Malgré l’inflation, les entreprises du CAC 40 continuent d’engendrer des milliards de bénéfices

Alors que beaucoup de Français, englués dans l’inflation croissante provoquée par la guerre en Ukraine, se demandent comment ils vont remplir leur réservoir d’essence et payer leur facture d’électricité, pour d’autres, tout va bien. En effet, les entreprises du CAC 40, l’indice qui rassemble les plus importantes capitalisations boursières françaises de différents secteurs, cumulent déjà près de 73 milliards de bénéfices au premier semestre.

Cela représente une hausse de 24 % par rapport au premier semestre 2021, où ces mêmes entreprises avaient réalisé 58,8 milliards de bénéfices, alors qu’Eurofins Scientific n’était pas encore dans le CAC 40. Ce chiffre pourrait encore un peu gonfler puisque seules 38 entreprises ont publié leurs chiffres, le constructeur ferroviaire Alstom et le spécialiste des spiritueux Pernod Ricard ayant un exercice financier décalé.

Mais pourquoi un tel décalage ?

Eh bien parce que l’inflation n’a pas touché tout le monde de la même manière. Du côté des matières premières et de l’énergie par exemple, la flambée des prix a dopé les entreprises du secteur. Le géant pétrolier et gazier TotalEnergies a plus que doublé son bénéfice au deuxième trimestre et a réalisé le meilleur résultat net du CAC 40 sur le semestre, avec plus de 10,4 milliards d’euros.

Il est suivi par le numéro deux mondial de la sidérurgie ArcelorMittal, qui a profité de la hausse des prix de l’acier et a atteint près de 8 milliards d’euros. Engie, le principal fournisseur de gaz en France, a quant à lui plus que doublé son bénéfice, à 5 milliards d’euros.

Dans le luxe, l’argent n’est pas un problème

Autre poids lourd du CAC 40, le luxe s’est lui aussi démarqué malgré un ralentissement des ventes en Chine, l’un de ses principaux marchés, car les marques ont pu monter les prix sans perdre leur clientèle. « Ils dépendent d’une clientèle aisée qui n’est pas dérangée par les hausses de prix », déclare Mimoza Bogeska, directrice générale de la société de gestion Monocle Asset Management.

« Ils ont aussi profité du renforcement du dollar par rapport à l’euro car leurs coûts de production sont en euros et ils vendent beaucoup en dollars », ajoute-t-elle. LVMH, Kering et L’Oréal ont ainsi vu leurs bénéfices cumulés grimper de plus de 36 % par rapport au premier semestre 2021, avec des marges confortables.

Le CAC 40 pas complètement tiré d’affaire

Certains groupes ont tout de même subi l’onde de choc de la guerre en Ukraine, comme Renault et Société Générale qui se sont retirés de Russie après le déclenchement du conflit. Renault a vendu sa participation dans le constructeur Avtovaz, qui fabrique notamment les Lada, et Société Générale la sienne dans la banque Rosbank, occasionnant des charges de plusieurs milliards d’euros.

« Le plus dur est devant nous », soutient Bénédicte Hautefort, fondatrice de la fintech Scalens, spécialisée dans la numérisation des relations entre sociétés cotées et investisseurs, qui estime que le contexte économique devrait peser sur les entreprises au second semestre. Avec l’inflation et la hausse des taux directeurs des banques centrales, qui renchérissent le coût du crédit et rendent donc plus difficiles les nouveaux financements, certains acteurs économiques s’attendent même à une récession de l’économie mondiale.

Preuve de la méfiance des investisseurs, l’indice boursier CAC 40 a perdu environ 10 % depuis le début de l’année, malgré un mois de juillet très positif avec la publication des résultats.