Lyon : Perpétuité requise pour le conducteur d’un fourgon qui a tué le policier Franck Labois en 2020

« J’estime qu’il n’y a aucun doute sur l’intention. Il y avait la volonté d’écraser Franck Labois et de passer coûte que coûte. » Dans la cour d’assises du Rhône, les mots résonnent. Ce mercredi, l’avocat général Olivier Nagabbo a requis la perpétuité à l’encontre de Farès D., qui avait mortellement fauché le policier en janvier 2020, près de Lyon, estimant par ailleurs que l’accusé n’avait fait état d’ « aucun remords ».

« L’intention dure pendant toute l’accélération » du fourgon, pointe le magistrat pour lequel appuyer sur la pédale d’accélérateur est assimilable au fait de presser la détente d’une arme à feu. « La victime était dans son champ de vision et il a lancé sur Franck Labois 2,5 tonnes en pleine accélération. Sans aucun freinage, aucune décélération », a-t-il ajouté.

Vol de paquet de lessives

Le soir du drame, le policier, qui avait été appelé en renfort pour arrêter un groupe de malfaiteurs soupçonné de vols de fret avec violence, avait sommé au conducteur de s’arrêter alors que son fourgon était coincé par les véhicules de police. Mais l’accusé de 24 ans, qui venait de dérober un chargement de lessives avec ses complices, avait tenté de prendre la fuite, percutant l’agent et le traînant sur une dizaine de mètres. Plongé dans le coma, Franck Labois est décédé deux jours plus tard.

Jugé depuis lundi pour meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique dans l’exercice de ses fonctions, Farès D. a reconnu les faits à la barre, mais nié toute volonté de tuer. Pour les parties civiles en revanche, le caractère volontaire ne fait aucun doute. « S’il ne le fait pas, il pense qu’il va se faire tirer dessus », assène Me Laurent-Franck Liénart, qui représente les collègues de Franck Labois, membres du Groupe d’appui opérationnel (GAO).

« Pas un méchant »

Décrit comme « gentil et calme » par ses proches, mais aussi « influençable », l’accusé est tombé dès sa minorité dans la délinquance, comme l’a rappelé la cour au terme de deux jours et demi de débats. Une douzaine de faits déjà condamnés, plus quelques jugements encore attendus, notamment pour le vol de la nuit fatale.

« Je ne cautionne pas ce qu’il a fait, mais ce n’est pas un méchant », a plaidé sa mère. « Il n’a pas voulu que ça en arrive là, il me l’a dit », assure-t-elle. « Ce n’est pas un meurtrier, c’est un voleur », a lâché un de ses cousins, venu spontanément témoigner à la barre.

Les témoignages se sont achevés par l’intervention du frère de la victime, qui a souhaité s’adresser à l’accusé, malgré l’émotion qui lui nouait la gorge. « J’aimerais qu’il s’excuse auprès de ma mère », a-t-il dit en direction du jeune homme, prostré dans son box.

« Je n’ai pas voulu faire ça. J’ai vu un espace, j’ai accéléré sans me dire que j’allais le percuter », a-t-il plaidé l’intéressé au premier jour d’audience lundi. Le verdict est attendu dans la soirée.