Mais pourquoi le projet Starlink pourrait-il menacer « notre compréhension de l’univers » ?

Le projet Starlink du milliardaire Elon Musk continue de susciter crispations et craintes. Mardi, la Nasa s’est alarmée des conséquences du déploiement de dizaines de milliers de satellites sur l’observation des astéroïdes. Leur mise en orbite risque d’entraîner des problèmes de sécurité et questionne sur cette nouvelle course à l’espace dont les milliardaires sont le fer de lance. 20 minutes s’est penché sur ces enjeux.

C’est quoi au juste Starlink ?

Starlink est un projet de SpaceX, l’entreprise du milliardaire Elon Musk, qui consiste à mettre en orbite 42.000 minisatellites de télécommunication, soit vingt fois plus que le nombre de satellites comptabilisés au-dessus de nos têtes en 2019. SpaceX a déjà placé plus de 2.000 satellites de ce type autour de la Terre. « On est en train de polluer l’espace et de menacer la recherche pour un Internet plus rapide de quelques dizaines de millisecondes. Est-ce qu’on a vraiment besoin de ça ? », s’interroge Mathilde Gaudel, docteure en astrophysique. Car le projet concentre de nombreux griefs.

Qu’est-ce qui pose problème dans cette constellation de satellites ?

Dès juin 2019, l’Union internationale d’astrophysique (IAU) s’alarmait de ces constellations de satellites qui pourrait menacer « notre compréhension de l’univers ». Plusieurs dangers entourent ce projet pharaonique, à commencer par l’impact qu’il pourrait avoir sur l’observation de l’espace. « Les satellites Starlink sont très visibles notamment au coucher ou au lever du soleil parce que les panneaux reflètent la lumière du soleil », explique Mathilde Gaudel. Avec la recrudescence de ces satellites, il y a de plus en plus de chance qu’un de ces objets passe devant l’objectif et rende l’image « inutilisable », d’autant que les objets lointains sont plus sombres et nécessitent donc, comme en photographie, un temps de pose long pour être correctement observés.

Lundi, la Nasa s’est inquiétée de sa capacité à repérer les astéroïdes, dont certains peuvent être dangereux pour la Terre. « L’expansion Gen2 de SpaceX ferait plus que doubler le nombre d’objets suivis en orbite et multiplierait par cinq le nombre d’objets à moins de 600 km », souligne l’instance.

Or, l’espace est déjà très pollué : plus de 23.200 objets de plus de dix centimètres sont en orbite aujourd’hui, un nombre qui pourrait augmenter de façon exponentielle avec l’arrivée de ces milliers de satellites. En novembre dernier, un chercheur en génie mécanique à l’université d’Utah alertait :  la Terre pourrait se voir dotée d’anneaux comme Saturne. Des anneaux constitués de débris spatiaux. Un embouteillage qui pourrait, à terme, gêner les vols habités ou provoquer des collisions en série.

« En cas de collisions, les débris sont projetés à une très forte vitesse. Dix centimètres, ça peut paraître peu mais dans l’espace ça peut créer de gros problèmes d’autant qu’un objet ne s’arrête jamais », décrypte Mathilde Gaudel. De quoi redouter d’une réaction en chaîne, surtout « qu’on ne sait pas nettoyer l’espace », rappelle la chercheuse. Notre ciel étoilé risque donc de voir nos déchets s’accumuler encore longtemps.

Sommes-nous dans une nouvelle course à l’espace pour milliardaires ?

Les défis soulevés par le projet d’Elon Musk sont démultipliés par la présence d’une myriade de nouveaux acteurs sur le marché de l’espace. Si durant la guerre froide, la course à l’espace était une question politique, elle se joue à présent entre milliardaires. Car SpaceX n’est pas la seule entreprise à avoir l’ambition de coloniser notre orbite avec ses jouets derniers cris :  Amazon prévoit également d’envoyer 3.200 satellites et la compagnie OneWeb, 648.

Aujourd’hui, « des entreprises privées captent le ciel », acquiesce Mathilde Gaudel. Une kyrielle de projets démesurés sont nés ces dernières années, notamment portés par SpaceX. L’entreprise du dirigeant de Tesla a d’ailleurs annoncé ce vendredi que le premier vol orbital de sa fusée géante Starship se déroulerait « cette année ». Elle doit, à terme, servir à des voyages interplanétaires. Un objectif aujourd’hui « utopiste », rappelle la chercheuse en astrophysique qui ajoute que la communauté scientifique n’est pas encore capable de ramener des astronautes qui auraient été envoyés sur Mars.

Mais cet « élan privé » vers l’infini et l’au-delà n’est, pour l’instant, pas encadré. Il n’existe aucune loi qui régisse l’occupation du ciel. D’après le Traité de l’espace (« Outer Space Treaty »), signé en 1967 par une centaine d’Etats, l’exploration et l’utilisation de l’espace sont « l’apanage de l’humanité toute entière ». De quoi autoriser les multinationales à transformer notre ciel en bac à sable pour milliardaires et ce, malgré les inquiétudes du monde scientifique.