Maroc : Incarcération de Mohammed Ziane, ancien ministre des Droits de l’Homme

Mohammed Ziane s’estime « jugé à cause de ses opinions ». L’opposant marocain, ex-bâtonnier de Rabat et ministre des Droits de l’Homme entre 1995 et 1996, a été arrêté et incarcéré lundi soir après avoir été condamné en appel à trois ans de prison ferme.

« Il a été transféré à la prison d’El Arjat. Il n’a même pas été notifié légalement (de sa condamnation) et il n’a pas jamais comparu », a fustigé Ali Reda Ziane, lui-même avocat et qui assure la défense de son père. « Il a été condamné (par la Cour d’appel de Rabat) pour toutes les charges possibles et imaginables ». Le parquet a ensuite confirmé que « les services de la police judiciaire compétente, et sur instruction du Ministère public, ont arrêté l’intéressé et l’ont incarcéré en exécution des dispositions de la décision d’appel ».

Un avocat en faveur du mouvement « Hirak »

Peu avant son arrestation, il avait affirmé « n’avoir jamais reçu de convocation pour comparaître ». Son fils a dénoncé « un engrenage contre [s]on père depuis qu’il a pris position en faveur du « Hirak » du Rif », puissant mouvement social qui a agité cette région montagneuse berbère en 2016-2017. Avocat célèbre, Mohammed Ziane, 79 ans, a également défendu Taoufik Bouachrine, un patron de presse d’opposition emprisonné depuis 2018 après avoir écopé de 15 ans de prison pour des « agressions sexuelles » contre huit femmes, des accusations qu’il a toujours niées en dénonçant « un procès politique ».

L’avocat était poursuivi en vertu d’une plainte du ministère de l’Intérieur, pour onze chefs d’accusation, dont ceux d’ « injure contre un corps constitué », « diffamation », « adultère » ou encore « harcèlement sexuel ». Il avait été condamné le 23 février à trois ans de prison ferme et à une amende de 5.000 dirhams (470 euros) mais avait été laissé en liberté.

Des critiques contre les services de renseignement

Le Comité marocain de soutien aux détenus d’opinion s’est pour sa part dit « extrêmement choqué ». « Son procès en appel s’est tenu lors d’une seule audience, sans donner au bâtonnier Ziane l’occasion de se défendre », a critiqué ce collectif de défenseurs des droits humains. « Il a été arrêté par plus d’une vingtaine de policiers en civil qui ont fait irruption dans son bureau (…), sans présenter la moindre décision judiciaire, ce qui constitue une violation flagrante du code de procédure pénale, de la Constitution et des conventions internationales ».

Fondateur du Parti marocain libéral (PML) et grand commis de l’État, Mohammed Ziane s’est fait connaître par des déclarations critiques à l’encontre du pouvoir, en particulier des services de renseignement marocains. L’ex-bâtonnier a accusé en novembre 2020 les services de sécurité d’avoir « truqué » une vidéo pour présenter de façon compromettante une entrevue entre lui et une cliente mariée dans une chambre d’hôtel. A l’époque, il avait accusé le patron de la police et des renseignements intérieurs, Abdelatif Hammouchi, d’être responsable du « trucage » des images.