de la Neva, où il avait signé un beau contrat avec le Zénith de trois ans en 2021. Celui lui permettait de rejoindre le pays de son père, ancien international de volley avec l’URSS, et voir une partie de sa famille toujours au pays. Évidemment, s’est vite posée la question de partir au moment où le conflit a éclaté, mais lui, comme d’autres joueurs étrangers, ont choisi de continuer leur aventure en Russie.

« Si ça [la guerre] s’étend, je vais peut-être reconsidérer mon choix, mais je suis dépendant du marché, nous expliquait-il avant les Mondiaux. Et, pour le moment, il n’y a rien. Je suis un joueur du Zénith. Peut-être que l’été prochain, on sera en pourparlers. Et puis ça dépend aussi de s’ils veulent me garder ou non. Au Zénith, à part les joueurs ukrainiens qui sont partis, tout le monde est resté. »

« Si le foot était parti, je serais parti aussi »

Le libero de 32 ans a aussi vu que les footballeurs étrangers du Zénith avaient également laissé leur valise à Saint-Pétersbourg. « J’étais en contact avec l’attaquant iranien Serdar Azmoum [parti à Leverkusen] et je lui demandais s’il pouvait avoir des nouvelles et il me disait que tout le monde restait. Lovren ne partait pas, les Brésiliens [comme l’ex-Bordelais Malcom] aussi. Mais si le foot était parti, je serais parti aussi. Car le foot, c’est vraiment le gros truc. »

Il a aussi été rassuré par l’ambassade française, avec qui il est régulièrement en contact. Et par la Fédération française de volley, avec qui « il n’y a eu aucun souci », selon l’intéressé. « Il avait signé son contrat avant le début du conflit, a indiqué Eric Tanguy, le président de la Fédération française de volley dans Le Parisien. S’il ne le respectait pas, il pourrait se trouver dans une situation délicate car il serait en faute. Son avenir en équipe de France n’est pas menacé. »

« S’il n’y a pas la guerre, c’est le paradis »

Surtout, Jenia Grebennikov se sent bien à Saint-Pétersbourg, où les effets de la guerre ne se font pas sentir, si on ne tient pas compte de la fermeture de certains commerces internationaux : « Je n’ai rien vu de fou dehors. Tout le monde me demandait comment ça allait et je disais : “Mais il n’y a rien”. Les gens pensaient qu’il y avait des soldats dans la rue, mais non, pas du tout. Je fais ma vie, et si je sens que quelque chose ne va pas, je partirai. Je parle russe, donc je sais indirectement vite s’il se passe vite quelque chose. »

S’il ne sait pas trop à quoi s’attendre à son retour à Saint-Pétersbourg après cette longue trêve estivale, l’homme aux plus de 260 sélections va rentrer avec sa femme et ses deux enfants : « Ils vont venir avec moi, parce que la crèche, là-bas, c’est trop bien. Les infrastructures sont incroyables, il y a huit élèves pour trois profs. Je suis dans un building incroyable, il y a plein de sports, le centre-ville est magnifique. S’il n’y avait pas la guerre, ça serait le paradis. »