Mois sans alcool : « Les vignerons ont gagné »… L’Elysée annule l’opération portée par Santé Publique France

Le président de la République Emmanuel Macron tient un verre de vin ici aux côtés d’Alain Rousset. Ici à Anglet en août 2019 pour le G7. — Ian Langsdon / SIPA

  • Porté par Santé Publique France, le mois sans alcool devait avoir lieu en janvier. L’Elysée a demandé son annulation.
  • L’annonce de cette opération inspirée du « dry january » anglais avait été reportée à cause de la crise dans la fonction hospitalière.
  • Les professionnels de la prévention sont en colère et accusent le lobby du vin d’avoir influencé l’exécutif.

Le « mois sans alcool » prévu en janvier ne se fera pas. L’opération portée par Santé Publique France et qui devait être annoncée courant novembre a finalement été enterrée. D’après les informations recueillies par 20 Minutes, c’est l’Elysée qui a demandé que la campagne soit stoppée. La semaine dernière, le président de la République Emmanuel Macron avait promis à des vignerons du champagne que le mois sans alcool n’aurait pas lieu. Il a tenu sa parole.

Tout était prêt. Le compte Twitter avait émis ses premiers messages et le site web n’attendait qu’à être lancé. La ministre de la Santé Agnès Buzyn devait même annoncer l’opération de prévention le 14 novembre. La crise des hôpitaux​ l’a finalement obligée à repousser, sonnant la fin du mois sans alcool. Au cours d’une dégustation de champagne le jour même, Emmanuel Macron avait clairement exprimé son désaccord avec ce mois sans alcool. « Les vignerons ont gagné », souffle une professionnelle de la prévention, dépitée.

« C’est attristant »

Défendue par plusieurs députés et sénateurs, l’industrie du vin était partie en guerre contre le mois sans alcool, inspiré du « dry january » populaire en Grande Bretagne. Ses messages ont visiblement été entendus. « L’opération était prévue de longue date, des crédits avaient été engagés. Tout ça a été annulé sous la pression des viticulteurs. C’est attristant de voir qu’on annule au nom de la prétendue défense du lobby du vin », dénonce Bernard Basset, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA).

La réaction est la même du côté de la Fédération Addiction. « Ça nous interroge sur le mode d’arbitrage. L’arbitrage ne penche pas en faveur de la santé publique », s’étonne Nathalie Latour, sa présidente. Les professionnels de la prévention attendaient pourtant beaucoup de cette opération nationale. « Les résultats en Angleterre sont excellents. Ce n’était pas une campagne moralisatrice, personne ne voulait diaboliser l’alcool. L’objet, c’était avant tout d’aller vers la modération », poursuit la présidente de Fédération Addiction.

Le mois sans alcool enterré par les instances publiques, Nathalie Latour espère désormais mobiliser « la société civile » pour participer à ce « dry january » à la française. « On a le droit de boire, mais on a aussi le droit de ne pas boire ».

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