Lyon : Mâchoire fracturée, dents cassées pendant une manifestation, deux policiers de la BAC jugés pour violences

Le procès de deux policiers accusés de violences sur un jeune homme lors d’une manifestation contre la réforme des retraites reprend ce jeudi à Lyon, après quatre renvois. Les faits remontent au 10 décembre 2019, Arthur Naciri s’apprête à quitter la place Bellecour. L’ambiance est électrique, des heurts ont déjà éclaté entre des groupes de jeunes prêts à en découvre et les forces de l’ordre mobilisées pour maintenir le calme.

Sur place, la tension est à son comble. Les gaz lacrymogènes des policiers ripostent aux projectiles des manifestants. Arthur décide de quitter les lieux avant d’être pris au milieu des affrontements. Au départ, il n’était pas d’ailleurs pas venu pour manifester, seulement pour voir des copains. Mais voyant le cortège se mouvoir, il a décidé de rejoindre la foule afin de protester lui aussi contre la réforme gouvernementale.

Pas le temps de s’extirper. Le jeune homme qui filait vers la place Antonin Poncet se fait rattraper par des policiers, tirer par la capuche de son manteau et projeter à terre, sous l’œil des photographes. Les coups de matraque, de pied et de poing pleuvent sur son visage. Sonné, Arthur finit par se relever la bouche en sang. Bilan : neuf dents cassées et une fracture de la mâchoire supérieure.

Les prévenus contestent les faits

Membres de la brigade anticriminalité lyonnaise (BAC), les deux prévenus seront jugés pour « violences volontaires ayant entraîné plus de huit jours d’ITT » et en « réunion ». C’est après la diffusion dans la presse de photos et de vidéos prises par des témoins que le parquet de Lyon ouvre une enquête et que l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) est saisie. Convaincu que les deux policiers n’auraient pas eu à répondre de leurs actes devant la justice sans la médiatisation de l’affaire et sans les images prises par des témoins, Arthur Naciri attend « une reconnaissance » des faits, les deux fonctionnaires ayant contesté les accusations devant l’IGPN. Il espère également une réparation pour les frais dentaires engagés et son incapacité de travail. Il avait été engagé en tant que saisonnier comme barman dans un club vacances des Alpes. Il devait commencer son travail quelques jours seulement après la manifestation.

« Dans ce dossier, on a tout eu, et tant que l’audience ne démarrera pas, on ne sera pas rassuré », déclare l’avocat de la partie civile, Me Thomas Fourrey à l’AFP. Pour lui, les longs mois de suites judiciaires, émaillés de quatre renvois, relèvent d’une « violence institutionnelle. »

Quatre renvois

Initialement prévu en décembre 2020, le procès a été renvoyé en février 2021, à cause d’un audiencement trop chargé et de l’indisponibilité de l’avocat de la défense, Me Laurent-Franck Liénard. La défense a ensuite demandé un second renvoi pour analyser une photographie produite par la partie civile, montrant que l’auteur des coups n’était pas celui désigné par l’IGPN au terme de son enquête. Le tribunal charge alors un juge d’instruction de « retracer le déroulement de la scène et déterminer les rôles de chacun ».

L’audience suivante, fin septembre 2021, est une encore fois repoussée en avril 2022, l’expertise des images n’étant pas encore disponible. Puis celle d’avril reportée à nouveau pour un « audiencement trop chargé », dont la partie civile dit avoir été informée la veille.