Lyon : Les terrasses vont-elles fermer à 22h30 ?

Depuis la rentrée, l’inquiétude grandit derrière les comptoirs des bars de Lyon. A l’heure de l’apéritif et des derniers rayons de soleil, le sujet mobilise une partie des conversations. Plateau en main, les serveurs distribuent des tracts sur lesquels il est inscrit en grosses lettres « Terrasses en péril ». « Le projet de la ville serait de fermer nos terrasses à 22h30 pour ne pas trop déranger les riverains », glisse l’un d’eux avant de se tourner vers quelques habitués : « Vous avez entendu parler de l’enquête ? »

Les curieux tendent l’oreille, intrigués. D’autres répondent de volée, indignés. « Oui, j’ai commencé à répondre mais je n’ai pas terminé car je trouvais les questions très orientées, indique une cliente. Parfois, aucun des choix de réponses proposées ne me convenait. » « Je me suis demandé où ils voulaient en venir », abonde une seconde tout aussi interloquée. Un sentiment partagé par la profession. « Les questions sont extrêmement biaisées. Elles incitent à aller dans le sens de la mairie », s’indigne Geoffrey Clavel, président des cafés et brasseries du Rhône

Cet été, la ville de Lyon a lancé une consultation sur la « place des terrasses dans la ville » afin d’adapter la réglementation les concernant à l’horizon 2023 et de « garantir une insertion harmonieuse et équilibrée » dans l’espace public. La question des horaires d’ouverture fait déjà débat. Doit-on les réduire ou les maintenir en l’état ? « Je n’ai aucune envie qu’elles ferment à 22h30. L’été, c’est hyper agréable d’être dehors tard le soir. Elles font partie intégrante des lieux de convivialité », appuie un client attablé avec son verre de bière.

« Il n’a jamais été question de fermer les terrasses à 22h30 »

« Il n’a pourtant jamais été question de fermer les terrasses à 22h30. Cette rumeur circule depuis un an. Je ne sais pas d’où ça sort mais ce n’est pas notre projet », tient à clarifier Valentin Lungenstrass, adjoint à la ville de Lyon, en charge des espaces publics et des occupations commerciales du domaine public. « Nous recevons régulièrement des doléances de la part de riverains sur telle ou telle terrasse. Nous avons du mal à jauger la réalité. Ce questionnaire permettra d’avoir une vision plus claire, plus homogène sur l’ensemble de la ville », poursuit le jeune homme.

Pas de quoi rassurer la profession pour autant. Leur crainte : que l’on accorde malgré tout trop d’importance aux riverains mécontents. « Certains se sont habitués à plus de tranquillité pendant la période de Covid-19. Ils voudraient que cela dure éternellement mais on ne va quand même pas leur donner la balle de match », s’emporte Geoffrey Clavel. Et d’insister : « Nous sommes à l’agonie depuis deux ans, en mode survie. Nous croulons sous les dettes, nous avons contracté des prêts que nous avons du mal à rembourser, nous n’avons quasiment reçu aucune aide de l’Etat, contrairement à ce qui a été annoncé. Ce n’est pas le moment. Si on privilégie le bien vivre ensemble, nous, on ne vivra plus. »

120 % de faillites en plus

Aux dires de la profession, les faillites ont augmenté de 120 % cette année par rapport à 2021. « 90 % des terrasses de Lyon sont bien tenues. On ne va quand même pas tout remettre en question pour 4 ou 5 établissements qui dysfonctionnement, souligne encore Geoffroy Clavel. Ce qu’on demande à la mairie, c’est soutenir ses commerçants. »

« Lyon aime ses terrasses, il n’a jamais été question de les enlever, répond à nouveau Valentin Lungenstrass. Au contraire, notre objectif est de favoriser ces espaces comme lieu de convivialité tout en faisant attention aux usages de l’espace public et à la tranquillité. » L’élu indique, par ailleurs, être favorable à la création d’une option supplémentaire permettant aux patrons de bars d’avoir une terrasse à l’année sur certaines places réservées aux stationnements, et non plus de mai à fin septembre, comme c’est le cas actuellement. Quant à la nouvelle réglementation, elle devrait être mise en place à l’automne 2023.