Marseille : L’étonnant choix de Martine Vassal pour expérimenter le RSA contre des heures travaillées

Les statistiques, depuis des années, dressent le même portrait alarmant. Dans les Bouches-du-Rhône, l’accès à l’emploi est une réelle difficulté à laquelle une part importante de Marseillais est confrontée. Selon l’Insee, sur la période 2010-2018, Marseille se caractérise par un taux de chômage relativement élevé, d’en moyenne 12,4 %, soit bien au-dessus de la moyenne nationale. Les difficultés sont particulièrement concentrées dans certains quartiers, notamment les quartiers nord. Ainsi, en 2019, toujours selon l’Insee, 14,5 % des habitants du 16e arrondissement de Marseille âgé entre 15 et 64 ans étaient au chômage.

Dans ce contexte, en septembre dernier, la présidente du conseil départemental, Martine Vassal, a annoncé être candidate à l’expérimentation initiée par Emmanuel Macron, visant à conditionner le versement du Revenu de solidarité active, dit RSA, à un minimum de quinze heures d’activité par semaine. Celle qui avait quelques mois plus tôt soutenu Emmanuel Macron à sa réélection, reprenait ainsi à son compte une promesse électorale du président de la République.

Fini le volontariat

Quelques mois plus tard, selon nos informations, la présidente du conseil départemental et ses services sont montés à Paris soumettre au gouvernement leur copie. Avec un périmètre choisi pour le moins étonnant. Les cadres du célèbre bateau bleu envisagent en effet de mener à bien ce projet dans le 5e et le 7e arrondissement, soit deux arrondissements du centre-ville de Marseille plutôt aisés, et peu touchés par les questions d’éloignement de l’emploi et d’ostracisation. Ainsi, toujours selon l’Insee, en 2019, le taux de chômage était de 10,9 % dans le cinquième arrondissement de Marseille.

Il faut savoir que les bénéficiaires du RSA de plus de 60 ans et ceux présentant un état de santé incompatible avec une vie professionnelle seraient exclus de cette expérimentation. Pour les autres, si le volontariat pour prendre part à ce dispositif a été d’abord annoncé par Martine Vassal, il n’est aujourd’hui plus d’actualité. Dans le détail, 1.600 personnes sont ciblées dans le cinquième arrondissement, et 400 dans le septième.

Une manifestation le 3 février

« L’Etat nous a demandé de travailler sur un bassin de vie complet, avec un nombre de bénéficiaires du RSA qui soient autour des 2.000 personnes, justifie Sabine Bernasconi, vice-présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône déléguée à l’insertion professionnelle. Si on avait mis en place cette expérimentation dans les quartiers nord, ça dépassait largement le cadre de l’expérimentation. Avec leurs ordinateurs, les services du conseil départemental ont fait des additions pour répondre à la demande de l’Etat d’avoir 2.000 personnes sur un même bassin de vie, et c’est comme ça qu’on a choisi les cinquième et septième arrondissements. Mais ce n’est pas parce que ces quartiers ont moins de bénéficiaires du RSA que ces bénéficiaires sont moins en difficulté que les autres ! »

Une manière de fausser les résultats pour faire de cette expérimentation un succès, selon la CGT, qui crie à l’arnaque sur fond de posture politique. « Ils veulent juste répondre que oui, dans les Bouches-du-Rhône, les allocataires, on les tient et on les dresse », s’agace Valérie Marque, représentante CGT du personnel au sein du conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Lors d’une conférence de presse ce lundi, le syndicat a clamé son opposition à cette expérimentation à l’esprit jugé « immonde ». Le 3 février prochain, à 11 heures, le syndicat organisera un rassemblement devant le bateau bleu pour protester contre cette mesure, dont la mise en œuvre était envisagée au 1er mars. Une date incertaine toutefois, selon Sabine Bernasconi, qui affirme avoir demandé à l’Etat, avec d’autres territoires candidat, un report.