Manifestant éborgné par un tir de grenade en 2016: Un CRS renvoyé aux assises

Des CRS. (Illustration) — FRED SCHEIBER

Un CRS a été renvoyé ce lundi aux assises pour y répondre d’un « lancer injustifié » d’une grenade de désencerclement, dont l’explosion a causé la perte de l’œil droit d’un manifestant, lors d’un rassemblement contre la loi Travail, le 15 septembre 2016 à Paris.

Ce brigadier-chef de 50 ans doit être jugé pour « violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente par personne dépositaire de l’autorité publique ». La victime est Laurent Theron, un militant syndical SUD âgé de 48 ans. Ce dernier est « définitivement aveugle de l’œil droit », selon l’ordonnance des juges d’instruction consultée par l’AFP. L’avocat du CRS a annoncé vouloir faire appel de cette décision.

Mis en examen en janvier 2017

Les faits se sont produits ce jour-là peu avant 17h, au terme d’une manifestation marquée par de violents heurts. La police avait notamment été la cible de cocktails Molotov. A l’époque, le projet de loi du gouvernement Valls était combattu depuis six mois au cours de régulières manifestations, émaillées de violences, pour dénoncer une réforme « ultralibérale ».

Alors que les forces de l’ordre dispersaient les gens sur la place de la République à Paris, le policier est accusé d’avoir lancé à ce moment-là une grenade de désencerclement (GMD) « hors de tout cadre légal et réglementaire », concluent les juges. Il avait été mis en examen en janvier 2017.

Le policier aurait « agi de sa propre initiative, sans recevoir d’ordre »

Selon les vidéos et les témoignages recueillis, le policier et sa compagnie n’étaient alors « ni assaillis, ni encerclés, ni même réellement pris à partie », ce qui exclut la justification de la légitime défense ou de la sauvegarde de son intégrité physique ou de celle d’autrui. Le policier se voit aussi reprocher d’avoir « agi de sa propre initiative, sans recevoir d’ordre », contrairement à la doctrine d’emploi des GMD, écrivent les juges. Enfin, il n’était pas habilité pour cette arme puissante qu’il aurait, selon l’hypothèse privilégiée par l’enquête, lancée en cloche et non au ras du sol comme exigé.

Une grenade pour se protéger ?

« Cette décision le marque beaucoup ; s’il a fait une erreur, il n’a pas l’impression néanmoins d’avoir commis un crime », a réagi son avocat Me Laurent-Franck Liénard.

« Il est persuadé d’avoir lancé une grenade pour se protéger, lui et ses collègues. Elle a atteint la victime par accident », a ajouté l’avocat, qui entend « contester l’appréciation juridique » des faits.

Une contestation d’une infirmité permanente

Les juges n’ont pas suivi le réquisitoire du parquet de Paris, qui demandait un renvoi devant le tribunal correctionnel, contestant l’existence d’une infirmité permanente « en l’état des certificats médicaux au dossier et dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice ».

« Le parquet a tenté de gommer cette infirmité pour éviter les assises, sans l’accord de la partie civile, probablement vu le contexte de contestations de ce matériel dangereux », s’est étonné Me Julien Pignon, l’avocat de Laurent Théron.

Le recours aux GMD ainsi qu’aux lanceurs de balles de défense (LDB), à l’origine de dizaines de blessés et mutilés lors du récent mouvement des « gilets jaunes », fait l’objet d’une vive controverse en France.

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