Lyon : Malgré le regard des gens, Anas a repris « une vie normale » trois ans après son immolation par le feu

De très graves séquelles. Trois ans après s’être immolé par le feu devant le Crous de Lyon, Anas Kournif assure avoir repris « une vie normale ». « Car rien n’allait » à cette époque, parce qu’il « était à bout », l’étudiant militant avait décidé de se donner la mort dans un geste spectaculaire le 8 novembre 2019 à 14h50.

Un burn-out dû à ses intenses activités syndicales en parallèle de ses études, des difficultés financières liées à la perte de sa bourse pour avoir échoué trois fois en deuxième année de licence, un comportement « très » dépressif aggravé selon lui par une hypothyroïdie… « Je suis allé chercher un jerrycan à la station d’à côté, j’ai versé cinq litres d’essence dedans, je me les suis foutus sur la tête et j’ai allumé le feu avec une sorte de briquet-torche », lâche-t-il d’un ton neutre pour dédramatiser son acte qui l’a laissé brûlé au troisième degré, à plus de 75 %.

Entre 30 et 45 opérations

Après avoir été « sauvé » par Kevin,  « un mec du chantier d’à côté » qui a pris un extincteur pour éteindre les flammes, s’ensuivent la douleur des brûlures, cinq mois de coma artificiel, trois mois de soins continus, le tout ponctué d’opérations – entre 30 et 45 selon lui, « peut-être même plus », hésite Anas.

Aujourd’hui, le jeune homme de 25 ans explique avoir repris « une vie normale » et continue ses activités syndicales. Vêtu d’habits noirs camouflant son corps couvert de cicatrices, et équipé d’une prothèse futuriste à la main droite, il sirote un Perrier rondelle dans une guinguette lyonnaise après une manifestation organisée pour la journée de grève interprofessionnelle du 18 octobre.

« C’est important pour moi, je participe toujours à ce genre d’événements », confie-t-il à l’AFP en relevant ses lunettes qui ne cessent de glisser sur son nez rongé par les brûlures. 

« Le regard des gens, ça peut être un peu difficile »

Très actif depuis ses 15 ans dans la mouvance socialiste, Anas demeure, pour certains, un symbole de la détresse qu’affrontent parfois les jeunes étudiants. « Son geste a mis le sujet de la précarité étudiante dans le débat public », estime Magalie, 22 ans, son amie depuis 2018, en insistant sur « la détresse psychologique liée à (leurs) conditions de vie ». « Les études, c’est de la survie pour certains étudiants, et Anas en a fait les frais. Cette précarité, il l’aura marquée dans sa chair à vie, et heureusement qu’il est toujours là pour en parler », ajoute l’étudiante en sociologie à Lyon 2

Aujourd’hui étudiant en L3 en sciences politiques à Lyon 2, ses convictions n’ont pas changé, « sauf sur le handicap », nuance celui qui est redevenu boursier et qui touche désormais l’allocation aux adultes handicapés (AAH).

« Quand on a su qu’il allait revenir, on s’est rapidement organisé pour l’aider à retrouver au mieux une vie d’étudiant et lui donner le plus de chances possibles de réussir dans son projet de formation », témoigne Nathalie Dompnier, présidente de l’université Lumière, évoquant un aménagement des examens de fin d’année, des cours adaptés à ses rendez-vous médicaux et un accompagnement de la mission handicap.

« Je vis une vie normale d’étudiant », confirme Anas, malgré les séquelles. Sorti du centre de rééducation le 30 avril 2021, il a rejoint la rue le lendemain afin de manifester le 1er mai. Le garçon a conservé de nombreuses traces sur le corps, il a également été amputé d’un orteil et partiellent de trois autres. « Le regard des gens, ça peut être un peu difficile. Dans le métro, ils ont tendance à ne pas s’asseoir à côté de moi », raconte-t-il. Mais « je n’ai pas laissé ce truc m’abattre et si je m’en suis sorti, c’est pour faire quelque chose et vivre ma vie », insiste celui qui se dirige vers le concours d’inspecteur des douanes après un master et qui aimerait créer son propre syndicat et parti politique.