Marseille : De l’amiante au collège Versailles, le département des Bouches-du-Rhône mis en cause

Le collège Versailles dans le troisième arrondissement de Marseille. — Bertrand Langlois / AFP

  • A Marseille, des enseignants et parents d’élèves du collège Versailles s’inquiètent des conditions dans lesquelles se fait le chantier de rénovation de l’établissement.
  • Selon eux, les repérages amiante sont incomplets. Ils réclament devant la justice plus de transparence de la part du département, et l’arrêt des travaux dans l’attente d’expertises complètes.
  • Pour le département, tout a été fait dans les règles.

L’audience, ce lundi devant le tribunal administratif de Marseille, devrait résonner fort avec l’actualité du « dossier noir » du risque amiante dans les écoles. Selon un fichier de l’Education nationale, révélé par le journal Libération, la majorité des écoles, collèges et lycées contiennent toujours ces fibres cancérigènes. Plus encore, dans de nombreux cas, la loi ne serait pas appliquée : depuis 2001, chaque établissement scolaire doit en effet disposer d’un diagnostic amiante obligatoire, réactualisé en théorie tous les trois ans. Au collège Versailles à Marseille, au pied de l’autoroute A7 et classé en REP +, la question n’est plus de savoir s’il y a de l’amiante ou pas. « On sait qu’il y en a, mais pas où elle se trouve précisément », affirme Me Julie Andreu, qui met en cause le département des Bouches-du-Rhône.

Le collectif Versailles, composé de parents et d’enseignants, a en effet décidé de passer à l’action juridique, après de nombreux mois de mobilisation. S’ils saluent la décision de rénover le collège, ils contestent les conditions dans lesquelles se déroule le chantier, qui a débuté depuis juillet. « On pose plein de questions, on est inquiets, et on a l’impression d’être en face d’un char d’assaut qui avance, explique un professeur d’anglais. Le plan de désamiantage devait par exemple nous être remis un mois avant le début des travaux, cela n’a pas été fait. Quand ils sont venus mettre une cloison pour créer deux classes, ils ont percé le sol alors qu’ils auraient pu utiliser d’autres techniques pour protéger de l’amiante. Avec cette audience, on espère remettre les choses à plat. »

« Nous allons demander de suspendre le chantier afin que des repérages complets soient réalisés », indique l’avocate, qui rappelle que le collège accueille 500 enfants et 80 personnels enseignants et administratifs. Pour Me Thomas Gaspar, avocat du conseil départemental, « toutes les dispositions légales et réglementaires ont été respectées ». « On veut nous faire croire que des travaux de désamiantage sont faits au milieu des élèves, ce n’est absolument pas le cas., continue-t-il C’est un chantier sur site occupé, qui est phasé. » Et que dire de la Carsat, qui a fait arrêter le chantier en octobre estimant les diagnostics amiante incomplets ? « On nous a demandé de faire des repérages complémentaires du fait d’une norme qui avait évolué entre-temps », rétorque l’avocat.

Sensibiliser tous les chefs d’établissement

« Il y a un nombre conséquent d’irrégularités, nous avons demandé maintes fois d’avoir des diagnostics à jour, malgré tout ça les choses continuent », regrette de son côté Nathalie Laclau, présidente de l’association des victimes de l’amiante dans les locaux de l’Education 13. Avec les syndicats Sud Education 13 et CGT Educ’Action 13, elle s’est associée au collectif Versailles pour saisir en référé le tribunal administratif.

Mais pour cette directrice d’école maternelle, le combat se poursuit aussi ailleurs : 800 mails sont ainsi partis à tous ses collègues des Bouches-du-Rhône pour qu’ils demandent à la mairie, au département ou à la région, selon les cas, « une cartographie exacte du dossier amiante de l’établissement ». Soit le fameux « DTA » (dossier technique amiante).

Elle-même a mis du temps pour retrouver, sous une pile de dossiers, celui de son école. Il date de 2004, avant son arrivée, et n’a jamais été réactualisé. « A partir de là, on pourra pointer du doigt les irrégularités et les manquements des collectivités. L’idée n’est pas d’accumuler les DTA et de ne rien faire », assure-t-elle. D’autres suites judiciaires pourraient ainsi venir.

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