Marseille : La mise en retrait de Stéphane Ravier sur fond de divisions entre Zemmour et Le Pen sème le trouble sur le RN

Depuis des années, il est de toutes les élections, de tous les meetings, de tous les plateaux télés, de toutes les interventions. Il est celui qui incarne, à Marseille, le Rassemblement national. Pour combien de temps encore ? Ce jeudi, dans la soirée, devant un parterre de militants amassés devant sa permanence, l’unique sénateur du parti de Marine Le Pen​, Stéphane Ravier, a annoncé publiquement ce qui ressemble à s’y méprendre une rupture consommée avec son parti d’origine. « Je me retire de toutes les instances parisiennes, pour ne me consacrer plus qu’à Marseille en créant un mouvement « Marseille d’abord » », a-t-il affirmé.

S’il ne quitte pas, encore, officiellement le RN de façon définitive, cette mise en retrait sème un peu plus la pagaille dans les rangs marseillais du RN, déjà bien dispersés depuis quelques semaines. Derrière la colère de Stéphane Ravier se cache en effet un conflit entre le sénateur et Franck Allisio, conseiller municipal RN de Marseille et conseiller de Marine Le Pen au sujet d’un parrainage d’une autre conseillère municipale RN, Sophie Greich, à… Eric Zemmour. Stéphane Ravier, président du groupe RN au conseil municipal de Marseille, a refusé d’exclure Sophie Greich, entraînant, en guise de protestation, le départ de quatre élus de ce groupe, dont Franck Allisio.

« Qu’est-ce qu’il fait ? »

« Je suis loyale et j’ai appris la loyauté et la fidélité auprès de Stéphane Ravier, lance Eléonore Bez, qui a également quitté le groupe. Et je ne comprends pas sa démarche. La création de ce mouvement, ça s’inscrit dans une démarche locale. Je ne pense pas qu’il fasse quoi que ce soit qui aille à l’encontre de la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle. » « Un parti local, je ne sais pas ce que cela veut dire, tance Franck Allisio. J’attends. On regarde ça. Nos militants nous demandent : « qu’est-ce qu’il fait ? » Je ne comprends pas. Nos militants veulent que ça s’arrête et qu’on fasse campagne pour la présidentielle. C’est ça la priorité aujourd’hui ! »

Les récentes déclarations de Stéphane Ravier font surtout craindre une possible scission plus profonde au sein du RN marseillais, entre ceux qui resteraient dans le giron de Marine Le Pen, et ceux qui s’en éloigneraient, suivant les traces du sénateur qui jouit d’une certaine notoriété et d’un réseau localement. « Stéphane Ravier est un militant, et non un professionnel de la politique, affirme Sophie Greich. Il est connu dans tout Marseille, et a sillonné tout le département. Les gens l’apprécient énormément. Je connais beaucoup de gens qui votent Stéphane Ravier, alors que ça ne colle pas forcément avec Marine Le Pen. » Et de prévenir : « Stéphane Ravier est libre de faire comme il veut et je lui resterai fidèle. Je le suivrai dans ce qu’il décide de faire. » Y compris s’il décide de rejoindre Eric Zemmour ? « On verra. J’attends. »

Une proximité avec Eric Zemmour

Très admiratif de Jean-Marie Le Pen, proche de Marion Maréchal-Le Pen dont il a préféré assister au mariage plutôt que se rendre à la rentrée politique de Marine Le Pen, Stéphane Ravier s’est toujours refusé à critiquer Eric Zemmour. Le sénateur a d’ailleurs accueilli le polémiste lors de sa dernière visite à Marseille, quelques années après qu’ils ont tenu ensemble un meeting au Parc Chanot. Or, en ce jeudi soir de déclaration de guerre, devant sa permanence, un certain Marc-Etienne Lansade a quitté spécialement sa mairie de Cogolin, dans le Var, pour s’afficher au côté de Stéphane Ravier. L’édile a rendu en 2017 sa carte du FN, et est aujourd’hui un soutien affiché d’Eric Zemmour.

« Stéphane Ravier est un de mes amis, justifie Marc-Etienne Lansade. Nous avons fait la campagne de 2015 ensemble et je suis venu lui exprimer mon soutien. Et nous avions aussi deux ou trois sujets à aborder. » Dont un ralliement au polémiste ? « Je ne veux pas le savoir, balaie Marc-Etienne Lansade. Stéphane est un grand garçon, mais s’il a envie de rejoindre Eric Zemmour, j’en serais très heureux, car c’est un homme de grande qualité, et nous partageons les mêmes idées de fonds. » « Je sais qu’il y a des discussions entre les équipes de Stéphane Ravier et les équipes d’Eric Zemmour », avance Jeanne Marti. Celle qui se présente comme une « amie » de Stéphane Ravier a d’abord été élue à ses côtés, sous l’étiquette RN, à Marseille, avant de récemment devenir coordinatrice de Reconquête dans les Bouches-du-Rhône.

« Je ne sais pas si Stéphane Ravier va rallier Eric Zemmour, et je me pose la question, glisse Franck Allisio. Je n’espère pas : le sujet, c’est de faire gagner Marine Le Pen, et au RN, on ne souhaite le départ de personne. Après, chacun fait ses choix. Mais il faut les faire clairement. Et là, c’est pas clair. » Contacté, Stéphane Ravier n’a pas donné suite à nos sollicitations à l’heure où ces lignes sont écrites.