Loire-Atlantique : Avant de vider l’immense lac de Vioreau, des centaines de milliers de poissons à pêcher

« Il y a du monde là-dedans ! » Plongés dans l’eau froide jusqu’à la poitrine, le petit groupe de pêcheurs ramènent progressivement leur immense filet sur la rive. Grâce à cette technique traditionnelle appelée « pêche à la senne », plus d’une centaine de kilos de poissons ont été capturés en une prise, ce mercredi après-midi. Parmi eux, beaucoup de poissons-chats, des brèmes, mais aussi d’impressionnants sandres longs d’au moins 70 cm. Un petit panel de ce que l’on retrouve habituellement dans le lac de Vioreau (Loire-Atlantique), au nord de Nantes, gigantesque réservoir hydraulique de 180 hectares, qui sera entièrement vidé d’ici à Noël.

Pendant un an, le site tout comme le canal de Nantes à Brest qu’il permet d’alimenter sera donc à sec. Mais avant cette vidange exceptionnelle, engagée par le département pour mener des travaux de restauration du barrage du XIXe siècle (pour un coût de 16,7 millions d’euros, lire encadré), il faut réaliser une pêche de sauvegarde. Une opération destinée à déplacer les centaines de milliers de carpes, gardons ou brochets qui peuplent ce « haut-lieu de la pêche en Loire-Atlantique ». « Pendant un mois, nos bénévoles vont réaliser une à deux pêches par semaine dans la carrière, où l’eau et les poissons arrivent en aval du barrage, explique Bernard Hamon, président de la fédération de pêche de Loire-Atlantique. Nous interviendrons ensuite dans le lac quand le niveau sera très bas, entre 1m20 et 1m60, avec des mailles de filet de plus en plus fines. »

Transférés dans des plans d’eau des alentours

Sur la grande « table de tri » montée sur des tréteaux, les poissons s’agitent dans tous les sens avant d’être dispatchés, à la main, dans des bassines. Il faut être au moins deux pour les charger ensuite dans les camions, équipés de bouteilles d’oxygène, qui les transporteront vers différents plans d’eau des alentours, leurs nouveaux lieux de villégiature. « Il ne faut pas traîner, pour leur éviter de générer trop de stress, observe Vincent Mouren, directeur de la fédération de pêche. Surtout que ces poissons, comme la carpe, apprécient les grandes étendues d’eau. » Les très nombreux poissons-chats ou les écrevisses, considérés comme espèces invasives, seront éliminés.

Au total, entre 30 et 40 tonnes de poissons pourraient être sortis de l’eau. Tout ce beau monde devrait retrouver le lac de Vioreau à l’hiver 2023-2024, quand le site restauré aura été remis en eau naturellement, par la pluie. « C’est un peu triste pour les pêcheurs [la pêche de loisirs est évidemment interdite pendant toute cette période] car Vioreau arrivait à son plein potentiel, confie Bernard Hamon, qui essaye cependant de voir les points positifs de cette pause imposée. Un véritable état des lieux des espèces sera ainsi établi. Des « habitats naturels » seront également créés pour les poissons, afin que ces derniers s’y sentent encore mieux qu’avant.

Les grandes étapes du chantier

Après la pêche et la vidange, les travaux entreront dans le vif du sujet avec la réalisation de la tour de prise, qui permettra de centraliser les éléments de gestion hydraulique. La paroi sera étanchéifiée, puis commencera une partie du curage du réservoir. Pour stabiliser le barrage, des contreforts seront enfin ajoutés, avant une remise en eau progressive, à partir de la fin 2023. Pendant les travaux, il est interdit de circuler sur le plan d’eau et les berges.