Marseille : « Avant toutes ces lois, c’était beaucoup plus simple », peste le principal prévenu du procès d’escroquerie à la viande chevaline

La phrase est lâchée en tout début d’audition, avec ce léger accent belge qui rappelle que Jean-Marc Decker est originaire du plat pays, plus précisément de Bastogne. « Avant 2009-2010, c’était beaucoup plus facile, peste dans sa chemise bleu à pois cet important négociant de chevaux​. Il n’y avait pas besoin de papier. On envoyait sur une feuille A4 le dessin du cheval et un tampon, et on avait beaucoup moins de souci. »

Des soucis, depuis, Jean-Marc Decker en a un peu, il est vrai. Depuis le début du mois de juin, le négociant comparaît devant le tribunal correctionnel de Marseille. Il est soupçonné d’avoir été le pivot d’un vaste trafic de chevaux impropres à la consommation. Le Belge âgé aujourd’hui de 58 ans comparaît notamment pour tromperie sur une marchandise entraînant un danger pour l’homme ou l’animal et escroquerie en bande organisée.

Près de 400 chevaux « non conformes »

Entre 2010 et 2015, Jean-Marc Decker aurait vendu entre 2.500 et 4.000 équidés par an, dont 70 % à destination de la filière chevaline. Chaque cheval lui rapportait alors entre 50 et 75 euros. Mais, selon les enquêteurs, plus de 400 chevaux « non conformes » ont été tués à l’abattoir municipal d’Alès, le plus gros client de Jean-Marc Decker.

C’est de cet abattoir que les enquêteurs belges et français avaient commencé leurs investigations en 2013 sur la base d’un signalement de la brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires. Les services vétérinaires y avaient mis au jour une série de fraudes reposant sur la falsification des carnets d’identification et des documents sanitaires accompagnant les animaux ainsi que des entorses à la réglementation européenne concernant les chevaux importés de pays de l’Union.

« Je n’ai pas été vigilant »

La traçabilité du passé et des traitements médicamenteux de certains animaux était largement brouillée, empêchant de vérifier leur éligibilité à l’abattage à destination des boucheries. L’enquête a recensé plus de 150 propriétaires de chevaux victimes de cette escroquerie dont une cinquantaine s’est constituée partie civile.

« Je n’ai jamais falsifié un passeport, clame Jean-Marc Decker à la barre. Je n’avais pas de mauvaise intention. » Et de répéter : « Avec toutes les lois qui ont changé, je crois qu’avec du recul… Je reconnais que je n’ai pas été vigilant. » Celui qui a une formation de boulanger a rejoint après ses études l’entreprise familiale, composée d’une boucherie chevaline et d’une société de commerces de chevaux, d’abord en Belgique. A la mort de son père dans les années 1980, Jean-Marc Decker a vendu la boucherie pour se consacrer essentiellement au commerce de chevaux, et ce désormais dans toute l’Europe.

« Pas des choses concrètes »

Pour autant, de son propre aveu, pendant toutes ses années Jean-Marc Decker ne s’est que très peu penché sur les lois qui entourent ce commerce. « Comment vous teniez-vous au courant des différentes réglementations en cours », l’interroge la présidente du tribunal correctionnel de Marseille, Céline Ballérini. « On avait des bribes de l’agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, pas des choses concrètes, reconnaît Jean-Marc Decker. Parfois, le vétérinaire nous disait : »Tiens, à partir du 1er, il y a ça qui change ». »

Auprès des chevaux, l’apprenti en boulangerie se révélait parfois aussi apprenti vétérinaire, administrant lui-même des médicaments à ses bêtes, sans qu’un spécialiste ait vu l’animal pour établir un diagnostic. Je suis capable de savoir ce dont les chevaux ont besoin », explique celui qui se définit comme « né dans les chevaux ». Des pratiques qui ne sont pas sans conséquence sur la bête et la santé humaine une fois consommée.

« Je regrette beaucoup, lance Jean-Marc Decker. Depuis cette histoire-là, je ne fais plus de cheval de boucherie. Je fais que des chevaux de balade, les chevaux de club. Des ennuis, je n’en veux plus. » Le procès est prévu pour durer jusqu’au vendredi 24 juin