Meurtre de Lola : Proches de la jeune fille et anonymes rassemblés pour un dernier hommage

Comme Anna, élève de la cité scolaire Georges-Brassens, venue avec sa grande sœur, quelques centaines de personnes ont participé à la marche ce mercredi après-midi, organisée en l’honneur de Lola, cette collégienne de 12 ans, tuée le 14 octobre dernier, dans le 19e arrondissement de Paris. Ahmed venu avec ses trois enfants âgés de 8 à 15 ans, leur a expliqué pourquoi cet hommage est important. « On a fait ce qu’on devait faire : montrer notre solidarité en étant là cet après-midi au côté de la famille de cette enfant du quartier, assassinée par une folle. »

Les parents et les deux frères de Lola rendent hommage à l'adolescente, le 16 novembre 2022, devant leur domicile du 19e arrondissement de Paris.
Les parents et les deux frères de Lola rendent hommage à l’adolescente, le 16 novembre 2022, devant leur domicile du 19e arrondissement de Paris. – Juliette AVOT/SIPA

Sous la pluie insidieuse de novembre, les visages étaient graves et fermés, les journalistes tenus à distance et aucun signe distinctif d’appartenance à un parti ou une mouvance n’était visible, comme l’avait expressément demandé la famille. Rassemblés autour des parents de Lola et de ses deux frères Thibaut et Jordan, des collégiens, des parents d’élève et des personnels de l’établissement où était scolarisée l’adolescente, ont constitué la première partie du cortège, qui a lentement remonté la rue Manin, suivie à distance par une foule compacte massée sous les parapluies et les K-Way.

Un cortège de collégiens et de proches

Avant même le départ de la marche, un cordon de gilets fluo a strictement protégé les proches et les collégiens. Une femme qui habite allée Darius Milhaud cherchait à rejoindre sa fille : « Ah, votre enfant est scolarisée à Brassens ? Vous pouvez passer devant pour rejoindre les collégiens ». Car c’est en rang serré que les adolescents ont investi la tête de cortège, entourant une famille et des proches très marqués, vêtus d’un tee-shirt blanc à l’effigie de Lola et tenant une rose blanche. Devant le 119 de la rue Manin, là où réside la famille de l’adolescente, des chansons en son honneur ont retenti, avant que la foule ne reprenne sa marche vers la mairie. Alphonse, 84 ans, le visage grave, a tenu à se recueillir : « j’habite le quartier depuis plus de trente ans, c’est horrible ce qu’il s’est passé, on ne peut qu’être touché, effondré même ».

Les collégiens, amis de Lola, étaient rassemblés en tête de cortège pour rendre un dernier hommage à leur camarade, le 16 novembre 2022, dans le 19e arrondissement de Paris.
Les collégiens, amis de Lola, étaient rassemblés en tête de cortège pour rendre un dernier hommage à leur camarade, le 16 novembre 2022, dans le 19e arrondissement de Paris. – Thibault Camus/AP/SIPA

Devant le parc des Buttes-Chaumont, massés sur le parvis, les anonymes ont écouté les quelques mots de la mère de la jeune fille, qui s’exprimait publiquement pour la première fois. « C’est dans ces moments difficiles, d’une violence extrême, que le meilleur côtoie le pire. Le meilleur, c’est vous ici présents, c’est la solidarité, c’est la fraternité qui permet de croire encore aux valeurs qui nous unissent. Le pire, ce sont les utilisations de l’image de notre fille à des fins mercantiles ou politiciennes. »

« Il ne faut pas répondre à la violence par la violence »

A l’évocation de la suspecte, Dahbia B., mise en examen pour meurtre et viol aggravé, et placée en détention provisoire, la voix s’est fait plus hésitante, les sanglots plus douloureux. « Nous comprenons le besoin de comprendre comment et pourquoi cette jeune femme a pu attenter de façon si odieuse à la vie d’une petite fille », a affirmé la maman de Lola. Si nous voulons savoir et comprendre, il ne faut pas répondre à la violence par la violence. » Jeanine, venue devant la mairie pour un dernier hommage, ne peut s’empêcher de glisser : « je la hais, c’est violent à dire mais c’est ce que je ressens contre cette femme ».

Après quelques minutes de discours, et alors que la famille avait expressément prévenu qu’elle ne répondrait à aucune interview, la mère de la jeune victime a demandé qu’on respecte leur vie privée, qu’on laisse la place « au temps long de la justice ». La famille a aussi annoncé la création d’une fondation ou d’une association pour soutenir tous les enfants victimes de violences et a précisé que Michael Bloomberg, l’ex-maire de New York, s’était engagé à soutenir financièrement leur action. Puis, alors que retentissait en boucle « C’était Loli, c’était Lolo, c’était Lola » , un air corse populaire des années 1980, la foule s’est dispersée à la nuit tombée en se promettant de ne jamais oublier. « Nous devons maintenant apprendre à vivre sans Lola », a soufflé sa maman.