Marseille : Cinq questions autour du projet de reconstitution de la grotte Cosquer

La réplique de la grotte Cosquer sera dans la Villa Méditerranée — Kleber Rossillon

  • La Villa Méditerranée accueillera en juin 2022 la réplique de la grotte Cosquer.
  • Cette grotte avait été découverte en 1991 et contient de nombreuses peintures préhistoriques.
  • Ce projet permet de donner une utilité à la Villa Méditerranée, immense et cher bâtiment de Marseille vide depuis sa construction.

« C’est une épine dans le pied que nous avions », confie le président LR de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur Renaud Muselier. Après des années de concertation, la villa Méditerranée, immense bâtiment tout près du Vieux-Port ​vide ou presque depuis sa construction en 2013, va devenir d’ici quelques années l’écrin de la reproduction d’une grotte sous-marine préhistorique, la grotte Cosquer. 20 Minutes fait le point sur ce projet complexe, présenté à la presse et aux élus ce vendredi.

C’est quoi, la grotte Cosquer ?

En 1991, Henri Cosquer, plongeur professionnel à Cassis, dans les Bouches-du-Rhône, découvre une grotte sous-marine au cœur du Parc national des calanques, tout près du cap Morgiou. Après avoir parcouru un tunnel de 175 mètres de long, il découvre cette grotte par 37 mètres de fond, qui portera désormais son nom. En son sein, plus de 270 œuvres d’art pariétales dessinées et gravées par l’homme, de 27.000 à 9.000 avant notre ère, à une époque où la mer était plus basse d’au moins 40 mètres et distante d’environ six kilomètres.

Cette grotte abrite des animaux habituels de l’art pariétal, comme les classiques chevaux, bisons, aurochs, et autres félins. Mais on y trouve aussi de nombreuses représentations d’espèces marines, comme des phoques ou des pingouins, certains signes évoquant des méduses voire des poulpes.

En quoi consiste le projet de reconstitution ?

Avec le réchauffement climatique, le niveau de la mer monte peu à peu dans la grotte, et efface progressivement les traces de cette vie préhistorique. Dans le cadre d’une délégation de service public confiée à la société Kleber Rossillon, la Villa Méditerranée va donc accueillir, à l’initiative du conseil régional, une réplique de cette grotte, positionnée au sous-sol de ce bâtiment qui jouxte le Mucem.

Les visiteurs pourront découvrir les pans les plus remarquables de cette grotte à travers un parcours ambulatoire dans un chariot de six personnes, comme dans un parc d’attractions. « Lors de ce parcours d’une grosse demi-heure, il y aura des accélérations et des ralentis devant les œuvres les plus importantes, promet Geneviève Rossillon, présidente de la société Kleber Rossillon. Les visiteurs seront entourés d’eau qui reflétera les peintures. Nous avions à cœur de retranscrire cette atmosphère et cette magie, et de faire de ce lieu un lieu ludique ! » Le site comportera également un centre d’interprétation à l’étage, avec une partie consacrée à la préhistoire et l’art pariétal, et une autre censée sensibiliser les visiteurs à la montée des mers et au réchauffement climatique.

Pourquoi avoir choisi la Villa Méditerranée ?

Erigée par la région Paca alors que celle-ci était présidée par le socialiste Michel Vauzelle et inaugurée en 2013, la Villa Méditerranée était restée vide ou presque pendant des années. L’immense bâtiment n’a jamais trouvé de réelle vocation, s’attirant les foudres de la chambre régionale des comptes dans un rapport d’octobre 2017. La CRC avait notamment souligné « les coûts non maîtrisés » lors de la réalisation de ce bâtiment, avec un budget passé de 20 à 62 millions d’euros, ainsi que le montant « extrêmement faible » de ses recettes d’exploitation.

Arrivée à la tête du conseil régional, la droite avait d’abord songé à vendre purement et simplement ce bâtiment, destiné initialement à abriter des conférences, des réunions et des expositions, avant de se tourner vers ce projet de reconstitution de la grotte Cosquer. « La Villa Méditerranée est un outil de rayonnement international qui n’avait pas trouvé sa vocation, estime Renaud Muselier. Nous avons donné un sens à un outil qui ne fonctionnait pas. »

Reste désormais à transformer ce bâtiment en un espace de reconstitution préhistorique pour lequel il n’était pas du tout destiné. « La difficulté de ce projet était de faire rentrer la grotte dans ce bâtiment, reconnaît l’architecte Corinne Vezzoni. On a cherché à gommer les poteaux dans l’aménagement de la grotte pour les faire disparaître dans la roche. Toutes les galeries ont été réduites pour les faire rentrer au forceps dans le bâtiment. »

Combien ce projet va-t-il coûter ?

« Les investissements nécessaires à l’adaptation du bâtiment et à la réalisation de l’ensemble de l’équipement seront réalisés par le délégataire, affirme Renaud Muselier. La délégation de service public est prévue pour une durée de 25 ans et le concessionnaire prévoit à terme un chiffre d’affaires annuel à vitesse de croisière de l’ordre de 8,8 millions d’euros : c’est donc une opération à 220 millions d’euros. »

Le projet est financé par la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur à hauteur de 10 millions d’euros sur les 25 prochaines années, « 9 millions pour l’investissement initial et un million à verser dans les cinq dernières années de la concession », selon Renaud Muselier. Et d’assurer : « En revanche, la région ne subventionnera pas, en fonctionnement, l’exploitation du centre. Le coût pour le contribuable sera donc nul. »

L’entreprise délégataire chargée de réaliser la réplique puis de l’exploiter, Kleber-Rossillon, apportera de son côté 13 millions d’euros. Mais quid de la participation de la ville de Marseille ? « Elle est sous-marine, déplore Renaud Muselier dans un trait d’humour. Aide-toi et le ciel t’aidera. Il faut aller de l’avant. » Et d’abonder : « Vous pouvez élargir votre question au conseil départemental ou à la métropole (tous deux dirigés par la candidate LR à la mairie de Marseille Martine Vassal). Le problème, c’est que nous, à la région, on avance collectivement, et eux, ils avancent individuellement. Ils ne veulent pas venir ? On ne va pas les attendre, on n’a besoin de l’aide de personne. »

Quand pourra-t-on visiter ce site ?

L’ouverture de la reconstitution de la grotte est annoncée pour juin 2022. Les concepteurs du projet promettent la venue de près de 30.000 scolaires par an, et tablent sur une fréquentation de 800.000 visiteurs la première année, puis 500.000 les années suivantes.

De quoi enchanter Henri Cosquer, présent ce vendredi aux côtés des élus qui présentaient ce projet. « Je trouve ça fabuleux, confie-t-il. Je me suis battu pendant 20 ans pour faire cette reconstitution avec un architecte, ce n’était pas facile, mais maintenant cela va être visible par M. Tout-le-monde et c’est ça qui est important. Ce qui reste de ces gens-là, c’est cet art, cette peinture, et il est important de garder une trace de leur passage. »

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