Météo : Les oiseaux peuvent-ils vraiment prédire le temps ?
Des milliers de grues cendrées ont été observées en mouvement, notamment dans le ciel de la Camargue, des Alpes-Maritimes et de la région toulousaine. En trente, quarante ans, les dates de retour en Europe de certaines espèces de migrateurs ont été avancées de dix ou quinze jours.
L’hiver cédera-t-il enfin sa place au printemps ? Dans le ciel de Provence, l’espoir se ravive : les grues cendrées sont en mouvement. Ces grands oiseaux migrateurs, capables de parcourir jusqu’à 2.500 kilomètres, commencent leur ascension vers le nord de l’Europe pour se reproduire. Mardi, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a signalé des départs observés depuis la Camargue. Des milliers d’oiseaux ont également été aperçus survolant les Alpes-Maritimes et la région toulousaine.
Le passage de certaines espèces dans le ciel suit un calendrier annonçant le retour du printemps. Cependant, il est important de ne pas se méprendre : ces vols ne riment pas nécessairement avec le retour des jours ensoleillés.
### Conditions physiologiques
« Il y a plein de proverbes, de petites croyances qui peuvent être liés à la faune et aux oiseaux, mais ils se vérifient assez peu », tempère Jérémy Dupuy, ornithologue à la LPO France. « Chez certaines espèces, le déclenchement de la migration est lié à la photopériode. Lorsque la durée du jour augmente, cela entraîne une croissance des organes génitaux chez les oiseaux, ainsi qu’une hausse des hormones : c’est un phénomène physiologique, pas nécessairement dépendant de la météo », ajoute-t-il.
Pour d’autres espèces à longévité élevée, comme la grue cendrée, la migration est davantage influencée par les conditions climatiques. « À l’automne, lorsque ces oiseaux descendent vers le sud, certains attendent le dernier moment pour rester le plus longtemps possible au nord. C’est l’arrivée d’un coup de froid qui va déclencher leur départ. En revanche, dès qu’une opportunité se présente, ils quittent les zones d’hivernage », précise l’expert. Néanmoins, « de là à dire que c’est synonyme du retour de belles journées, je ne me prononcerai pas là-dessus », sourit Jérémy Dupuy. Les grues ne peuvent pas prévoir le retour d’une vague de froid, par exemple.
### Baromètres vivants
Au-delà des saisons, certains dictons lient la météo à la présence des oiseaux, avec plus ou moins de justesse. L’hirondelle est souvent mentionnée : si elle vole haut, le temps sera clair, mais en volant bas, elle annonce pluie et orages. « Les hirondelles et martinets volent plus bas car leurs proies, les insectes, se déplacent à basse altitude en temps maussade », confirme Christian Moullec, météorologue et ornithologue, qui suit les oiseaux en vol avec son ULM.
D’après ses observations, les oiseaux peuvent réagir aux perturbations météorologiques, parfois même en les anticipant. « Quand je voyage avec les oiseaux, il est très compliqué de les amener en altitude avant un épisode orageux », souligne-t-il. Certaines espèces marines, comme les puffins, peuvent même échapper aux tempêtes. « Beaucoup d’oiseaux peuvent percevoir les variations de pression atmosphérique, mais ils sont également sensibles aux infrasons émis lors de tsunamis ou d’ouragans, aux changements de température et aux fluctuations du champ magnétique terrestre », ajoute le passionné, dont le parcours a été adapté au cinéma dans le film *Donne-moi des ailes*.
### S’adapter au changement climatique
Les oiseaux constituent des indicateurs précieux du changement climatique depuis plusieurs années. « Les températures printanières augmentent de plus en plus tôt. De fait, l’explosion végétale, les bourgeonnements et le développement des insectes sont avancés. Les oiseaux migrateurs, qui dépendent de ces ressources, vont tenter de suivre ce rythme », explique Jérémy Dupuy. Il précise : « En trente ou quarante ans, certaines espèces reviennent en Europe dix à quinze jours plus tôt. »
D’autres espèces ne traversent plus la France comme auparavant ou s’y attardent. « La Huppe fasciée, qui est censée hiverner en Afrique de l’Ouest, au sud du Sahara, revient au printemps, s’attarde maintenant de plus en plus dans le sud de la France, notamment sur le pourtour méditerranéen », souligne le spécialiste. « Certains s’adaptent, d’autres rencontrent plus de difficultés », complète Christian Moullec, rappelant que « la plus grande menace pour ces oiseaux, ce sont les activités humaines, en particulier l’utilisation de pesticides. »

