Monaco-PSG : La stratégie de « trading » de l’ASM est-elle viable à long terme ?

Potentiellement beaucoup de millions d’euros à la revente sur cette photo. — Lionel Urman/SIPA

  • Le vice-président Oleg Petrov a annoncé que l’AS Monaco ne comptait pas abandonner sa politique de «trading» de jeunes talents. 
  • Après avoir connu moins de succès lors des derniers mercato, les dirigeants monégasques ne semblent pourtant pas vouloir changer de cap. 
  • Cette politique à haut risque est une quasi nécessité pour un club comme Monaco. Explications. 

Chassez le naturel, il revient à Monaco. Désolé pour cette honteuse blague Ontenientesque, mais elle collait tellement bien au sujet qu’il faut parfois accepter de se rabaisser à ce niveau. Après un été dispendieux sur le marché des transferts (140 millions d’euros claqués, 12e club le plus dépensier), bien loin de ses standards habituels, l’ AS Monaco s’apprête à revenir à ses fondamentaux, à savoir acheter à pas (trop) cher de jeunes joueurs prometteurs pour les revendre une blinde après une ou deux saisons en principauté.

Cette politique de trading, érigée en véritable doctrine depuis le rachat du club par le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev et mise au placard le temps d’un été pour pallier un recrutement quelque peu brouillon, va faire son grand retour à en croire Oleg Petrov, le vice-président monégasque. « Le projet de trading reste, c’est le pilier de ce projet et du succès financier, annonçait-il en novembre dernier sur le plateau de l’émission Breaking Foot sur RMC. Nous devons rester en Ligue des champions pour les droits télé, pour attirer des spectateurs. Et nous devons continuer à vendre des joueurs. » La question est de savoir si les dirigeants sont dans le vrai avec cette stratégie « Football Manager ».

Monaco s’est vu trop beau

Pour l’agent Bruno Satin, celle-ci ne se pose même pas. « La politique de trading pour Monaco, ce n’est pas un choix, c’est une obligation, dit-il d’entrée de jeu. Comme il n’y a pas de recette billetterie et très peu de recettes marketing-merchandising, les sources de revenus sont extrêmement limitées par rapport à certains concurrents donc ils sont obligés de compenser. Dans ces cas-là, la variable d’ajustement c’est toujours les transferts. Donc pour matcher les critères du fair-play financier, ils doivent vendre pour équilibrer le budget mais en faisant ça, vous vous affaiblissez forcément sur le plan sportif ».

Les Monégasques en ont fait l’amère expérience la saison dernière quand le club a dû se battre d’août à mai pour éviter une relégation synonyme de catastrophe industrielle pour ses propriétaires. « Ils ont payé l’accumulation de tous leurs mauvais choix passés », valide Mathieu Faure, journaliste à Nice-Matin et spécialiste de l’ASM. Comme profiter de la deuxième place obtenue en 2017-2018 pour liquider définitivement l’équipe championne de France un an plus tôt.

« Ils ont clairement pris la grosse tête à un moment donné, admet notre confrère. Ils se sont dits “on arrive encore à faire un Fabinho ou un Lemar, il n’y a pas de raisons que ça s’arrête”. Ils partent donc du principe qu’ils vont pouvoir réaliser ce genre de coups à chaque fois. Sauf que pour un Fabinho, t’as combien de Terrence Kongolo ou d’Adama Diakhaby ? Ils ont été grisés par la réussite exceptionnelle de leurs trois, quatre premiers mercatos où ils avaient tout bon. » « C’est une politique à très haut risque », juge quant à lui Bruno Satin.

Le trading, un pari risqué au quotidien

On dénombre au moins trois risques.

  • L’impact sur le niveau de l’équipe

Bien vendre c’est bien, bien remplacer c’est mieux. Or, à ce petit jeu-là, le foot est très éloigné de la promesse de fête foraine « à tous les coups l’on gagne ». Or, en optant pour une politique de trading à plus ou moins long terme, le droit à l’erreur est quasi interdit. « Il y a deux choses à mettre en corrélation, note l’agent de joueurs. La qualité des jeunes joueurs et la performance sportive. C’est la conjugaison de ces deux phénomènes qui a fait la réussite des ventes de Monaco. L’année d’après (2017-2018), ils font l’Europa League, c’est plus déjà tout à fait le même niveau et ça se ressent en termes de ventes : le même joueur vaut moins cher, tout simplement. » C’est le début du cercle vicieux : tu as mal acheté donc tu n’as pas eu le rendement escompté sur le terrain, donc t’es moins en position de force pour négocier, donc tu vends moins cher, donc tu peux moins bien te renforcer, etc.

