«Microbiote en vrac, pets et ballonnements: Le SIBO est la cause de tous mes maux»

Le SIBO est une maladie du microbiote qui peut causer ballonnements, pets et inconfort intestinal. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

  • Dans A fleur de pet, Dora Moutot raconte son quotidien de femme hyperballonnée souffrant de gaz.
  • La jeune femme a compilé une large littérature scientifique avant de trouver la cause de ses maux : le SIBO.
  • Il s’agit d’une maladie du microbiote, qui se traduit par des ballonnements et des gaz qui peuvent fortement incommoder au quotidien.

On pourrait croire que la vie s’y développe, qu’un futur bébé est abrité dans ce petit ventre légèrement arrondi. Eh bien ce n’est pas tout à fait ça. Ce petit ventre abrite de nombreuses vies, des milliards même ! Qui composent le fameux microbiote intestinal, dont on parle tant ces dernières années. Et s’il est arrondi, c’est par la force irrépressible des ballonnements. Des gaz, des flatulences, bref, des pets, dans un concerto mal accordé où le bruit le dispute à l’odeur. Dans A fleur de pet * (éd. Guy Trédaniel), paru ce mardi, Dora Moutot raconte avec humour sa vie de femme ballonnée souffrant de gaz, un ouvrage qui rappelle  le best-seller Le charme discret de l’instestin. Une histoire qui pourrait sembler anecdotique, si elle ne s’accompagnait pas d’une réelle souffrance physique et morale. Après des années d’errance diagnostic, la jeune femme décide de partir elle-même à l’assaut de ce qui ne va pas chez elle, compile littérature scientifique et savoir de patients experts et finit par mettre un sigle sur ses maux : le SIBO. Pour Small Intestinal Bacterial Overgrowth ou, moins glam en français : pullulation bactérienne dans l’intestin grêle, qui peut vous transformer en « une véritable usine à gaz ».

Péter, ça arrive à tout le monde, mais au-delà d’une certaine fréquence, ce qui peut prêter à rire doit virer au cauchemar quotidien ?

Quand tout va bien côté intestins, chacun pète en moyenne 14 fois par jour, produisant et expulsant entre 0,5 et 1,5 litre de gaz chaque jour. Donc, péter relativement souvent n’est pas un problème, c’est normal. En revanche, quand c’est une source de grand inconfort physique et social, et quand cela s’accompagne de fortes douleurs abdominales, c’est qu’il y a un problème. Pour moi, tout allait bien, et ça a basculé subitement. Rapidement, les ballonnements et les pets sont devenus ingérables. Je passais des heures aux toilettes pour tenter d’évacuer ces gaz, j’avais mal au ventre, il était gonflé, dur et douloureux. C’était l’enfer, et en parler était tabou!

Faute de pouvoir poser un diagnostic clair sur vos troubles, on vous a longtemps dit que c’était dans votre tête. Comment avez-vous vécu cette période ?

Aujourd’hui, on parle beaucoup du microbiote, la littérature scientifique sur le sujet est de plus en plus riche. Mais sur le plan clinique, il y a très peu d’applications pratiques pour soulager les patients. Les gastro-entérologues de ville ne sont pas formés à ces nouvelles découvertes. Ça a été assez difficile à vivre, j’ai consulté beaucoup de spécialistes et on a fini par me dire que je n’avais rien, que c’était du stress, que c’était dans ma tête, que j’étais hypersensible. On m’a suggéré de faire du yoga, de me détendre. C’est vraiment rageant pour les patients.

Pour moi, ça a été sept ans d’errance diagnostic. On m’a diagnostiqué une colopathie fonctionnelle, et au départ, j’ai accepté ce verdict, mais c’est une appellation un peu fourre-tout : on vérifie que vous n’avez pas de maladie organique (cancer du côlon, maladie de Crohn ou maladie cœliaque), et si vous n’avez rien de tout cela, on vous dit que votre trouble est d’ordre « fonctionnel ». Ça veut dire que quelque chose ne fonctionne pas correctement mais qu’on ne peut pas vous en dire clairement la cause. Alors j’ai cherché par moi-même, lu des études scientifiques, regardé ce qui se faisait à l’étranger, consulter des sites et forums de patients experts, jusqu’à tomber sur une publication parlant du SIBO. Une révélation. Et quand le diagnostic a enfin été posé, ça a été extrêmement libérateur. Le fait qu’enfin, je sache ce que j’avais, ce que je pouvais faire pour lutter contre et qu’enfin, on arrête de me dire que c’était simplement dans ma tête ! Mon microbiote en vrac, les pets et les ballonnements, c’était le SIBO !

Et comment se traduit ce syndrome ? Quels sont les symptômes ?

