Lyon : La « dissolution » de l’hôpital militaire Desgenettes vue comme une « décision aberrante »

Le temps où ça « fonctionnait à plein régime » est désormais révolu. Depuis quatre ans, l’hôpital militaire Desgenettes de Lyon se meurt. Il s’éteint à petits feux au grand dam de son personnel, impuissant. Les fermetures de la réanimation et des urgences, semblent avoir précipité la chute de cet établissement historique. Les chiffres sont là : 820 praticiens (militaires et civils confondus) en 2018, 420 aujourd’hui. Une centaine prévue pour la fin de l’année 2023.

Desgenettes ne fermera pas à proprement parler. Mais dans les deux ans à venir, ses activités seront réduites à peau de chagrin. Plus aucun soin ne sera délivré à la population classique, qui représente actuellement 80 % de la patientèle. « Une perte de chance pour eux quand on connaît la qualité des soins prodigués et la prise en charge humaine », estime Pascal Lecapitaine, secrétaire général de la CGT.

« La douche froide »

L’hôpital deviendra une « antenne hospitalière militaire ». Il ne conservera que la rééducation des soldats blessés et la prise en charge de leur stress post-traumatique. Le nombre de lits passera de 320 lits à une petite dizaine. Trop peu au regard des 30.000 militaires recensés sur la zone, estime les syndicats. Le reste sera rattaché à l’hôpital militaire de Toulon. Ainsi en a décidé le ministère des Armées.

L’annonce, faite en ce sens au mois d’octobre, a été vécue comme « une douche froide » par le personnel. Déjà se profile la problématique du reclassement des médecins. « Vingt auront peut-être un projet. Dans le bassin, il n’y a guère de possibilités. Il n’y a qu’un seul hôpital militaire en Auvergne-Rhône-Alpes et c’est Desgnettes », souligne Pascal Lecapitaine. Et d’ajouter : « Les hospices civils n’attirent généralement pas les professionnels de soin militaires qui ne se voient pas faire autre chose ».

« Logique financière »

Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, Laurent Attar-Bayrou, président de la FNAME-OPEX (fédération nationale des anciens des missions et opérations extérieures), dénonce une « décision révoltante » et déplore « une logique financière ». La région compte 8 millions d’habitants, dont 1,5 million dans la seule agglomération de Lyon, rappelle-t-il. Et d’insister : « Plus de 30.000 militaires de la zone seront privés d’un accès aux soins dans le milieu militaire ».

« On sait qu’en période de stress post-traumatique, les soldats ont besoin d’être dans une bulle pour aller mieux. Ils ont besoin d’être soignés dans un milieu qui les comprend, développe l’intéressé auprès de 20 Minutes. Le Ministère a voulu regrouper ses établissements, a acté des fermetures. L’impact est tangible. C’est d’avoir créé un désert hospitalier militaire dans le centre de la France. »

Selon Laurent Attar-Bayrou, les soldats risquent d’être confrontés à un dilemme : « aller dans le sud de la France ou à Paris pour être soignés » ou renoncer aux hôpitaux militaires. « Seulement, les structures hospitalières civiles ne sont pas adaptées. Par conséquent, cela ramène vers le privé », se désole-t-il.

Mais les militaires ne sont pas les seuls à payer les pots cassés. La « dissolution » de l’hôpital Desgenettes aura des conséquences plus grandes, dépassant les frontières de Lyon, alerte Laurent Attar-Bayrou. « La France se privera également d’une capacité opérationnelle en cas de crise majeure, comme nous venons de le vivre (épidémie de coronavirus et transfert de malades). On sait que les militaires ont l’avantage d’être opérationnels 24h/24h et d’être mobilisables en une heure. Ils peuvent venir rapidement renforcer les effectifs de policiers et de pompiers sur le terrain. Là, cela ne sera plus possible… »