  • Empiler n’est pas gagner

Se lancer dans ce qu’on appelle le prospect de jeunes talents, c’est comme faire de la pêche industrielle : on balance un immense filet pour choper le maximum de poiscaille possible en espérant bien tomber sur la perle rare, sur le thon de compétition qu’on facturera une blindasse à la criée sur un marché japonais. Sauf que quand on ne ramasse que du rabiot (= des poissons invendables, rien à voir avec le footballeur, rassurez-vous), bon courage pour y trouver son compte. « A Monaco ils ont forcé le trait. Ils ont empilé les jeunes joueurs, ils ont plus de 70 contrats pros cette saison !, s’étouffe Bruno Satin. Et quand ça ne marche pas pour ces garçons, ce n’est pas toujours facile à recaser puisque à Monaco les étrangers ne payent pas d’impôt. Ils ont de gros salaires, ils sont au Club Med, c’est pas facile à exfiltrer. »

  • L’AS Monaco n’est plus seule

Les dirigeants monégasques doivent regretter le temps où ils étaient seuls ou presque sur le marché de la chair fraîche. Une époque révolue, assurément. « Un club comme Lille fait beaucoup ça aussi, en Allemagne t’as Leipzig, Dortmund, Gladbach. Salzbourg en Autriche. Le marché des très jeunes joueurs a explosé et les clubs sont obligés de payer le prix fort pour les signer. Geubbels, ils ont mis 20 millions sur la table alors qu’il n’avait qu’un contrat aspirant à Lyon », confirme Mathieu Faure.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Dernier problème auquel doit faire face l’ASM ces dernières années : la qualité de sa cellule de recrutement. C’est la condition sine qua non pour un club qui base sa stratégie financière sur les plus-values à la revente. Or aujourd’hui, les bons renifleurs de talents se font rares sur le Rocher. « Grosso modo il y a eu deux mecs très compétents au recrutement ces dernières années : Luis Campos et ensuite Antonio Cordon. Malheureusement depuis, sur le plan de la politique sportive, il n’y a plus de pilote dans l’avion, conclut Satin. C’est parti un peu n’importe comment. Entre les recommandations de Pierre, Paul ou Jacques, les demandes de l’entraîneur et la volonté des dirigeants, c’est difficile d’avoir une ligne claire ».

Mathieu Faure confirme : « C’est un club très opaque, encore plus depuis que les Russes sont arrivés. Monaco fonctionne sans réel directeur sportif, du coup c’est Oleg Petrov qui gère un peu le mercato comme pouvait le faire Vadim Vasiliev. Sauf que Petrov n’est pas issu du monde du foot donc il découvre à la fois la Ligue 1 et à la fois le mercato, c’est compliqué. Après il est entouré de gens qui connaissent un peu le football comme Igor Korneïev. » Malgré ça, le confrère de Nice-Matin et So Foot ne se fait pas trop de mouron pour le club. « Ils arrivent à retomber sur leurs pattes la plupart du temps, juge-t-il. Regarde Tielemans, acheté 20 millions et revendu 45 alors que c’était un flop. Et quand t’arrives à vendre Rachid Ghezzal ou Guido Carillo 20 millions en Angleterre, bon, c’est pas mal (rires). »

Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’œil à l’effectif monégasque pour se convaincre qu’il n’est pas nécessaire de verser une larme pour ce club et son propriétaire. Lecomte, Ben Yedder, Keita Baldé ou Golovine sont autant de joueurs qui peuvent rapporter gros en fin de saison pour peu que l’ASM termine sur le podium en mai. Le temps sera alors venu de tout recommencer. En fait, Monaco sous pavillon russe, c’est le remake du film Un jour sans fin mais dans la vraie vie.

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