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Médias : Un quart des femmes restent expertes à la télévision, radio, presse ou Web

Les femmes représentent seulement un quart des personnes expertes que l’on voit, que l’on lit ou que l’on entend dans les médias, et au total, toutes catégories confondues, à peine un tiers de toutes les personnes vues, lues ou entendues. Au total sur cette journée, les femmes sont toujours largement minoritaires dans les médias français, à la fois comme source des nouvelles ou comme sujets, ne formant ainsi que 28 % des personnes à l’écran, dans le poste ou sur le papier.

Les résultats du dernier rapport du Global Media Monitoring Project (GMMP), la plus grande étude mondiale sur la présence des femmes dans les médias, révèlent des chiffres toujours très faibles en France. En effet, les femmes représentent seulement un quart des experts visibles, audibles ou lisibles dans les médias, et au total, elles forment à peine un tiers de toutes les personnes présentées.

Ce projet, mené tous les cinq ans depuis 1995, repose sur un vaste réseau de bénévoles qui analysent simultanément, en une seule journée, les contenus médiatiques. En France, 39 médias ont été surveillés (7 chaînes de télévision, 11 radios, 10 titres de presse et 11 titres numériques), incluant des médias majeurs tels que TF1, France 2, CNews, Arte, France Inter, RTL, Le Monde, Le Figaro, L’Humanité, Ouest-France, Mediapart, etc. La journée de monitoring a eu lieu le 6 mai 2025, marquée par des événements tels que l’élection du nouveau chancelier allemand, la guerre à Gaza, la découverte du corps de la joggeuse Agathe Hilairet et une grève à la SNCF.

L’expertise est détenue à 75 % par les hommes

Durant cette journée, les femmes demeurent largement minoritaires dans les médias français, tant en tant que sources d’information qu’en tant que sujets. Elles ne constituent que 28 % des personnes à l’écran, à la radio ou à l’écrit, un chiffre en diminution par rapport à 2020. La radio et la presse affichent le taux le plus bas à 22 %, une chute significative par rapport à 29 % en 2020. « Seule la télévision continue sa progression, passant de 32 % en 2020 à 38 % en 2025 », souligne le rapport, qui indique également que « la journée de monitorage du 6 mai 2025 prolonge voire accentue, dans un contexte postpandémique où les offensives anti-genre et réactionnaires se multiplient, l’inamovible normalité des médias ».

Concernant la présence d’experts, plus stratégique et symbolique, le tableau n’est pas meilleur. L’expertise est en effet dominée à 75 % par les hommes. On ne recense qu’un quart de femmes expertes dans les nouvelles et 23 % de porte-paroles.

Routine et réflexes

Les raisons de cette très faible présence féminine parmi les experts sont variées. Pour les journalistes, il peut s’avérer difficile de repérer des femmes dans certains secteurs, où elles sont peu représentées dans les postes clés : responsables religieux, défense, santé, où de nombreux cadres sont des hommes. Les exigences de rapidité et la routine des pratiques journalistiques ne favorisent pas non plus la diversité des visages représentés. Plusieurs études ont montré que les femmes, au sein du système éducatif et de la société actuelle, sont moins encouragées à prendre la parole et à se mettre en avant, une tendance qui touche aussi les expertes. De plus, elles assument souvent davantage de tâches domestiques que leurs homologues masculins : « le nœud gordien de la répartition du travail domestique », résume Laetitia Biscarrat, coordinatrice du GMMP pour la France et auteure du rapport.

Lorsque les femmes s’expriment dans les médias, elles sont souvent présentées de manière à souligner leur rôle parental plus que les hommes (4 % contre 13 %), ou simplement par leur prénom, selon les constatations du GMMP. Au niveau mondial, les femmes constituent même les trois quarts des personnes présentées comme parentes.

Des déséquilibres accentués

Pour ce qui est des expertes, l’argument selon lequel « c’est la réalité, c’est comme ça » ne fait pas totalement sens, selon le rapport. Dans les professions où les femmes sont en majorité, cette représentation n’est pas répercutée à l’écran. Par exemple, dans le domaine juridique où il y a 71 % de femmes juges et 57 % d’avocates, seulement 26 % des personnes visibles dans les médias sont des femmes.

« La représentation du monde professionnel dans les médias est marquée par une distribution en fonction du genre qui visibilise et accentue les déséquilibres », note le rapport. On y trouve également seulement 8 % de femmes policières ou militaires. « L’idée n’est pas seulement de chercher des femmes là où elles n’existent pas, mais de les montrer au moins là où elles sont », souligne Laetitia Biscarrat.

18 % de femmes dans les actualités politiques

Un autre chiffre préoccupant relevé par l’étude concerne la présence des femmes dans les actualités politiques en France, qui semble avoir fortement diminué dans les médias. Elles représentent seulement 18 % des personnes sources ou faisant l’objet de nouvelles dans ce domaine, un chiffre qui passe, pour la première fois, sous la barre des 18 %.

Tableau extrait du rapport.
Tableau extrait du rapport. - GMMP

Les femmes racisées, quant à elles, sont quasiment invisibles. Dans tous les médias, les hommes représentent les deux tiers des 7 % de personnes perçues comme racisées, dont la présence a également chuté (elles étaient 10 % en 2020).

Guide des Expertes

Pour progresser vers une plus grande parité, ou du moins une représentation plus conforme à la réalité, il est essentiel que les écoles de journalisme proposent systématiquement des cours ou des modules portant sur ces questions, ce qui reste largement insuffisant.

Les chercheuses du GMMP recommandent de se tourner vers le site Les Expertes, un annuaire destiné aux médias regroupant une multitude de contacts féminins. Lancé en 2015, ce guide contient plus de 8.000 fiches d’expertes, classées par thème. La nomination d’un « gender editor », qui veille à la bonne représentation des femmes dans le traitement éditorial, comme c’est le cas à Mediapart, est encouragée. Cependant, elles soulignent que « les efforts mis en place par certaines rédactions sont encore trop circumscrits et doivent être systématisés ».