« Meurtre au polonium, l’affaire Litvinenko » : La série sur le dissident russe empoisonné tient la promesse de sa veuve

Les dessous d’une enquête sur un crime d’Etat. M6 diffuse ce jeudi Meurtre au polonium, l’affaire Litvinenko, une minisérie en quatre épisodes qui relate l’enquête menée par deux officiers de police de Scotland Yard, ici incarnés par Mark Bonnar (Catastrophe, Humans) et Neil Maskell (Peaky Blinders, Utopia). Leur investigation concerne l’assassinat du dissident russe Alexandre Litvinenko, campé par David Tennant (Doctor Who, Broadchurch), commandité par le directeur du FSB, Nikolaï Patrouchev, et le président russe, Vladimir Poutine, à Londres en 2006.

La série britannique écrite par George Kay, créateur et showrunneur de Lupin pour Netflix, montre également le combat de la veuve de ce dernier, Marina, interprétée par la Russo-américaine Margarita Levieva, pour prouver l’implication de l’Etat russe dans cette affaire. Une histoire vraie incroyable, hélas toujours d’actualité.

« Ce drame très proche de la réalité », applaudit Marina Litvinenko, lors d’une conférence de presse virtuelle pour la presse française. Tout commence en 2016, lorsque Richard Kerbaj, alors journaliste au Times, la contacte pour qu’elle collabore à son documentaire intitulé Hunting the KGB Killers, qui raconte l’affaire Alexander Litvinenko du point de vue de la police.

« Il m’a dit que nous allions en faire une fiction, mais je n’étais pas sûre que cela puisse se concrétiser. Quand il m’a annoncé que la chaîne ITV avait signé pour une série et qui allait faire partie de l’équipe, j’étais vraiment impressionnée », se souvient la veuve du dissident russe.

« Mon mari m’a demandé de raconter »

La photo d’Alexander Litvinenko sur son lit d’hôpital est entrée dans la mémoire collective. Elle avait fait la une des journaux du monde entier peu avant sa mort, à l’âge de 43 ans. Sur le tournage, David Tennant et l’équipe de production ont reproduit le (tristement) célèbre cliché. « C’est un acteur très connu au Royaume-Uni et, grâce à lui, une nouvelle génération de téléspectateurs entendra parler pour la première fois de l’histoire de mon mari », se réjouit Marina Litvinenko.

Cette dernière, au sujet de Margarita Levieva, l’actrice qui l’incarne à l’écran, raconte : « Nous nous sommes vues plusieurs fois pour nous promener à Hyde Park, pour déjeuner, pour aller voir un ballet… Je ne lui ai donné aucun conseil, mais j’ai remarqué par la suite qu’elle avait étudié ma façon de parler et de marcher. Elle est très juste. »

Après les documentaires, les livres, la pièce de théâtre A Very Expensive Poison, tirée du livre éponyme et créée en 2019 à Londres, Marina Litvinenko continue d’occuper l’espace médiatique afin de perpétuer la mémoire de celui qu’elle surnommait affectueusement Sasha et pour dénoncer son tueur, Vladimir Poutine et son régime corrompu : « Sasha m’a demandé de raconter et d’expliquer ce qui nous est arrivé. Je lui ai fait cette promesse. »

« Personne ne pouvait croire à cette histoire »

La minisérie commence un soir de novembre 2006 alors qu’Alexandre Litvinenko annonce à son épouse et son fils, qu’ils viennent d’être naturalisés anglais. Quelques instants plus tard, il est pris de violentes nausées. A l’University College Hospital de Londres, il souhaite être entendu par Scotland Yard. Cet ancien agent des services secrets russes et lanceur d’alerte affirme avoir été empoisonné sur ordre direct de Vladimir Poutine. Son discours laisse les policiers dubitatifs : « Je veux vous signaler un meurtre. Quel meurtre ? Le mien… »

« L’utilisation de polonium radioactif, le nom de Vladimir Poutine et celui de Sasha ont fait le tour du monde. Mais, en 2006, les policiers ont eu beaucoup de mal à enquêter. Personne ne pouvait croire à cette histoire », rappelle la veuve. Seize jours plus tard, deux officiers de Scotland Yard sont envoyés au chevet du dissident alors que son état s’est sérieusement détérioré.

Sur son lit de mort, Alexandre Litvinenko fournit aux enquêteurs des détails précis sur les endroits et les personnes qu’il a fréquentées. Une course contre la montre s’engage pour découvrir la nature du poison ingéré et protéger les individus qui auraient pu être en contact avec la substance. « Ce n’est pas un thriller politique, mais une enquête policière », explique Marina Litvinenko.

« Je me bats pour la justice, la mémoire, l’amour »

Litvinenko meurt le 23 novembre, des suites d’un empoisonnement au polonium-210. Aidés sans relâche dans leurs investigations par son épouse, les enquêteurs de Scotland Yard vont prouver l’implication directe du directeur du FSB, Nikolaï Patrouchev, et du président russe, Vladimir Poutine dans cette affaire. Cela provoquera une crise diplomatique sans précédent entre le Royaume-Uni et la Russie. Quinze ans plus tard, en 2021, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé la Russie « responsable » de l’assassinat de l’ex-espion russe.

« Quand je parle de mon expérience, j’essaye de pas employer le mot “contre” mais “pour”. Quand vous vous battez contre quelque chose, vous perdez beaucoup d’énergie et vous n’obtenez jamais complètement ce que vous voulez. Je me bats pour la justice, la mémoire, l’amour », lance Marina Litvinenko. Celle qui ne désespère pas qu’un jour Vladimir Poutine soit traduit en justice pour ses crimes a désormais les yeux tournés vers l’Ukraine. Elle aimerait s’investir dans une action caritative pour les enfants ukrainiens. « Mon histoire n’est qu’un chapitre de ce long livre sur les charges de ce régime : la guerre en Géorgie, le meurtre des leaders de l’opposition en Russie et des dissidents, et la guerre en Ukraine », conclut-elle.