Miroir ou tête de cheval… Quels avatars choisirons-nous pour nous représenter dans le métavers

Dans le métavers, à quoi ressemblerons-nous ? À une version cartoonesque de nous-même, prévoit Mark Zuckerberg. Lors de la démonstration de ce que permettrait Horizon Worlds, en octobre 2021, le public a pu observer une représentation 3D relativement ressemblante au patron de Meta essayer tour à tour un costume de squelette ou de cosmonaute.

Si certains ont jugé la présentation déjà ringarde, un marché pourrait s’ouvrir : fin 2021, la start-up Wolf3D levait 13 millions de dollars pour « Ready Player Me », sa plateforme de création d’avatars pour le métavers. En une année, elle déclare être passée de 25 à 1000 entreprises clientes.

Liberté, identité

Mais alors : réaliste ou délirante, notre représentation métaversée ? « L’apparence de l’avatar doit rester le choix de l’utilisateur », estime Maude Bonenfant, professeure à l’Université du Québec. Les métavers sont influencés par le monde du jeu vidéo, or les joueurs ont l’habitude de se créer des personnages qui ne leur ressemblent pas, soit parce que le monde est fantastique, soit parce que c’est leur fantaisie. « La vraisemblance a peu d’importance tant que les règles de l’espace numérique sont comprises par tout le monde, explique la chercheuse. Ce qui compte, c’est la manière dont vous interagissez, les liens que vous tissez. »

Professeure à Télécom SudParis, Maryline Laurent pose la question point de vue économique : à qui cela bénéficierait, que nos avatars soient réalistes ? Pour Meta, dont le business model repose sur la captation de données, « ce n’est pas tant la manière dont je me présente que l’intégralité de mon parcours qui est utile : ce que je fais, ce que j’achète, la manière dont j’interagis, tout est enregistré pour affiner la publicité. »

À ce constat succède la question de la sécurité des données : « Plus vous dessinez une identité numérique proche de la vraie, plus importants seront les risques. » Si par exemple vous partagez vos opinions politiques ou religieuses, ce seront des données sensibles que vous aurez partagées avec les constructeurs de l’univers dans lequel vous évoluez. « La question qui va se poser n’est peut-être pas tant celle du degré de ressemblance entre votre avatar et vous-même que celle de la possibilité de garder le même personnage d’un métavers à l’autre », souligne Maude Bonenfant.

Un avatar pour les relier tous

Un peu comme on prend le même pseudonyme sur chaque réseau social, pour rester identifiable. Dans ce cas, l’intérêt de métavers inscrits sur la blockchain devient évident : au pays des NFT, des modèles économiques plus proches de ceux des jeux vidéo, où l’on achète des skins (des équipements) et des objets, pourront se développer. « Sous pseudonyme ou pas, nous cherchons toujours à nous démarquer, à être unique », continue l’enseignante.

Avec des accessoires en série limitée, le tour sera facilement joué. Reste la question de l’acceptabilité sociale : chez Meta, le but affiché est de permettre aux internautes de se retrouver dans des contextes familiaux ou professionnels. « Or dans ces cadres-là, pointe Maude Bonenfant, il n’est pas dit qu’il soit bien vu de débarquer avec une tête de cheval ou je ne sais quel autre profil improbable. » Même virtuelle, la réalité demeure… la réalité.