Marseille : La vie nocturne marseillaise est-elle en train de changer ?

« C’est complet deux semaines à l’avance. » Après avoir fait les belles soirées des derniers étés marseillais face à la mer, le Cabanon de Paulette passe pour la première fois en mode hiver. Ses « sauteries du château », un after work en musique les jeudis soirs au château Beaupin, vers la Pointe Rouge, ont déjà conquis son public à en croire les réservations (la jauge est limitée à 80 personnes). « C’est un challenge de passer de la guinguette ringarde, que j’adore, à tout l’inverse, un lieu plus petit, une ambiance genre hôtel Costes », confie Cédric Brunel, pour qui « Marseille bouge de plus en plus » : « On le ressent tous, il y a beaucoup de gens venus de Lyon, de Paris. »

Dans le même quartier, c’est un autre incontournable de l’été qui a décidé de s’arrimer à l’année. A la tête de la Cabane des Amis, Benjamin Aguad a en effet ouvert avec la soirée d’Halloween le Barta Club, logé dans l’ancien Club 83. Le lieu se veut à taille humaine, avec une piste de danse au rez-de-chaussée aux couleurs de Marrakech et à l’étage un espace pour chiller ou chanter en mode karaoké. A quelques mètres de là, l’équipe investit un local de l’architecte marseillais André Stern pour y ouvrir, dans trois mois, le Barta, lieu de vie hybride. On pourra notamment y venir en soirée profiter, entre autres choses, de la grande terrasse vue mer.

« Marseille se queerifie vraiment vite »

Benjamin Aguad est allé chiner des éléments de déco à Ibiza, à Berlin, en Grèce aussi. « Il y a un public plus ouvert, qui a voyagé, fait la fête ailleurs, ce n’est clairement pas comme avant », relate-t-il, tout en regrettant l’absence d’un élu de la nuit, comme dans d’autres métropoles. « J’ai rarement vu une ville avec autant d’habitants et si peu de propositions, temporise-t-il. A Marseille, on a vite fait le tour des endroits où sortir. Dans ce secteur du 8e, on est un peu tout seuls, c’est encore sous-exploité. »

Au cours Julien, les choses bougent. En l’espace d’une semaine, deux nouvelles adresses ont ouvert. Dans la rue André-Poggioli, que La Bisette avait déjà commencé à ranimer, le bar dansant inclusif BOUM enchaîne les soirées du mercredi au samedi. Rue des Trois-Rois, le bar à cocktails et dance club Vice Versa a remplacé l’ancien Melting Pot. Simple ripolinage ? « Les enseignes changent mais pas seulement, cela dénote une vraie dynamique, estime Anticlimax, DJ et co-programmateur musical de Radio Grenouille. Pour le BOUM par exemple, cela vient marquer un phénomène, la ville se queerifie vraiment vite. »

« Des lieux comme le Cabaret Aléatoire, avec des jauges importantes, sont quasi sold-out tous les week-ends, ce n’est pas rien, poursuit ce bon connaisseur des nuits marseillaises. La ville a bénéficié d’une forte attraction, avec une typologie de personnes arrivées ici qui sont plutôt des créatifs, des gens associés de près ou de loin à la vie nocturne, et cela commence à se voir. » « Beaucoup de gens ont aussi compris avec la pandémie qu’ils peuvent faire la fête chez eux, et ils n’ont plus envie de se faire prendre pour des porte-monnaie », avance aussi Anticlimax, pour expliquer cette nouvelle offre.

« On a une réflexion dès qu’on met une entrée payante »

De son côté, c’est durant cette période qu’Alice La Terreur a définitivement été conquise par Marseille, décidant d’y transférer le siège d’Ola Radio, webradio spécialisée dans les musiques électroniques fondée à Bordeaux. « Alors que toute vie s’arrêtait ailleurs, ici, du fait du côté indépendant et souvent associatif des lieux, il se passait tout le temps quelque chose. Je me suis sentie vraiment bien à Marseille pour ça. » « Il y a plein de collectifs, comme Métaphore Collectif, Boundless, qui sont des forces vives pour la nuit et la scène électro. »

« A Bordeaux, il y a peu de propositions mais plein de lieux, alors qu’à Marseille, c’est l’inverse », observe aussi Alice La Terreur, pointant du doigt l’une des contradictions de la ville, qui n’en est pas à sa première : « Ici, dès qu’on met une entrée payante, une dizaine d’euros, on se prend des réflexions. Cela crée une dynamique de précarisation des organisateurs et des artistes. D’un autre côté, il y a un truc que je trouve vraiment bien à Marseille, c’est que tout le monde peut sortir, quels que soient ses moyens. C’est très inclusif, c’est quelque chose qu’on ne voit pas ailleurs. » Lors d’une soirée à Coco Velten, elle avait tenté la quadrature du cercle : trois tarifs selon les moyens de chacun.