Méditerranée : « Petite différence, grandes conséquences », la Méditerranée à l’épreuve des chaleurs précoces

Il semble que cette année l’été ait pris de l’avance en Méditerranée. Alors que de nombreux records de températures sont tombés ce mois de mai, la Méditerranée occidentale, dans une large zone située entre la Corse et les Baléares, enregistrait fin mai « une anomalie » de la température des eaux de surface supérieure d’environ 4 degrés pour la saison, selon les observations de l’ ECMWF, le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme.

Lundi, la température de l’eau à Nice a été mesurée à 22 degrés, un niveau d’ordinaire atteint en juillet. Une donnée qui peut faire le bonheur des baigneurs, mais aussi des prévisionnistes, à défaut de faire celui de l’environnement :

Des tempêtes aux caractéristiques d’ouragans

« Du fait que la chaleur soit arrivée particulièrement tôt, cette année sera intéressante à étudier », estime Mathieu Panizzon, prévisionniste en Paca de Météo-France. Car la situation est, pour l’heure, propice à la survenue cet automne d’épisodes méditerranéens, des phénomènes orageux particulièrement intenses. « Ces épisodes se mettent en place à l’automne, lorsque la température de la mer s’est élevée tout au long de l’été et qu’elle rencontre un air continental plus froid, du fait de la saison et du raccourcissement des jours », explique prévisionniste.

Et en météo, plus l’écart de température entre les masses d’air est grand, plus violent sont les conflits et les phénomènes météorologiques. « Ces événements de précipitations intenses sont un sujet qui préoccupe beaucoup les météorologues », poursuit Florian Pantillon, chercheur en aérologie, l’étude des propriétés des régions inférieures de l’atmosphère. « Une mer plus chaude donne davantage d’évaporation, donc des précipitations plus intenses. Et ce n’est pas linéaire. Une hausse de 1 % des températures n’augmente pas, par exemple, de 1 % les précipitations. Une petite hausse de température augmente beaucoup ces capacités, et en conséquence une petite différence peut avoir de grandes conséquences », résume le chercheur au CNRS.

Une réunion à Athènes sur les médicanes

Mais l’objet d’étude privilégié de Florian Pantillon sont les tempêtes et dépressions en Méditerranée, notamment le phénomène des medicanes. « Medicane est une contraction de Méditerranée et hurricane (ouragans en anglais). Ce sont des dépressions assez rares, il s’en produit environ un par an, à l’automne, et qui présentent certaines des caractéristiques des ouragans, c’est-à-dire un enroulement nuageux, un œil et des vents qui dépassent allègrement les 100 km/h ».

À l’inverse des cyclones et ouragans observés depuis plusieurs décennies et dont il s’en produit plusieurs par an, le phénomène de ces « cyclones subtropicaux » est encore mal étudié du fait de leur rareté. Mais la communauté scientifique se mobilise. Une première réunion de chercheurs européens est prévue à ce sujet pour la fin du mois de juin à Athènes, dans un pays violemment touché par un medicane les 17 et 18 septembre 2020.

« On peut s’attendre à ce que ces phénomènes deviennent de plus en plus fréquents »

« La formation des medicanes dépend de conditions et de conflit de masse d’air à très grande échelle, quasi continentale. Mais une mer plus chaude peut permettre à ces tempêtes explosives de s’intensifier, même si elle n’atteint pas les 26,5 degrés, température de surface nécessaire à la formation des cyclones », poursuit Florian Pantillon. « Après, elles prendront toujours moins de puissance et d’élan que dans l’Atlantique ou le Pacifique, où elles ont des milliers de kilomètres sans obstacles pour se renforcer », nuance-t-il.

S’il reste difficile de prévoir sur le temps long l’apparition des phénomènes météorologiques, seule certitude avec une température moyenne déjà élevée de 1,5 degré, « on peut s’attendre à ce que ces phénomènes deviennent de plus en plus fréquents », indique le chercheur au CNRS. D’autant plus que selon le rapport du Medecc sur l’avenir climatique de la Méditerranée, la température de l’eau devrait encore augmenter de 3,8 à 6,8 degrés, avec d’importantes conséquences sur la biodiversité et les espèces marines.

« Des espèces tropicales sont déjà observées dans l’est de la Méditerranée, qui se réchauffe plus vite, tels que les barracudas, les poissons lapins ou certaines espèces d’algues », détaille Joël Guiot, chercheur du CNRS au Centre européen de recherche et d’enseignement de géosciences de l’environnement. « Ce que nous vivons et observons actuellement est un avant-goût de ce qui nous attend », conclut-il.