Marseille: A l’intérieur du Mémorial des déportations, qui rouvre après des années de fermeture

Le Mémorial des déportations à Marseille est désormais rattaché au musée d’histoire de Marseille. — C. Delabroy / 20 Minutes

  • Vingt-cinq après son ouverture, et après plusieurs années de fermeture, le Mémorial des camps de la mort devient le Mémorial des déportations.
  • Témoignages à l’appui, il croise la grande histoire et les récits individuels.
  • Un mur recense le nom et l’âge des déportés de Marseille.

Au pied du fort Saint-Jean, on s’était presque habitué à sa présence obstinément silencieuse. Fermé depuis les lancements des travaux du Mucem, en 2012, le Mémorial des camps de la mort rouvre enfin ce vendredi à Marseille, avec un nouveau nom : le «  Mémorial des déportations ». L’intérieur du bunker, construit par les Allemands en 1943-1944 lors de l’occupation de la ville, a été totalement repensé par rapport au projet initial voulu par l’ancien maire Robert Paul Vigouroux, qui s’était engagé comme médecin à bord de l’Exodus.

« Là où le premier était conçu à partir de la fin, de l’expérience concentrationnaire, nous avons voulu partir du début, en questionnant les politiques et les processus qui se sont mis en œuvre au départ de Marseille », explique Ann Blanchet, conservateur du musée d’histoire de Marseille, dont dépend à présent le Mémorial. A travers 19 parcours de déportés, l’exposition entend ainsi illustrer « l’extrême complexité des processus, qui fait que les gens se sont retrouvés pris au piège ».

« La destruction des immeubles du Vieux-Port a fortement marqué l’esprit des Marseillais, ajoute Ann Blanchet. Dans la mémoire collective, cela a pu prendre le dessus sur l’une des plus grandes rafles de 1943 et sur ce qui s’est passé au camp militaire de Fréjus, où des milliers de Marseillais ont été internés. »

Le Vieux-Port de Marseille aujourd'hui et en 1943, au Mémorial des déportations à Marseille. Le Vieux-Port de Marseille aujourd’hui et en 1943, au Mémorial des déportations à Marseille. – C. Delabroy / 20 Minutes

« On a été vendus par nos voisins »

A l’étage, un mur recense les noms et l’âge des déportés de Marseille. « J’ai mon nom à moi », confie, émue, Denise Toros-Marter, arrêtée le 13 avril 1944 avec sa mère, sa grand-mère et son frère aîné « On a été vendus par nos voisins, j’allais avoir 16 ans. Je suis la seule avec mon frère à être revenue des camps. » Pour elle, ce Mémorial « est une finalité » et comble un manque : « Dans des villes moins importantes que Marseille, il y avait de formidables musées ». Le musée d’histoire de Marseille entend aussi s’inscrire dans un réseau mémoriel, avec le Camp des Milles et le Camp de Rivesaltes. « Nous sommes à l’An 1 du Mémorial, nous l’avons voulu comme le début d’un long travail de mémoire », assure l’élue en charge de la culture, Anne-Marie d’Estienne d’Orves.

Le Mémorial devrait ainsi évoluer tous les ans, et accueillir des expositions temporaires. Gratuit, il a vocation à devenir un lieu pédagogique pour les scolaires, mais aussi pour les touristes de passage. « Quand ils arrivent sur le Vieux-Port, ils ne comprennent pas pourquoi toute cette architecture du 20e au milieu du bâtiment 17e de la mairie », relève Fabrice Denise, directeur du musée d’histoire de Marseille. A terme, des « balades urbaines » pourraient d’ailleurs être organisées sur le Vieux-Port en lien avec le Mémorial. Quant au mur des déportés, il est appelé aussi à s’enrichir de nouveaux noms, encore oubliés de la Grande Histoire.

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