Meurtre de Lola : La cellule psychologique raconte l’impact sur les habitants du quartier

« Il n’y a pas eu foule mais ça a quand même permis d’apaiser un peu les choses » : c’est ainsi que Vanda Ferencikova, psychologue à la cellule de soutien mise en place après le meurtre de Lola, dresse le bilan de son travail. Cette cellule a été mise en place à la mairie du 19e et dans l’arrondissement pour les habitants et habitantes du quartier, après le meurtre sauvage de cette adolescente de 12 ans, mi-octobre, et était ouverte jusqu’au 12 novembre dernier.

La praticienne de l’association L’Epoc a assuré une permanence à la mairie du 19e à la fin du mois d’octobre. Elle a surtout vu des parents, qui « se sont identifiés aux parents de Lola ». Une femme que ce drame a renvoyée à sa crainte en tant que mère, et à un « deuil qu’elle a vécu il y a longtemps qu’elle pensait avoir surmonté et qui a été ravivé par cet événement ». Et une famille dont les enfants fréquentaient Lola, et dont le quotidien « a été complètement bouleversé par cet événement ».

« Même leur lieu de vie était devenu insupportable, cet événement est venu précipiter une volonté de déménagement », détaille la praticienne. Les parents depuis lors s’organisent pour emmener les enfants à l’école, « ils ne rentraient plus à la maison pour manger, ils restaient à l’école ». Le travail de Vanda Ferencikova a consisté à essayer de les aider à trouver de nouveaux repères.

« Deuil d’un idéal de vie ensemble »

Un autre praticien, Patrick Almeida, a eu affaire à d’autres cas, très différents, dans les mêmes locaux. Il a vu cinq personnes en tout, durant deux permanences. « C’était des personnes qui habitaient dans l’immeuble », explique-t-il à 20 Minutes. Pour ces habitants et habitantes, le meurtre de la petite Lola a suscité « incompréhension et colère », et généré la « crainte d’un désordre du monde, et un sentiment d’insécurité ».

Le psychologue se souvient de deux cas en particulier. Une dame « d’une trentaine d’années », « venue en larmes », qui n’arrivait plus à dormir après ce qu’il s’est passé. « C’était une personne qui se trouvait déjà dans un problème d’insertion professionnel et social, et cet événement a rajouté une couche à sa phobie sociale », se souvient Patrick Almeida. Et un « monsieur algérien » ou d’origine algérienne, qui était « en sanglots dans une sorte de mélange de tristesse pour les parents de la jeune fille et de crainte pour lui », avec la « peur d’être stigmatisé à cause de son origine », la suspecte du meurtre de Lola, Dhabia B., étant née en Algérie. « Il n’arrivait plus à dormir, son angoisse pour l’avenir tournait en boucle, il craignait d’être puni à cause du fait que la suspecte est aussi algérienne. Il était très mal », se souvient le psychologue.

Finalement, beaucoup de ces personnes avaient à gérer selon le psychologue une forme de « deuil d’un idéal de vie ensemble, de la vie en communauté », et ont pu partager leur tristesse et leur mélancolie. « C’était important que cette cellule soit mise en place, d’autant que ce n’était pas des personnes qui ont l’habitude de consulter », abonde sa collègue Vanda Ferencikova. Et de conclure : « Cela leur a permis de mettre des mots sur ce qu’ils ressentaient, de penser les choses, face à quelque chose de terrible et dénué de sens. »