Lyon : 28 ans de mariage, un mort et des questions sur le mobile… Une femme jugée pour le meurtre de son mari

Rose Filippazzo a 18 ans, en 1990, quand elle épouse Michel Zirafa, 15 ans. Les adolescents, éperdument amoureux, ont obtenu une dérogation pour se marier. Après 28 années de vie commune, leur histoire se termine tragiquement. Le 21 septembre 2018, après avoir été dîner au restaurant avec sa femme à Lyon, Michel s’endort sur le canapé. Rose le regarde et file dans l’une des chambres de la petite maison que le couple loue à Thurins, dans la Loire, au bord de la D113. Elle saisit une arme à feu rangée sous un lit, passe dans la salle de bains pour s’assurer qu’elle est chargée, puis retourne dans le salon. Elle pointe le pistolet sur la tête de son mari et tire presque à bout touchant. Elle se débarrasse ensuite de l’arme en la jetant dans un canal.

Cette femme de 52 ans finira par reconnaître ce meurtre devant les enquêteurs sept mois plus tard. Si sa culpabilité ne fait pas de doute, se pose toujours aujourd’hui la question du mobile : a-t-elle tué Michel, 44 ans, parce qu’il la violait et la violentait depuis plusieurs années ? Ou a-t-elle voulu hériter de son argent ? Pour tenter de répondre à cette question, la cour d’assises du Rhône, devant laquelle est jugée Rose à compter de mercredi, devra plonger dans l’intimité du couple dont le quotidien était marqué par les disputes à répétition et les infidélités mutuelles.

« Veuve noire » au « venin hyperpuissant » ?

Au moment des faits, le couple n’habitait plus vraiment ensemble. En janvier 2017, Michel avait surpris Rose avec Philippe, son amant, dans la pizzeria dont elle est la gérante. Fou furieux, le maçon avait tout cassé dans le restaurant et avait donné deux claques à sa femme. A la suite de cet épisode, elle avait loué un gîte à Charlieu dans lequel elle vivait « par intérim ». Son mari, lui, avait emménagé dans la maison de Thurins, où elle passait régulièrement. Leur vie de couple était compliquée : parents de deux filles nées en 1993 et 2002, ils n’avaient plus de relations intimes et faisaient chambre à part. Mais ces deux-là n’arrivaient pas à se séparer pour autant. A deux reprises, Rose avait déposé plainte contre lui, assurant être victime de violences et de harcèlement de la part de son mari.

Des disputes, des infidélités, une séparation… et aucune trace d’effraction sur les lieux du crime. Les enquêteurs ont rapidement suspecté cette femme d’avoir tué son et la mettent sur écoute. Son amant la qualifiait parfois de « veuve noire » au « venin hyperpuissant ». Placée en garde à vue, en avril 2019, elle est passée aux aveux. Elle a expliqué son geste par l’accumulation de souffrances physiques et morales que lui aurait fait subir son mari depuis 28 ans. Elle a affirmé notamment qu’il était responsable de la perte de l’enfant qu’elle attendait de son amant, ce qu’une expertise médicale a démenti. Elle a aussi confié aux gendarmes avoir été victime de viols conjugaux. Leur fille serait d’ailleurs le fruit d’une relation sexuelle non consentie. L’une des psychiatres qui l’a examinée a conclu que Rose était atteinte, au moment des faits, « d’un trouble psychique ayant altéré son discernement ».

« Torture psychologique »

Dans ses observations, son avocate, Me Janine Bonaggiunta, écrit que le geste de sa cliente « s’inscrivait dans une véritable relation d’emprise et de souffrance après des années de violences de la part » de son époux. « Elle vivait dans une prison dorée », nous explique l’avocate qui a également défendu Jacqueline Sauvage et Valérie Bacot. Rose a subi une « torture psychologique » de la part de son mari dont elle « dépendait économiquement » et qui la « dissuadait de partir ». Il « contrôlait tous ses faits et gestes ». « Les gens ne peuvent pas imaginer ce qu’elle a vécu ».

Le juge d’instruction semble pourtant douter de cette version et se demande si l’argent ne serait pas le mobile du crime. Michel avait en effet souscrit plusieurs contrats d’assurance dont la principale bénéficiaire, en cas de décès, était son épouse. Après avoir découvert les infidélités de Rose, il avait préféré désigner son père comme bénéficiaire. Ce qu’elle n’a appris qu’après sa mort. Dans les jours qui ont suivi le meurtre, la veuve a également dépensé plus de 5.000 euros prélevés sur le compte commun pour s’acheter des vêtements et des chaussures, et retiré 10.000 euros en liquide. Cette thèse « ne tient pas la route », nous assure Me Janine Bonaggiunta, ajoutant que sa cliente n’était « pas intéressée par l’argent ».

Un meurtre soigneusement préparé

L’enquête, menée par les gendarmes de la section de recherches de Lyon, a aussi révélé qu’elle a prémédité son geste. L’expertise de son téléphone a montré qu’elle avait regardé sur YouTube, des vidéos concernant l’arme utilisée pour tuer son mari et tenté de commander des munitions sur Internet. La préméditation n’a pas été retenue, la peine encourue pour « meurtre sur conjoint » étant identique à celle prévue pour la qualification d’assassinat, à savoir la réclusion criminelle à perpétuité.

Contactée par 20 Minutes, l’avocate du père de Michel, Me Marie-Harmony Belloni, nous indique que son client « attend de ce procès que justice soit rendue pour son défunt fils et que les débats se déroulent sereinement et surtout dans le respect de la victime ».