Mayotte : Une opération « île morte » pour dénoncer l’insécurité à partir de ce jeudi

Un geste fort pour dénoncer la violence. Les élus de l’archipel de Mayotte ont décidé de fermer écoles primaires et administrations locales jeudi et « jusqu’à nouvel ordre » afin de manifester leur exaspération face à l’insécurité, a annoncé l’association des maires.

Face à une situation d’une « gravité inédite », maires, parlementaires, conseillers départementaux et collectifs de citoyens ont décidé mardi d’une opération « île morte » à compter du 15 septembre, promettant un retour « à la normale dès que la situation sera apaisée et des solutions structurelles trouvées pour que la paix, la sécurité, la sérénité et la tranquillité publique reviennent ».

L’intérêt des enfants sacrifié ?

Moins d’un mois après la visite du ministre de l’Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin, Mayotte a connu ces derniers jours une vague de violences, avec barrages routiers, affrontements entre bandes rivales et avec les forces de l’ordre, caillassages de bus scolaires et de véhicules.

L’association des maires a indiqué dans son communiqué avoir demandé au Conseil départemental de « prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu’aucun transport scolaire ne circule à compter de ce jeudi ». Sur l’île, où les transports en commun n’existent pas, de nombreux élèves seraient ainsi dans l’impossibilité de se rendre au collège ou au lycée.

La Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) s’est inquiétée de l’impact sur les élèves, estimant que « l’intérêt supérieur des enfants » ne devait « pas être sacrifié ». « Mayotte est un des territoires les plus pauvres de France, un territoire où les enfants, les adultes ne se sentent plus en sécurité. C’est à l’Etat (…) de trouver rapidement des solutions à une situation qui n’a que trop perduré », estime la FCPE dans un communiqué.

« Ne pas laisser la rue aux délinquants »

Réagissant mercredi matin sur la chaîne locale Kwezi TV, le préfet de Mayotte, Thierry Suquet, a pour sa part dit comprendre « l’exaspération de la population » mais appelé à « ne pas laisser la rue aux délinquants ». « On sent que derrière ces agitations, on veut que la police, la gendarmerie, la justice et l’Etat, comme les collectivités, soient affaiblis. Ne lâchons pas le terrain, ce n’est pas le moment de fermer, de capituler », a plaidé le préfet.

« La pire des choses qui puisse nous arriver jeudi c’est que la totalité des enfants n’aient que comme encadrement les délinquants (…) Une journée de mobilisation pour montrer que Mayotte ne veut pas de l’insécurité, je trouve ça très bien, mais Mayotte qui abandonne ses enfants aux mains des délinquants, attention », a-t-il ajouté. Le préfet a également rappelé les annonces du ministre de l’Intérieur quant au maintien de l’ordre sur le territoire, avec notamment la pérennisation d’un quatrième escadron de gendarmes mobiles.

Le sentiment d’insécurité est très fort dans cet archipel de l’océan indien. Dans une analyse de novembre 2021, l’Insee relevait que « près de la moitié des personnes se sentent en insécurité souvent ou de temps en temps, à leur domicile ou leur quartier, soit cinq à six fois plus que les habitants de l’Hexagone ».