Manifestation à Paris en 2016 : Acquittement définitif du CRS jugé pour avoir éborgné un syndicaliste

Le CRS qui avait comparu aux assises en décembre pour avoir éborgné un syndicaliste lors d’une manifestation de 2016 à Paris a été définitivement acquitté après la décision du parquet général de ne pas faire appel du verdict, a-t-on appris mardi de source judiciaire. « Le parquet général n’a pas interjeté appel de l’arrêt d’acquittement rendu dans ce dossier », a indiqué cette source.

Brigadier-chef de 54 ans, Alexandre M. avait comparu aux assises de Paris à la mi-décembre pour le jet d’une grenade de désencerclement le 15 septembre 2016 place de la République, qui avait éborgné Laurent Theron, secrétaire hospitalier et militant du syndicat Sud-Santé. Laurent Theron participait alors à une manifestation contre la loi Travail émaillée de violents heurts. Il a définitivement perdu l’usage de son œil droit.

« Sincèrement navré de la blessure gravissime »

A l’issue de l’instruction, le CRS était accusé d’avoir lancé cette grenade à main de désencerclement (GMD) hors de tout cadre légal et sans être en état de légitime défense. A la barre, le policier s’était dit « sincèrement navré de la blessure gravissime » qu’il avait causée mais avait défendu un tir, selon lui, « nécessaire » pour « protéger (ses) hommes ».

A l’audience, deux à trois ans de prison avec sursis avaient été requis à son encontre par le ministère public, qui avait contesté tout « état de légitime défense ». Après trois jours d’audience, la cour d’assises avait retenu une analyse inverse et acquitté l’accusé. Un verdict désormais définitif, à la grande satisfaction de son avocat.

« C’est un vrai soulagement pour ce policier qui s’était vraiment senti en danger et avait effectué un acte de riposte légitime, a indiqué Me Laurent-Franck Liénard. Ça n’enlève rien à l’injustice de la blessure de Monsieur Theron qui va désormais obtenir une juste réparation de son préjudice par l’Etat. »

Selon l’avocate de Laurent Theron, la décision de ne pas faire appel confirme, au contraire, « l’existence d’une justice à deux vitesses dans laquelle les policiers jouissent d’une légitime défense totalement dérogatoire aux règles de droit commun ». D’après Me Lucie Simon, l’arrêt d’acquittement « consacre l’impunité policière » et justifie le fait pour un policier « « de tirer dans le tas » », « dès lors qu’une manifestation est violente » et même si « sa cible (…) ne représente aucune menace ». Et de conclure : « C’est une défaite pour le droit. »