Midterms aux Etats-Unis : Complotisme, citoyens armés… La poudrière américaine risque-t-elle d’exploser ?

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Des candidats complotistes. Des pseudo-observateurs du scrutin armés. Le mari de Nancy Pelosi attaqué. Après avoir été secouée lors de la présidentielle de 2020, puis lors de l’assaut du Capitole, la démocratie américaine va à nouveau être mise à l’épreuve, ce mardi, lors des midterms.

Tous les signaux sont au rouge, avec un risque de violence politique accru, selon un bulletin d’alerte émis par le département à la Sécurité intérieur et le FBI une semaine avant ces élections de la mi-mandat.

Un candidat républicain sur deux a remis en doute l’élection de Biden

Donald Trump, qui pourrait annoncer sa candidature pour 2024 d’ici à la mi-novembre, a répété jeudi dernier le même mensonge qu’il recycle depuis deux ans : « J’ai été candidat deux fois, et j’ai gagné deux fois. » Cette soi-disant fraude, que même son ancien ministre de la Justice, Bill Barr, a qualifiée de « bullshit », a galvanisé l’électorat MAGA (Make America Great Again) lors des primaires. Si bien que la moitié (291 sur 568) des candidats républicains au Congrès ou à des postes de gouverneurs et de secrétaire d’Etat sont des « election deniers », selon un décompte du Washington Post.

Ces candidats ont donc refusé de reconnaître la victoire de Joe Biden ou, au minimum, ont semé le doute sur les résultats. En Pennsylvanie, Doug Mastriano a assuré qu’il n’hésiterait pas, en cas de doute, à « décertifier » les résultats de la prochaine présidentielle s’il est élu gouverneur. Et en Arizona, Mark Finchem, un membre de la milice Oath Keepers qui flirte avec Qanon, gardait sur Pinterest une liste de « traîtres », appelant à faire le plein de munitions. Il talonne le candidat démocrate, avec une chance de devenir secrétaire d’Etat et de jouer un rôle central dans la certification de la prochaine présidentielle.

Le candidat républicain au poste de secrétaire d'Etat d'Arizona, Mark Finchem.
Le candidat républicain au poste de secrétaire d’Etat d’Arizona, Mark Finchem. – Jim Rassol/AP/SIPA

Observateurs armés

Il y a deux ans, des centaines de supporters de Donald Trump, certains armés, scandaient « Stop the count », pour demander l’arrêt du dépouillement à Phoenix, dans l’Arizona. Dans cet Etat disputé, les complotistes, qui fantasment sur l’existence de « mules » bourrant les urnes de faux bulletins, ont pris les devants cette année. Le groupe de « patriotes » autoproclamés Clean Election USA a surveillé les boîtes aux lettres dans lesquelles les électeurs peuvent déposer leur bulletin en avance. Les autorités ont publié des photos d’individus armés ou en tenue de camouflage, dénonçant une tentative « d’intimidation », et un juge leur a interdit de s’approcher fusil à la main à moins de 80 mètres.

En parallèle, à San Francisco, le mari de Nancy Pelosi a été attaqué par un complotiste souffrant de troubles mentaux. Comme les émeutiers du Capitole, il a demandé « Où est Nancy ? ». L’homme avait l’intention de prendre en otage la Speaker et de lui « casser les rotules » pour qu’elle confesse les « mensonges » démocrates.

De la rhétorique à l’action violente

Dans un tel climat, « le risque de violence est réel, particulièrement juste après les midterms », avertit Carolyn Gallaher, chercheuse spécialisée des extrêmes à l’American University de Washington. Selon elle, plus le scrutin sera serré et plus le danger sera élevé, avec « de nombreux groupes paramilitaires d’extrême droite alignés avec l’idéologie MAGA ». « Partout dans le monde, la normalisation d’une rhétorique enflammée par les leaders politiques est souvent un signe avant-coureur d’une menace croissante d’action violente », abonde Autumn Lewien, chercheuse à la Bridging Divide Initiative à l’université de Princeton.

Les deux expertes sont inquiètes pour les milliers de travailleurs électoraux anonymes, qui avaient subi des menaces de mort en 2020, avec leurs adresses publiées sur Internet. Selon les chercheuses, la responsabilité de faire retomber la température incombe aux responsables républicains. Ils doivent « faire passer la démocratie avant leur parti », insiste Autumn Lewien. La chercheuse préfère malgré tout rester optimiste : « Voter aux Etats-Unis est sans danger, et les élections sont sécurisées », avec des garde-fous qui ont fonctionné en 2020. Reste à savoir si cela sera le cas dans deux ans.