Mineurs isolés : « Depuis, je vois la réalité à travers ses yeux », explique une députée qui a pris Samba sous son aile

« Il m’appelait au milieu de la nuit, il disait : “Please, help me ! Please, help me !”. » Cet appel au secours Cathy Racon-Bouzon, députée LREM de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône (4e arrondissement de Marseille et partie des 5e et 6e) l’a reçu sur son téléphone personnel de Samba *, jeune Gambien de 17 ans, selon son acte de naissance. « Depuis, je vois la réalité à travers ses yeux… », souligne l’élue de la République

Arrivé à Marseille il y a quelques mois, Samba a passé nombre de nuits à la rue alors que la protection de l’enfance, qui relève du conseil départemental via les dispositifs de l’aide sociale à l’enfance (ASE), aurait dû lui offrir un accueil provisoire d’urgence le temps de l’évaluation de sa minorité et de son isolement sur le territoire. Mais dans les Bouches-du-Rhône, on sait le système plus que défaillant, cela a été pointé plusieurs fois par la justice, la cour régionale des comptes, la Défenseuse des droits… En effet, les mineurs non accompagnés (MNA), dont le nombre a augmenté ces dernières années, peuvent passer plusieurs semaines – voire plusieurs mois – dehors avant que l’Association départementale pour le développement des actions de prévention ( Addap 13), structure mandatée par le département pour s’occuper de ce public, ne mette en place une première mise à l’abri. Selon la loi, elle devrait être immédiate.

Militante de terrain

La députée LREM de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône Cathy Racon-Bouzon.

« Samba, je l’ai rencontré à Bougainville, alors qu’il sortait de l’Addap », explique Cathy Racon-Bouzon. Des échanges puis des liens se sont tissés entre le jeune Gambien et la députée. Au point qu’elle est devenue, avec son mari, la référente du jeune garçon. Non pas en tant qu’élue, mais bien comme simple citoyenne agissant au sein du Réseau d’accueil des minots non accompagnés (Ramina), structure composée de bénévoles. La femme politique est donc devenue militante de terrain. « Il a été évalué majeur, mais un recours a été déposé devant le juge des enfants. Si son évaluation est confirmée, il sera donc ce que l’on nomme un mijeur : mineur sur ces actes administratifs, mais considéré majeur en France. Et là, la situation se compliquerait pour lui. Mon travail de députée, c’est de changer les lois. Mais là, à titre personnel, je ne saurais quoi faire… »

« J’ai proposé une batterie d’amendements »

C’est justement en travaillant pour « changer les lois » que l’élue de la majorité s’est lancée dans cette aventure. « Au départ, détaille-t-elle, j’étais à la commission éducation à l’Assemblée, où j’ai beaucoup travaillé sur la scolarisation des enfants, et notamment ce type de public. Puis, intégrant la commission sur les migrations, j’ai décidé de creuser la question des MNA. J’ai rencontré les associations de terrain, Addap 13, Ramina, Médecins sans frontières, Collectif 59 Saint-Just pour me rendre compte de la réalité des faits… Je n’ai pas été déçue. »

La cause semble l’avoir touché. Elle a alors agi concrètement, en accompagnant le périple administratif du jeune Samba. Mais aussi sur les bancs du palais Bourbon, notamment dans le cadre du projet de loi Protection de l’enfance voté en juillet dernier. « J’ai proposé une batterie d’amendements et tenter de mettre les conseils départementaux face à leurs responsabilités. » Deux ont été retenus : « l’accompagnement systématique jusqu’à 21 ans des jeunes sortant de l’ASE » et « l’interdiction de réévaluer la minorité d’un jeune dans un autre département ». D’autres ont été rejetés, « mais le secrétaire d’Etat Adrien Taquet m’a expliqué que mes propositions étaient moins-disantes par rapport à la loi existante, qui exige déjà une mise à l’abri immédiate ».

« Si ça ne rapporte pas de voix, personne ne s’en occupe. »

Cet engagement, elle l’explique en revenant aux origines de son parcours politique, qui date de l’élection présidentielle de 2017. « Quand on a lancé En Marche, on voulait mettre monsieur et madame Tout-le-monde à l’Assemblée. Cela a fonctionné pour moi, et j’ai l’opportunité d’agir concrètement. » Saïd Ahamada, autre député LREM de Marseille, dit ne pas être étonné par l’action de sa collègue : « C’est Cathy tout craché. Et on se retrouve sur ces questions. A Marseille, l’importance des sujets dépend d’un éventuel intérêt électoral. Si ça ne rapporte pas de voix, personne ne s’en occupe. Mais Cathy ne fonctionne pas comme ça. Elle n’est pas là pour plaire aux électeurs, mais pour faire avancer le pays. C’est un engagement républicain, c’est ce qu’il faut faire. »

« Est-ce que cela peut m’handicaper en politique ? Mais ça, je m’en moque ! » assène Cathy Racon-Bouzon dans un sourire. Et d’expliquer : « Je suis là pour que les choses changent, je me suis engagée pour ça. Ce qui est porteur politiquement, c’est que les gens voient que l’on se bouge pour que la situation évolue. Et puis, vous savez, ce jeune, si je ne suis pas là, s’il n’a pas de soutien, s’il reste à la rue, en 15 jours il est embrigadé dans un réseau. » Et la députée militante de conclure : « Le protéger, c’est protéger l’ensemble de la société ».

* Le prénom a été modifié.