Meurtre de Sarah Halimi : Kobili Traoré, le principal suspect, sera-t-il un jour jugé ?

La balance de la justice — LOIC VENANCE / AFP

  • Kobili Traoré a reconnu, lors de l’instruction, avoir roué de coups et défenestré Sarah Halimi.
  • Si tous les experts s’accordent sur le fait qu’il était en proie à une « bouffée délirante aiguë », leurs points de vue divergent sur l’altération ou non de son jugement.
  • Un pourvoi en cassation est très probable dans ce dossier hautement sensible.

Jamais, Kobili Traoré n’a cherché à nier, ni même à minimiser la portée de son geste. « Ce que j’ai commis est horrible, je regrette ce que j’ai fait et je présente mes excuses aux parties civiles. » Cet homme, aujourd’hui âgé de 29 ans, a reconnu au cours de l’instruction s’être introduit, dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, chez sa voisine, Sarah Halimi, 65 ans, au troisième étage d’un immeuble du quartier de Belleville, à Paris,l’avoir roué de coups puis défenestré. De nombreux témoins ont assisté impuissants au drame, certains l’ont également entendu réciter des sourates du Coran ou crier « Allahou Akbar ». Mais aussi choquant son geste soit-il, le suspect est-il en mesure d’y répondre pénalement ? C’est ce point, hautement sensible, que doit trancher ce jeudi la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris.

En juillet 2019, les juges d’instruction ont estimé au terme de leur enquête qu’il existait des « raisons plausibles » de conclure à l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré, prenant ainsi le contre-pied des réquisitions du parquet. Si les magistrats de la chambre de l’instruction vont dans leur sens, l’accusé ne sera pas traduit aux assises et ne sera donc pas jugé pour le meurtre de la sexagénaire.

Une « bouffée délirante aiguë »

Pas moins de sept experts psychiatres se sont penchés sur le cas de Kobili Traoré, dont certains l’ont rencontré à cinq reprises. Tous sont unanimes : lors de son passage à l’acte, le suspect souffrait d’une « bouffée délirante aiguë ». « Je pensais que j’étais pourchassé par le démon », a-t-il expliqué, fin novembre, devant la chambre de l’instruction. Les proches de Kobili Traoré avaient noté une dégradation de son état psychiatrique les jours précédant le passage à l’acte : il se sentait « marabouté », entendait des voix, menaçait l’aide-soignante de sa sœur handicapée.

Les experts s’accordent également pour dire que le cannabis qu’il consommait abondamment – une quinzaine de joints par jour – a, au minimum, accentué ses bouffées délirantes. C’est sur les conséquences d’une telle consommation que les psychiatres s’opposent. Pour Daniel Zagury, le premier à avoir rencontré Kobili Traoré, sa consommation « volontaire et régulière » de cannabis le rend partiellement responsable de son acte. « Bien entendu qu’il n’a pas pris du cannabis pendant X années pour tuer Mme Halimi. Mais il s’est mis dans une situation où pouvaient se produire des faits tels que celui-ci », a souligné cet habitué des tribunaux. Deux autres collèges d’experts ont, en revanche, estimé qu’il pouvait ignorer les effets hallucinogènes de cette drogue et se sont prononcés en faveur d’une irresponsabilité pénale.

Vers un pourvoi en cassation

« C’est un blanc-seing que le parquet général accorde aux consommateurs de drogue ! », s’est indigné Me Francis Szpiner, l’avocat des enfants de Sarah Halimi, après les réquisitions du parquet. Déjà échaudés par le fait que les juges d’instruction n’aient ​pas retenu la circonstance aggravante d’antisémitisme, les avocats de proches de la victime considèrent que ce débat d’experts doit être tranché par un jury populaire. « S’il est déclaré irresponsable, il pourrait être relâché dans quelques mois, c’est intolérable », poursuit Me Gilles-William Goldnadel, l’avocat de la sœur de la Sarah Halimi. La libération de Kobili Traoré, c’est bien ce que redoutent les parties civiles : lorsqu’un accusé est déclaré irresponsable pénalement, il est hospitalisé en psychiatrie pour un temps indéterminé mais peut être libéré si son état mental s’améliore.

Reste que quelle que soit la décision rendue par la chambre de l’instruction de la cour d’appel, l’affaire a de forte chance d’être portée devant la Cour de cassation. Les avocats de deux parties ne font guère mystère de leur intention de s’en remettre aux Sages si les magistrats de la cour d’appel tranchent en leur défaveur.

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