C’est un dérèglement du microbiote intestinal qui se déclare souvent après une infection (de type grosse gastro), en cas de problème de thyroïde ou après une cure d’antibiotiques. Conséquence de ce dérèglement, des bactéries normalement présentes dans le côlon vont remonter, s’installer et pulluler dans l’intestin grêle, et en abîmer les parois. Des parois qui, en temps normal, filtrent et laissent passer les nutriments dans le sang mais qui, dans ce cas, vont être moins efficaces et laisser passer des toxines. Autant de bactéries qui ne sont pas censées entrer si tôt en contact avec ce que l’on a mangé et qui vont créer des gaz juste après le repas, d’où un ballonnement très rapide après avoir mangé. Ainsi, le SIBO se traduit par des ballonnements très inconfortables donc, et par des gaz très importants. Pour ma part, j’en avais tellement que cela bloquait complètement mon transit, donc j’avais de gros problèmes de constipation. Et tout cela entraîne une fatigue chronique intense.

Comment pose-t-on le diagnostic ?

Le mieux est de consulter à l’hôpital, dans un centre d’exploration digestive, et d’y passer un « breath test », ou test à l’hydrogène expiré, qui permet de poser le diagnostic pour plusieurs pathologies digestives, dont le SIBO.

Et quelles sont les causes du SIBO ? Est-ce une maladie environnementale ?

C’est une maladie environnementale sur plusieurs aspects. D’abord, elle se développe en fonction de plusieurs facteurs environnementaux : si on est né par césarienne, que l’on n’a pas été allaité bébé, si on a, au cours de sa vie, multiplié les traitements antibiotiques, qui affaiblissent et déséquilibrent le microbiote, et si l’on a mangé beaucoup de junk food, d’aliments ultratransformés riches en sucre, pesticides et additifs chimiques. Ce sont autant de facteurs pouvant causer un SIBO.

Par ailleurs, on est un « holobionte » : notre corps est habité par des milliards de micro-organismes, ils constituent le microbiote intestinal, vaginal ou cutané. Chaque individu est en réalité une communauté, composé de son propre organisme et de tous les micro-organismes qui vivent en lui. On a plus de cellules bactériologiques dans notre corps que de cellules humaines ! Quand tout va bien, on vit en symbiose, mais quand le dialogue entre le corps et ses bactéries est rompu, c’est la dysbiose, et c’est là que les choses se gâtent.

Cette maladie a pour moi été l’occasion d’une prise de conscience : nous avons une nature en nous, un environnement​ interne qu’il faut préserver, dont il faut entretenir la biodiversité. Nous devons développer un sens de l’écologie interne. Je fais d’ailleurs le parallèle avec l’écologie « traditionnelle » : notre mode de vie nous pollue à l’intérieur au même titre qu’il pollue la planète. En attestent l’augmentation de toutes les maladies modernes auto-immunes, qui se développent en raison du manque de biodiversité interne. En résumé : si je ne traite pas bien ma nature, je me pollue.

Peut-on soigner le SIBO ? Quel rôle l’alimentation joue-t-elle dans la prise en charge de cette maladie ?

Il n’existe pas un traitement clé en main pour guérir le SIBO, mais un arsenal thérapeutique à mettre en place pour soulager au mieux les symptômes. En première intention, les médecins prescrivent généralement une cure d’antibiotiques pour « faire le ménage » dans l’intestin grêle et le débarrasser des mauvaises bactéries, celles qui y pullulent alors qu’elles n’y ont pas leur place. Mais les récidives sont fréquentes. La phytothérapie est aussi indiquée : certaines plantes aux propriétés antibactériennes vont faire office d’antibiotique naturel, et apporter du confort digestif et intestinal. Ensuite, il faut éliminer de son assiette les aliments responsables des gaz. C’est pourquoi j’ai adopté l’alimentation FODMAP, qui consiste à ne plus manger de glucides dits « fermentescibles », combiné au Régime Spécifique en Glucides. En clair, j’ai supprimé tous les sucres lents, ou complexes. Ce sont les féculents, notamment, parce que les sucres qui les composent sont l’alimentation de prédilection des mauvaises bactéries, qui vont se multiplier. Ne plus en manger leur coupe leur source de carburant, et elles ne prolifèrent plus. Mais, c’est vrai que c’est assez contraignant au quotidien.

Enfin, il faut réensemencer le microbiote avec de bonnes bactéries en prenant des probiotiques. A l’avenir, peut-être que la greffe fécale sera une indication thérapeutique pour le SIBO.

On ne parle quasiment pas de SIBO en France. Si ça se trouve, beaucoup de personnes en souffrent sans le savoir ?

On estime qu’en France, 10 à 15 % de la population souffrent de colopathie fonctionnelle, et je suis prête à parier que parmi ces cas, une proportion assez importante doit en réalité souffrir du SIBO.

A fleur de pet. Le 1er livre sur la maladie des hyperballonnés qui ont le microbiote à l’envers, Editions Guy Trédaniel, en librairie le 18 juin, 22 euros.

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