Mariage homosexuel à Taïwan: «L’Asie a une lente évolution sur les questions LGBT»

Taïwan célèbre la décision de rendre légal le mariage LGBT — Chiang Ying-ying/AP/SIPA

  • Le Parlement taïwanais a légalisé vendredi le mariage entre personnes de même sexe, une première en Asie.
  • Ces dernières années, Taïwan a été une des sociétés les plus progressistes d’Asie sur la question des droits des homosexuels.
  • Pierre-Yves Baubry, auteur à Asialyst, résident taïwanais et fondateur du site « Lettres de Taïwan », « ce n’est vraiment pas dit que l’exemple de l’île serve à motiver des gouvernements » d’autres pays asiatiques.

Le Parlement taïwanais a légalisé ce vendredi le mariage entre les personnes du même sexe, une première en Asie. Alors est ce une révolution sociétale sur le continent ? 20 Minutes a interrogé Pierre-Yves Baubry, auteur à Asialyst, résident taïwanais et fondateur du site Lettres de Taïwan pour nous éclairer sur l’impact que cette décision historique pourrait avoir.

A la suite Le vote en faveur d’un mariage du même sexe à Taïwan marque-t-il le début d’une révolution sociétale en Asie sur les questions LGBT ?

Cela me paraît complexe. C’est une première indéniable, mais la situation de l’Asie est loin d’être homogène à ce sujet. Singapour et Hongkong par exemple, ont une attitude bien plus répressive que la Thaïlande, où on parle d’une certaine ouverture et où les personnes LGBT peuvent vivre assez normalement. En Corée du Sud, la société est très conservatrice, notamment en raison d’une forte influence catholique. La Chine est aussi un pays complexe, l’homosexualité y est dépénalisée, mais le mouvement peine à se faire entendre. Il y a aussi le cas à part des pays musulmans d’Asie comme l’Indonésie. Ce qui est sûr, c’est que Taïwan marque une vraie différence avec cette législation.

Comment expliquer que le reste de l’Asie soit si lent sur cette question ?

Il faut plutôt se demander comment Taïwan a pu arriver à cette décision. C’est l’une des rares démocraties de la région, ce qui lui permet au-delà des élections, d’avoir une société civile forte et active. Là où les groupes LGBT ont beaucoup plus de mal à mener des actions et à se faire entendre dans des pays avec des régimes plus autoritaires, comme au Vietnam, en Thaïlande ou en Chine, le mouvement LGBT a pu mener ce combat de manière continu. Il ne faut d’ailleurs pas croire que cela s’est fait automatiquement. Les premières évocations d’un possible mariage gay remontent aux années 1980. Ça ne s’est pas fait en ligne droite d’ailleurs, il y a eu des coups d’arrêts, des culs-de-sac, des carrefours. Finalement, en 2015, un militant a porté plainte contre l’Etat pour ne pas lui permettre d’épouser un homme. L’affaire a été portée jusqu’à la Cour constitutionnelle, qui en 2015 a donné deux ans à Taïwan pour soit créer un substitut au mariage pour les homosexuels, soit autorisé le mariage pour tous, comme en France par exemple. Si le pays n’avait rien fait au 24 mai 2019, c’est cette dernière option qui serait appliquée.

Du coup, ils sont partis sur un mariage différencié. Il faut donc relativiser la modernité de la décision et bien comprendre que Taïwan reste quand même assez conservateur. C’est une population spéciale qui a connu l’occupation japonaise puis chinoise, et qui a été sous l’influence américaine après la guerre, c’est donc une société habituée aux changements et qui possède une certaine flexibilité. Elle est capable d’intégrer des cultures différentes. Mais cela est à double tranchant, elle a aussi « intégré » une partie de la mouvance catholique conservatrice, ce qui explique un certain mouvement réfractaire également sur cette question.

Sans parler de révolution, est ce que cela peut tout de même influencer le reste de l’Asie ?

L’information circule et cela va assurément servir d’exemple et de motivation à des groupes LGBT d’autres pays d’Asie. Mais leurs champs d’action restent beaucoup plus limités qu’à Taïwan. Et ce n’est vraiment pas dit que l’exemple de l’île serve à motiver des gouvernements de pays.

Après, on ne peut pas nier qu’il y a une évolution, lente mais évolution quand même, de l’Asie en général sur l’homosexualité. Elle tend au minimum vers une dépénalisation de l’homosexualité, mais la question pour les droits communs, notamment le mariage, reste complexe. Le mouvement général est là mais il semble assez limité par un manque d’expression. Ceci dit, la question du mariage pour tous s’est déjà posée au Vietnam ou en Thaïlande, où les gouvernements verraient ça comme un moyen de mettre un « cadre ». Quant au Japon, de plus en plus de municipalités accordent désormais un contrat de concubinage aux personnes de même sexe. Lentement, les choses avancent, de manière indéniable.

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