« Mitterrand confidentiel » : Pourquoi l’ancien président ne fascine-t-il plus qu’aujourd’hui ?
France Télévisions propose en intégralité sur France.tv et sur France 2 la minisérie en quatre épisodes Mitterrand confidentiel, à l’occasion des 30 ans de la disparition de François Mitterrand, ce lundi et le 12 janvier. La minisérie s’ancre dans les années 1994-1995 et aborde des éléments de la vie de François Mitterrand, de ses débuts dans le journalisme à sa relation secrète avec Anne Pingeot.
Le portrait d’un des présidents les plus énigmatiques de la Ve République ! À l’occasion des 30 ans de la disparition de François Mitterrand, France Télévisions propose sur France.tv et sur France 2, ce lundi et le 12 janvier, la minisérie en quatre épisodes *Mitterrand confidentiel*. Cette série se déroule entre 1994 et 1995. Affaibli par le cancer et en cohabitation avec Édouard Balladur, le président de la République française depuis le 21 mai 1981 fait face à la fin de son mandat dans un climat tendu où son passé trouble et ses multiples secrets refont surface.
Chaque épisode commence par un événement déclencheur et aborde quatre tournants majeurs de son parcours des années 1940 aux années 1990. La série mêle vie personnelle et parcours politique : milieu familial, soutiens, débuts dans le journalisme, rencontre avec Anne Pingeot, campagnes électorales, Résistance, Vichy, attentat de l’Observatoire, ainsi que des scènes plus intimes – une partie de Monopoly avec Mazarine, une dispute avec Danielle – en passant par le débat crucial de l’entre-deux-tours en 1974 contre Valéry Giscard d’Estaing, la visite de Mikhaïl Gorbatchev à Latche (Landes), la maladie, les derniers mois de son second mandat et sa passion pour l’écriture. Tous ces éléments éclairent la personnalité de l’homme derrière la fonction présidentielle.
Cette fiction, écrite par Stéphane Pannetier et réalisée par Antoine Garceau, s’appuie sur le livre polémique publié en 1994 par Pierre Péan, *Une jeunesse française* (Fayard), des documents d’archives et sa correspondance abondante avec Anne Pingeot. Bien que la minisérie ne révèle rien de nouveau, elle est remarquablement documentée et portée par l’interprétation magistrale de Denis Podalydès. La fiction met également en lumière deux figures féminines centrales de la vie de François Mitterrand : Danielle Mitterrand, interprétée par Valérie Karsenti, et Anne Pingeot, sa partenaire secrète et la mère de Mazarine, incarnée par Judith Chemla.
Avec *Mitterrand confidentiel*, une nouvelle pièce s’ajoute à l’édifice déjà bien rempli des récits sur François Mitterrand (biographies, documentaires, témoignages, fictions comme *Le Promeneur du Champ-de-Mars* en 2005). Peu de présidents ont suscité autant de récits. Pourquoi la figure de cet ancien chef de l’État continue-t-elle de fasciner plus que celles qui lui ont succédé ?
François Mitterrand ne joue plus un rôle dans l’actualité mais devient un personnage du passé. Par définition, un personnage se prête mieux au récit qu’un responsable politique encore actif. Il coche toutes les cases du personnage romanesque : il a mené une double vie, des zones d’ombre historiques demeurent, il entretient un rapport littéraire au pouvoir, et sa longévité politique a été exceptionnelle avec une fin tragique.
L’attrait pour François Mitterrand réside également dans un style de pouvoir aujourd’hui disparu. *Mitterrand confidentiel* ne relève pas d’une nostalgie idéologique ou politique, mais d’un aspect esthétique et symbolique, renvoyant à une époque où le pouvoir semblait plus vertical, plus lent et plus solennel.
François Mitterrand, Jacques Chirac ou Charles de Gaulle s’exprimaient peu ; leurs paroles avaient du poids. La rareté de leurs interventions augmentait leur charge symbolique. Le silence était partie intégrante de la fonction. Aujourd’hui, l’hyper-présence médiatique, les réactions instantanées et la communication continue aplatissent la fonction. Le président contemporain est contraint d’être partout, tout le temps, au risque de perdre l’aura qu’offrait autrefois la distance. Cette surexposition nuit à la dimension symbolique de la fonction présidentielle.
Ces présidents pouvaient naviguer dans des zones d’ombre, voire garder des secrets. François Mitterrand a ainsi mené pendant plus de trente ans une relation discrète avec Anne Pingeot, avec qui il a eu une fille. L’existence de Mazarine n’a été révélée au public qu’à l’automne 1994, lorsque *Paris Match* a publié, le 10 novembre, la première photographie connue du président à ses côtés. Elle avait alors presque vingt ans.
En revanche, la relation entre François Hollande et Julie Gayet s’inscrit dans un rapport médiatique totalement différent : rencontrée en 2011, l’actrice devient une figure médiatique le 10 janvier 2014, lorsqu’un cliché publié par *Closer* montre le chef de l’État, casque sur la tête, rejoignant en scooter celle qui n’était pas encore officiellement sa compagne, alors qu’il était encore en couple avec Valérie Trierweiler.
Entre ces deux périodes, le rapport aux médias a profondément évolué : d’une presse respectueuse du pouvoir, on est passé à une logique de peopolisation croissante de la vie politique, rendant les dirigeants plus proches des figures du divertissement.
François Mitterrand incarne un pouvoir complexe, culturel et intellectuel. Il était un homme de livres, de références et de citations, affirmant une approche intellectuelle du monde. Cette posture donnait l’impression d’un président capable de penser au-delà de l’urgence et d’inscrire son action dans l’Histoire.
À une époque où la communication politique favorise l’efficacité immédiate, le slogan et l’émotion, cette profondeur culturelle fait défaut. Il semble que les présidents du passé appartiennent à une autre catégorie d’hommes politiques, plus denses, plus incarnés, presque mythologiques. En idéalisant l’ancien président, le regard contemporain exprime principalement une lassitude face au vacarme politique actuel, à la simplification des débats et à la personnalisation excessive.
Les présidents du passé n’étaient pourtant ni plus vertueux ni plus infaillibles. François Mitterrand n’a jamais été un président consensuel. Cependant, il bénéficie aujourd’hui d’un privilège inaccessibile à ses successeurs : celui d’avoir quitté la scène pour entrer dans le récit. *Mitterrand confidentiel* ne raconte pas uniquement un homme, la série révèle, en creux, ce que notre époque espère encore – peut-être en vain – de la figure du chef de l’État. Plus qu’un regret du passé, cette nostalgie mitterrandienne s’apparente à une critique du présent.

