Mais il se passe quoi à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ?

Des affrontements de grande ampleur sont encours depuis ce mardi à la frontière entre l’Arménie et  l’Azerbaïdjan, les forces de Bakou, appuyées par des canons et des drones, cherchant à « avancer » en territoire arménien, selon Erevan. Dénonçant une « agression », le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a d’emblée appelé la communauté internationale à réagir. 20 Minutes fait le point sur ce regain de violences entre les deux ex-républiques soviétiques rivales du Caucase, qui se rejettent la responsabilité de ces heurts.

Que se passe-t-il à la frontière arméno-azerbaïdjanaise ?

L’Arménie et l’Azerbaïdjan ont fait état ce mardi d’affrontements frontaliers à grande échelle qui ont fait des morts parmi les troupes azerbaïdjanaises. « Mardi à 00h05, l’Azerbaïdjan a lancé un bombardement intensif, avec de l’artillerie et des armes à feu de gros calibre, contre des positions militaires arméniennes en direction des villes de Goris, Sotk et Jermuk », a déclaré le ministère arménien de la Défense, selon qui les combats avaient « diminué » dans la matinée.

Vers 10 heures, le ministère a assuré dans un nouveau communiqué que des « batailles » étaient en train d’être livrées en certains points de la frontière : « L’ennemi n’a de cesse d’essayer d’avancer. Les forces azerbaïdjanaises continuent d’utiliser de l’artillerie, des mortiers, des drones et des fusils de gros calibre. »

De son côté, le ministère azerbaïdjanais de la Défense a accusé l’Arménie « d’actes subversifs à grande échelle » près des districts de Dashkesan, Kelbajar et Lachin à la frontière, ajoutant que les positions de son armée « ont essuyé des tirs, notamment de mortiers de tranchée ». Selon, Erevan, au moins 49 militaires arméniens auraient été tués lors de ces affrontements de grande ampleur, les plus meurtriers entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan depuis la guerre en 2020.

Quand les relations se sont-elles corsées ?

La semaine dernière, l’Arménie a accusé l’Azerbaïdjan d’avoir tué l’un de ses soldats lors d’une fusillade à la frontière. Et en août déjà, Bakou avait déclaré avoir perdu un soldat et l’armée du Karabakh avait fait savoir que deux membres des forces séparatistes arméniennes avaient été tués et plus d’une douzaine blessés.

A quand remontent les hostilités entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ?

Historiquement compliquées, les relations entre Erevan et Bakou continuent d’être empoisonnées aujourd’hui par un différend au sujet du Haut-Karabakh, une enclave majoritairement peuplée d’Arméniens ayant fait sécession de l’Azerbaïdjan avec le soutien de l’Arménie.

Après une première guerre qui a fait plus de 30.000 morts au début des années 1990, l’Arménie et l’Azerbaïdjan se sont affrontés à nouveau à l’automne 2020 pour le contrôle de cette région montagneuse. Plus de 6.500 personnes ont été tuées dans cette nouvelle guerre, perdue par l’Arménie. Depuis, la situation est restée instable, avec de fréquents affrontements le long de la frontière.

Il est vrai que dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu négocié par Moscou, qui a déployé des soldats de maintien de la paix au Haut Karabakh, Erevan a cédé d’importants territoires à l’Azerbaïdjan. Cette issue a été vécue comme une humiliation en Arménie où plusieurs partis d’opposition réclament depuis la démission du Premier ministre arménien Nikol Pachinian qu’ils accusent d’avoir fait trop de concessions à Bakou.

Le processus du maintien de la paix en cours peut-il être compromis ?

Lors de pourparlers sous médiation européenne à Bruxelles en mai et avril, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian avaient convenu de « faire avancer les discussions » sur un futur traité de paix entre les deux pays. Mais les nouveaux combats illustrent combien la situation reste explosive. Cette nouvelle escalade de violences peut-elle faire dérailler ce processus de paix ?

Ce mardi Nikol Pachinian a eu des entretiens avec le président russe Vladimir Poutine, son homologue français Emmanuel Macron et le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken pour leur demander de réagir face à « l’agression » de l’Azerbaïdjan. Lors de ces entretiens séparés, le Premier ministre a confié espérer « une réponse appropriée de la communauté internationale ». En réponse, les Etats-Unis se sont dits « extrêmement inquiets », appelant à une cessation immédiate des combats. « Il ne peut pas y avoir de solution militaire à ce conflit », a déclaré Anthony Blinken. De son côté, la France a fait savoir qu’elle allait va saisir le Conseil de sécurité de l’ONU, dont elle assure actuellement la présidence.

De leur côté, Moscou et Erevan se sont engagés à prendre des mesures pour « stabiliser la situation », a indiqué le ministère arménien de la Défense. Et ce, alors que la Russie, arbitre traditionnel dans le conflit qui perdure, a les mains occupées avec sa difficile offensive militaire en Ukraine. Enfin, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu a appelé mardi l’Arménie à « cesser ses provocations » contre l’Azerbaïdjan. Reste que depuis ce mardi matin, rien n’a bougé côté diplomatie et Nikol Pachinian a assuré devant le Parlement arménien qu’avec « cette escalade, l’Azerbaïdjan était en train de saper le processus de paix ».