Marseille : sur le Vieux-Port, les proches de Souheil El Khalfaoui font entendre leur colère

Les sanglots soudain viennent perturber la voix jusqu’ici claire et déterminée. « Aujourd’hui, je ne sais pas si mon fils aurait pu être sauvé si les secours étaient intervenus à temps, lance sous l’ombrière du Vieux-Port Issam El Khalfaoui, devant 300 personnes venues à sa demande rendre hommage à son fils. Aujourd’hui, je ne sais toujours pas la version officielle ou officieuse de la police ​sur ce qui s’est passé. Aujourd’hui j’ai l’intime conviction que rien n’est fait par le procureur, par l’institution, par les politiques pour que la vérité éclate. »

Le 4 août dernier, le fils d’Issam El Khalfaoui, Souheil, âgé de 19 ans au moment des faits, était tué par le tir d’un policier lors d’un contrôle routier dans le quartier populaire de la Belle de Mai, dans le centre-ville de Marseille. Selon une source policière, le jeune homme avait été contrôlé au lendemain d’un premier contrôle au cours duquel il avait refusé d’obtempérer et légèrement heurté un policier adjoint. Toujours selon cette source policière, alors qu’il faisait une nouvelle manœuvre pour repartir, un gardien de la paix a fait usage de son arme au niveau de la portière et atteint mortellement le jeune homme.

« Permis de tuer »

Une version contestée par des témoignages de riverains recueillis par la famille, qui s’interrogent sur le caractère de légitime défense invoquée par la police. « La loi sur la sécurité publique du 28 février 2017, poussée par les syndicats de police, a changé les conditions de la légitime défense et de fait délivré aux policiers un permis de tuer », s’indigne Issam El Khalfaoui.

« Souheil est mort d’une mort qu’il ne méritait pas, qui n’était pas légitime, qui ne se justifiait pas, enrage Samia, la tante de Souheil. Sa vie, personne ne nous la rendra. Il est parti à jamais, mais la reconnaissance de ce qu’il s’est passé le 4 août à la Belle de Mai, la reconnaissance de l’homicide volontaire de la police, ça, on peut encore l’obtenir. » Les témoins avec lesquels la famille a été en contact affirment notamment que la police n’a pas porté secours à Souheil, une fois blessé.

Deux plaintes

« Aujourd’hui, j’ai la nausée à chaque fois que je vois notre ministre de l’Intérieur, s’agace Issam El Khalfaoui. Cet homme qui ose faire des jeux de mots plus que douteux en déclarant qu’il s’étouffe en entendant l’expression « violences policières », ou qui joue avec les mots lorsqu’il dit que la police ne tue pas. Monsieur Darmanin, des policiers tuent, et un policier a tué mon fils. Vous pouvez porter plainte pour diffamation contre moi. Je suis serein. »

La famille réclame ainsi l’ouverture d’une information judiciaire, alors que l’enquête de l’IGPN n’a toujours pas été transmise au procureur, et que le rapport se fait attendre. « Le parquet n’a jamais pris contact avec moi depuis le 4 août, déplore Issam El Khalfaoui. Et il est plus facile d’interroger des témoins, dont la mémoire sera floue six mois après, face à des policiers qui ont pu s’entendre sur la même version à donner avant… »

Deux plaintes ont été déposées le 23 août dernier par leur avocat, Me Emmanuel Molina, pour homicide volontaire et omission de porter secours à personne en danger. Sans réponse d’ici au 23 novembre, soit dans le délai des trois mois impartis au procureur de la République pour rendre sa décision, la famille de Souheil entend saisir le doyen des juges d’instruction pour déposer une nouvelle plainte avec constitution de partie civile.