Marseille : Trafic de radios, devis non signés.. La longue liste des pratiques douteuses du dentiste Lionel Guedj

A la barre de la sixième chambre du tribunal correctionnel de Marseille, où il est entendu ce mardi en tant que témoin, Benoît D. est tourmenté. Son ancien meilleur ami et associé Lionel Guedj est assis dans son dos, sur le banc des accusés. Tous deux tiennent depuis quelques années un cabinet dentaire dans les quartiers Nord de Marseille. Le père de Lionel Guedj, Jean-Claude, également dentiste, les rejoints rapidement. A la demande de la présidente, Benoît D. raconte ce jour où Lionel Guedj vient le voir pour lui montrer la radio d’une patiente.

« Il m’a demandé ce que j’en pensais, car il était en train d’être contrôlé par la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) sur ce dossier, affirme Benoît D. Il apparaissait que sur toutes les dents de cette patiente, il y avait eu une reconstruction. On voit que les dents ont été soignées par des taches blanches sur la radio. J’étais en train de travailler. Je n’ai pas regardé trois heures, mais je lui ai dit que ça me semblait justifié. »

« Il avait utilisé Paint pour ajouter des taches blanches »

Quelque temps plus tard, Benoît D. déjeune avec la secrétaire médicale du cabinet, Loetitia, et l’assistante dentaire, Nadia. « Loetitia m’a expliqué que la radio qu’il m’avait présentée pour avoir mon avis était une radio trafiquée. Notre logiciel permet de sortir la radio sous format Jpeg. Il avait utilisé Paint pour ajouter des taches blanches au pinceau, et il m’avait montré cette radio pour voir si je m’apercevais de quelque chose. »

Derrière lui, Jean-Claude Guedj secoue la tête tandis que Lionel Guedj fixe le sol. Père et fils comparaissent depuis ce lundi devant le tribunal correctionnel de Marseille, accusés de s’être enrichis sur le dos de la « Sécu » avec des opérations injustifiées et bâclées sur des centaines de patients, mutilés à vie pour certains, entre 2006 et 2012.

« Un jour, je suis entré dans le cabinet, et j’ai vu plein de radios dans la poubelle », abonde Leotitia à la barre. « Elle sortait de l’imprimante et on la jetait si elle n’était pas assez bonne », accuse-t-elle. Une secrétaire médicale « à tout faire »… y compris des actes dentaires pour lesquels elle n’était pas habilitée, à la demande de son patron Lionel Guedj. « Par manque de temps, il fallait libérer le patient, donc on allait lui enlever le blanchiment », confie celle qui réalisait également les radios. Durant l’enquête, Lionel Guedj affirmera recevoir près de 70 patients par jour, à raison de dix minutes par patient, pour un chiffre d’affaires annuel record dépassant les deux millions d’euros.

Des devis signés à la place des patients

Une secrétaire qui, selon ses déclarations à la barre, devait également parer aux manquements sur les nombreux devis non signés demandés par Lionel Guedj. « Quand ce n’était pas signé, surtout les prises en charge, il fallait à un moment donné les faire signer pour se faire payer, justifie Loetitia. Alors je ne faisais pas une fausse signature, j’inscrivais le nom du patient. »

Face à cette litanie de pratiques douteuses énumérées par leurs anciens collaborateurs, Jean-Claude Guedj se dit très surpris. « Avec l’expérience que j’avais, si j’avais vu des actes bizarroïdes, il est évident que j’en aurais parlé à mon fils, tance le dentiste. Après, on n’est pas des Superman dentistes. On a pu avoir des échecs de traitement, comme tous les praticiens. »

« Si vous n’êtes pas content d’un dentiste, vous n’y allez pas une fois, deux fois, trois fois, et je n’envoie pas mon père, ma mère et ma sœur, s’agace de son côté Lionel Guedj, avec cette agressivité qui ne le quitte pas depuis l’ouverture du procès. J’ai été formé par les plus grands professeurs de Marseille. » Près de 322 personnes se sont constituées partie civile dans ce dossier.