Lyon : Verra-t-on encore des poneys au parc de la Tête d’Or ?

Depuis quelques jours, Nikita, Fripouille, Choupette, Junior, Eclair et leurs compagnons ont déserté les allées ombragées du parc de la Tête d’Or de Lyon. Habitués à transporter les bambins sur leur dos ou en calèche, les poneys passent désormais leur journée à savourer l’herbe d’un champ voisin, profitant également d’une retraite anticipée. Les reverra-t-on un jour ? Pour l’instant, aucune certitude.

Leur propriétaire Bruno Glas ne désespère pas. En début de semaine, la mairie de Lyon l’a informé qu’elle n’avait pas retenu sa candidature. Lié à la ville par une concession l’autorisant à exploiter « l’activité poney » du parc, l’homme rêvait de pouvoir rempiler quelques années. Il était le seul à avoir postulé. « L’offre pédagogique proposée n’était pas satisfaisante », confirme la mairie auprès de 20 Minutes.

« Je ne comprends pas. Je me suis installé ici en 1984, cela fait presque 39 ans que je travaille là », se désole l’intéressé. A 59 ans, le voilà désormais au chômage comme ses sept employés, pour la plupart des étudiants qui cherchaient un petit job d’appoint.

La pression d’une association animaliste

Pour comprendre, il faut remonter à l’été dernier lorsque l’association animaliste Zoopolis (PAZ) s’en prend vertement à son activité, pourtant considérée comme une institution à Lyon. Une activité qui n’est « pas compatible avec la condition animale », estime-t-elle. En cause : les promenades assimilées à des « attractions transformant » les 25 poneys en « biens de consommation ». « Cela apprend aux enfants qu’on peut acheter une balade à poney comme on achète un tour de manège », argumente-t-elle dans un courrier adressé le 31 août à la mairie de Lyon. Pourtant, elles permettent à de nombreuses têtes blondes d’avoir un premier contact avec l’animal.

L’association s’offusque également des traitements réservés aux petits équidés : des promenades contraintes par temps de canicule alors que ces mêmes activités avaient été suspendues dans les parcs de Paris et Marseille, un manque de foin et d’eau mis à leur disposition. « Cette mesure est pourtant le b.a.-b.a. Les poneys étant des animaux herbivores, ils ont besoin de manger en permanence sous risque de développer des problèmes digestifs », souligne-t-elle, demandant explicitement au maire de Lyon de « mettre un terme aux balades à poney » afin de « faire avancer la cause animale ».

Un nouveau cahier des charges

Si l’équipe municipale ne cède pas, elle profite de la fin de concession – la convention avec l’exploitant arrivait à échéance le 31 décembre 2022 – pour lancer un appel à projets avec de nouvelles conditions tenant compte « des enjeux du bien-être animal ». Il est stipulé que les promenades doivent s’accompagner d’une petite formation en préambule dispensée par des moniteurs. Bruno Glas estime, de son côté, qu’il s’acquittait déjà de cette tâche. « On apprend aux enfants comment se prénomment les poneys, on leur explique comment se tenir et se comporter », répond-il. Pas suffisamment visiblement.

Autre condition requise : la longe des animaux doit être désormais tenue par les parents. « Beaucoup d’entre eux profitent de cette activité pour nous laisser l’un de leurs enfants et s’occuper des autres. S’ils doivent guider les poneys, qui surveillera les poussettes ? », soulève avec scepticisme l’exploitant.

La ville demande également que les animaux puissent se promener partout dans le parc. Une aberration pour Bruno Glas qui n’en démord pas. « Si on laisse les poneys se balader de partout, que va-t-il se passer ? Ils vont se retrouver au milieu des piétons, des vélos. Ils vont se retrouver au milieu de la roseraie ou du zoo. Pire, ils peuvent sortir du parc. Est-ce que c’est participer à leur bien-être ? », s’interroge-t-il. Des arguments, l’homme n’en manque pas. « Qui va ramasser les crottins ? On ne saura même pas où les animaux sont allés. Cela va devenir ingérable », poursuit-il rappelant que la superficie du parc est de plus de 115 hectares.

Pour autant, la mairie n’entend pas renoncer à ses poneys, assure-t-elle. Elle s’apprête à relancer dans les prochains jours un nouvel appel à projets. « L’actuel exploitant pourra bien évidemment postuler s’il le souhaite », précise-t-elle. A condition de revoir sa copie, ce que compte faire l’intéressé. Parviendra-t-il à convaincre cette fois du bien-fondé de son projet ? L’homme veut encore y croire. Car son métier, c’est sa « passion ». « Jamais, je n’ai maltraité mes animaux », rappelle-t-il blessé par les critiques de la PAZ. Plus que déterminée, cette dernière organisera un happening samedi pour exiger une nouvelle fois la fin des ballades à poneys, à l’instar de l’action déjà menée à Paris au mois d’août dernier.