France

Marine Le Pen accuse le Parlement européen de « pas joué son rôle » lors de son procès.

Le procès en appel de Marine Le Pen et de 10 autres prévenus a débuté ce mardi à la cour d’appel de Paris, après un jugement en première instance établissant un préjudice de 3,2 millions d’euros. La durée du procès est prévue jusqu’au 11 février, avec une décision attendue à l’été.

À la cour d’appel de Paris,

Neuf mois après le procès en première instance ayant impliqué Marine Le Pen, anciennement du Front national, et 24 autres membres de son parti, dix prévenus ayant fait appel sont de retour devant la justice à partir de ce mardi, dans l’affaire des assistants au Parlement européen.

Exit les salles modernes du tribunal des Batignolles : les dix prévenus (Catherine Bizet a renoncé à son appel) sont assis dans la première chambre de la cour d’appel du tribunal de l’île de la Cité, où une œuvre de Léon Bonnat, intitulée La justice éclairant la vérité et protégeant l’innocence contre le mensonge et la calomnie, domine la pièce. Cette peinture observe la salle depuis le plafond orné de dorures et de lustres majestueux. Ces derniers, suspendus au-dessus des bancs des avocats, semblent peser sur eux, à l’instar des accusations qu’ils affrontent. Patrick Maisonneuve, avocat du Parlement européen, a rappelé le matin même que le détournement de fonds publics « est au sommet de l’infraction que l’on peut reprocher à un élu ».

Changement de stratégie

Avant l’arrivée de la cour, les prévenus échangent poignées de main et salutations, parfois en évitant le regard des autres. L’atmosphère est plus détendue, presque conviviale, entre avocats et membres du parti. En première instance, le tribunal correctionnel avait évalué le préjudice à 3,2 millions d’euros, prenant en compte un remboursement de 1,1 million d’euros effectué par certains prévenus. Ce montant représente les enveloppes allouées par le Parlement européen pour les assistants des eurodéputés, qui auraient en réalité œuvré pour le parti.

Dans la salle comble, chacun prend son siège désigné. Bruno Gollnisch est le dernier à arriver. Marine Le Pen, quant à elle, mise sur son avenir politique, risquant une nouvelle condamnation à une peine d’inéligibilité, qui, selon sa durée, pourrait l’empêcher de se présenter à de futures élections, qu’elles soient présidentielles ou législatives. « J’espère pouvoir être entendue par la cour d’appel », a-t-elle déclaré dans la matinée, exprimant un « état d’esprit d’espérance, en quelque sorte… ».

Vêtue d’un élégant costume bleu marine sur une blouse rose fluide, la cheffe de file du Rassemblement national se montre discrète face à la présidente du tribunal, Michèle Agi. Elle acquiesce, droite, les mains jointes, assistée par une nouvelle avocate, Me Sandra Chirac-Kollarik, en plus de son avocat historique, Me Rodolphe Bosselut. Ce changement de stratégie indique un désir de modification par rapport à la première instance, où sa personnalité avait été jugée trop envahissante. Espère-t-elle une issue plus favorable ?

Un délit, quel délit ?

Après une journée réglée par un rappel des faits durant plus de 3h30, les prévenus prennent enfin la parole, Marine Le Pen en tête. « Nous n’avions aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit », soutient-elle devant cette assemblée imposante.

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Se promettant de s’expliquer lors de la journée et demie qui sera consacrée à son audition, elle déclare à la barre qu’« en 2004, 2009 et 2014, nous avons embauché nos propres assistants, mutualisés nos assistants, du fait du nombre de députés que nous étions », feignant d’ignorer l’existence d’un délit.

Jouant la carte de la naïveté, elle accuse le Parlement européen de n’avoir « pas joué son rôle d’alerte tel qu’il aurait dû le jouer. Il avait connaissance de l’ensemble des éléments constitutifs. Nous n’avons jamais rien dissimulé. » Le procès devrait se poursuivre jusqu’au 11 février, avec une décision attendue cet été.