Marseille: «C’est une catastrophe là-haut !», estiment les habitants des immeubles délabrés

Les habitants de ces deux immeubles de Belsunce refusent de réintégrer leur logement. — J. Saint-Marc / 20 Minutes

  • De nombreuses fissures sont toujours visibles aux 21 et 47 rue des petites Maries, à Marseille. Les habitants de ces deux immeubles sont censés réintégrer leurs logements ce mardi.
  • Ils refusent cette décision de la mairie, qui a cessé ce lundi de leur rembourser les frais d’hôtel.

Julia est quasiment devenue phobique. « Prenez la clé et allez-y sans moi. Je n’y retourne pas. » Cette mère de six enfants finira tout de même par nous accompagner dans la cage d’escalier du 21 rue des petites Maries, entre Belsunce et Saint-Charles, à Marseille. Une cage d’escalier très délabrée : de nombreuses fissures sont visibles et les garde-corps ont été rafistolés avec du bois et de la rubalise.

La mairie vient d’arrêter de me payer l’hôtel ! Ils me demandent de revenir alors que c’est insalubre, peste Julia. Il y a de l’humidité, des fissures, des trous dans le mur de la salle de bains. Je ne peux pas laisser mes enfants dormir là-dedans. »

« Ils ont juste cassé le faux plafond »

Comme elle, les habitants du 47 rue des petites Maries sont censés réintégrer leurs logements ce mardi. Tous ceux que nous avons rencontrés s’y refusent. « Vous avez vu les fissures, sur la façade ? C’est normal ça ? », fait mine de s’interroger un quadragénaire, qui file dans les étages chercher des affaires… Et repart aussitôt.

« C’est une catastrophe là-haut », prévient Hocine, qui habite au troisième étage. Il nous guide dans la cage d’escalier jusqu’à son palier, d’où l’on aperçoit les dégâts : les planches qui soutiennent la toiture sont à nu… On voit les tuiles à travers la charpente. « Ils ont juste cassé le faux plafond qui menaçait de s’effondrer. Déjà qu’il pleuvait dans la cage d’escalier, je n’imagine même pas ce que ça va être maintenant », s’inquiète Hocine.

« Des travaux ont été faits. On a enlevé ce qui menaçait de s’effondrer. La priorité, c’est la sécurité, pas l’esthétique, Monsieur », s’agace, auprès de 20 Minutes, la propriétaire de l’immeuble. Elle nous jure que son immeuble n’a jamais été placé en arrêté de péril – ce que nous ont dit, au contraire, les marins-pompiers de Marseille. « Il y a eu abandon de procédure, il n’y a pas de péril », maintient la propriétaire, qui lâche que « si les locataires ne sont pas contents, ils n’ont qu’à m’envoyer leurs préavis de départ ! »

Des marins-pompiers de Marseille font une inspection dans un immeuble délabré. Des marins-pompiers de Marseille font une inspection dans un immeuble délabré. – J. Saint-Marc / 20 Minutes

Ils ne savent pas où ils vont dormir ce mardi soir. Les marins-pompiers, appelés pour vérifier si les lieux étaient sûrs, ont fait appel, à leur tour, à un expert de la mairie de Marseille. Contactée par 20 Minutes, celle-ci n’était pas en mesure de nous indiquer sa décision dans les délais de bouclage de cet article.

« Ils font réintégrer à tout prix »

Mais selon un pompier anonyme « il est évident que les travaux nécessaires n’ont pas été faits. » Le grattage du faux plafond et les quelques coups de peinture dans la cage d’escalier ? « Du cache-misère », comme le dit une militante du collectif du 5 novembre, qui se mobilise pour aider les Marseillais évacués depuis les effondrements d’immeubles rue d’Aubagne.

« La mairie n’a plus d’argent pour payer les hôtels, conclut un bon connaisseur du dossier du mal-logement à Marseille. Donc ils font réintégrer à tout prix. Sans que les conditions de sécurité ne soient au rendez-vous… »

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