Losc – Girondins de Bordeaux : Quel héritage Gérard Lopez a-t-il laissé à Lille ?

Retour aux sources. Ce samedi (19 heures), le cœur de Gérard Lopez sera un peu partagé au moment de retrouver le stade Pierre-Mauroy où  les Girondins de Bordeaux se déplacent pour défier le  Losc et essayer de quitter leur 20e place de  Ligue 1. Arrivé à la tête des Girondins l’été dernier, l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois a surtout découvert le championnat de France dans le Nord.

En janvier 2017, il rachète le club à Michel Seydoux avec l’ambition de replacer le club nordiste en Ligue des champions. Objectif rempli dès 2019 même si sa première saison complète chez les Dogues (2017-2018) a failli se transformer en fiasco absolu avec une relégation évitée de peu (17e). Mais en décembre 2020, Lopez doit quitter Lille, contraint et forcé par le fonds d’investissement Elliott qui estimait qu’il ne remboursait pas assez vite la dette contractée auprès de lui. Une fin en eau de boudin pour l’ex-patron du Losc dont 20 Minutes dresse l’héritage.

Des finances exsangues

Parfois, l’histoire peut paraître un peu injuste. C’est sûrement ce qu’a dû se dire Gérard Lopez le 23 mai 2021 en voyant le Losc devenir champion de France. Il n’était pas de la fêter alors qu’il y était sûrement un peu beaucoup dans ce titre. Mais aujourd’hui la première chose que nombre de suiveurs de la L1 retiennent de son passage chez les Dogues, c’est celui de l’homme qui a mené un club au bord du précipice.

Est-ce vrai ou pas ? On ne le saura vraiment jamais puisque Gérard Lopez a dû rapidement faire ses valises. Ses détracteurs affirment que oui étant donné les dettes alors que lui a toujours répété que non car la valorisation de l’effectif (près de 300 millions d’euros selon ses dires) aurait permis de sortir de l’ornière. Son successeur, Olivier Létang, conteste fortement cela comme il l’expliquait au micro de RMC Sport il y a quelques mois : « Quand un club génère un déficit opérationnel structurel, et présente une dette au 31/12/2020, hors dette financière, de près de 160 millions d’euros [87 de dettes auprès des clubs à qui vous avez acheté des joueurs, 39 de dettes fournisseurs dont 29 de dettes d’agents et 33 de dettes fiscales et sociales dont 18 de dettes vis-à-vis de l’URSSAF selon l’actuel président lillois] avec un cash disponible de 9 millions d’euros, ce club était dans une situation de naufrage économique. » Cette dette a depuis été réduite à 106 millions d’euros et le sera encore d’ici le prochain passage devant la DNCG en fin de saison.

Des zones d’ombre autour de certains transferts

L’autre volet de cet héritage financier, ce sont les transferts de certains joueurs sous la présidence de Gérard Lopez. Depuis son départ, la justice enquête en effet de près sur quelques-uns d’entre eux (Osimhen, Lihadji, etc.). Ces dossiers continuent de polluer le quotidien du Losc et cela pourrait encore durer un certain temps. Deux exemples : les dirigeants lillois ont eu cette semaine un rendez-vous avec leurs avocats à propos de l’un de ses transferts. Depuis sa nomination, Olivier Létang, a également été entendu à ce sujet par la police judiciaire.

Dans le genre petit (ou gros selon) caillou laissé dans la chaussure par Gérard Lopez, on peut aussi citer l’affaire de la convention entre le Losc et le club belge de Mouscron, propriété du nouveau patron des Girondins. Une convention qui prévoyait le versement de la part du club lillois d’une traite de 4 millions d’euros chaque saison à l’Excelsior destinée à payer tout ou partie des charges des six joueurs prêtés par les Dogues sans compter les six autres éléments venus de l’équipe réserve. Celle-ci a très vite été dénoncée par la nouvelle direction qui pourrait là aussi porter cette affaire devant la justice dans les prochains mois.

Des relations distantes avec les supporters

Si à Bordeaux, Gérard Lopez s’est mis rapidement les ultras dans les poches en se présentant comme le sauveur du club, l’histoire ne s’est pas vraiment passée de la même façon dans le Nord. « On n’était pas du tout dans le même rapport de séduction qu’à Bordeaux où il s’est appuyé tout de suite sur les supporters pour faire passer son projet. A Lille, c’était bien différent. Quand il est arrivé, son projet était basé sur Bielsa et il n’était pas du tout en première ligne », se souvient François Stock, président des Dogues du Net, un groupe de supporters du Losc.

Sauf que le gros coup Marcelo Bielsa, nommé entraîneur du Losc à l’été 2017, va très vite tourner au fiasco. Après seulement trois mois à la tête du club, l’Argentin est viré en novembre pour cause de mauvais résultats. Si Christophe Galtier prend la suite fin décembre, les résultats ne s’améliorent pas et le club craint pour son maintien. Début mars 2018, histoire de calmer les contestations dans les tribunes qui commencent à monter autour du projet lillois, Gérard Lopez organise enfin une première réunion avec les groupes de supporters du Losc.

« Il a essayé de dédramatiser la situation en expliquant son projet de trading. Il a essayé de calmer les sections de supporters », poursuit François Stock. Peine perdue car quelques jours plus tard, à l’issue d’une nouvelle contre-performance à domicile contre Montpellier, une centaine de supporters du Losc envahissent la pelouse à la fin du match et viennent dire leur façon de penser aux joueurs.

Le divorce est consommé car dès le lendemain, le Losc porte plainte contre plusieurs membres des DVE, le groupe de supporters le plus important du club. L’affaire ira jusqu’au tribunal où une dizaine de fans seront condamnés à des interdictions de stade. Un vrai traumatisme qui fera que, malgré les bons résultats qui ont suivi les années suivantes, la cote d’amour de Lopez n’aura jamais été énorme dans les tribunes. « Il y a eu une vraie rancœur après ces événements. Ça a laissé des traces malgré les bons résultats. Et puis, on a toujours été méfiant autour de son montage financier. On commence à se dire que son départ n’était pas une si mauvaise chose. Même si on ne peut pas oublier ce qui a été fait sportivement », conclut le supporter lillois.

Des bons rapports avec les joueurs

L’histoire raconte que le soir du titre de champion décroché à Angers en mai dernier, de nombreux joueurs du Losc se sont fendus d’un appel ou d’un SMS de remerciements à Gérard Lopez. Pourtant, l’homme d’affaires n’était plus le président du club depuis plusieurs mois. Mais dans la tête des joueurs lillois, la réussite de cet incroyable sacre est avant tout la réussite de l’ex-président et pas de son successeur Olivier Létang qui n’a jamais atteint la même cote d’amour dans l’esprit des joueurs.

Car c’est Lopez, appuyé par Luis Campos, qui a entièrement bâti l’effectif devenu champion de France. Et cette saison, à de rares exceptions (Gudmunsson, Onana), le groupe qui a atteint les huitièmes de finale de la Ligue des champions est aussi issu de l’héritage Lopez. Si les relations de l’homme d’affaires avec les joueurs des Girondins semblent bien plus compliquées, au Losc la proximité était de mise entre les deux parties. Même si la priorité mise sur l’équipe première a fait beaucoup de dégâts au centre de formation où peu de joueurs ont émergé ces dernières saisons.